Groupement complémentaire


Postérité de la ballade




Texte A - Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française (1549)

Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française (1549)

Chapitre IV. Quels genres de poèmes doit élire le poète français
Lis donc et relis premièrement, ô poète futur, feuillette de main nocturne et journelle les exemplaires grecs et latins ; puis me laisse toutes ces vieilles poésies françaises [...] comme rondeaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons et autres telles épiceries, qui corrompent le goût de notre langue, et ne servent sinon à porter témoignage de notre ignorance. [...] Chante-moi ces odes inconnues encore de la Muse française, d’un luth bien accordé au son de la lyre grecque et romaine : et qu’il n’y ait vers où n’apparaisse quelque vestige de rare et antique érudition.

Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française, 1549.




Texte B - Molière, Les Femmes savantes (1672)

Molière, Les Femmes savantes (1672)

Trissotin et Vadius sont deux pédants qui écrivent des poèmes.

VADIUS. – [...] Mais laissons ce discours, et voyons ma ballade.
TRISSOTIN. – La ballade, à mon goût, est une chose fade :
Ce n’en est plus la mode ; elle sent son vieux temps.
VADIUS. – La ballade pourtant charme beaucoup de gens.
TRISSOTIN. – Cela n’empêche pas qu’elle ne me déplaise.
VADIUS. – Elle n’en reste pas pour cela plus mauvaise.
TRISSOTIN. – Elle a pour les pédants de merveilleux appas.


Molière, Les Femmes savantes, 1672.




Texte C - Victor Hugo, « La fiancée du timbalier » (1826)

Victor Hugo, « La fiancée du timbalier » (1826)

Dans la préface de ses Odes et ballades, Victor Hugo écrit : « L’auteur, en les composant, a essayé de donner quelque idée de ce que pouvaient être les poèmes des premiers troubadours du Moyen Âge. » Dans cette ballade, une femme attend le retour de son fiancé, timbalier1 du duc de Bretagne.

[...] « Le duc triomphant nous rapporte
Son drapeau dans les camps froissé ;
Venez tous sous la vieille porte
Voir passer la brillante escorte,
Et le prince, et mon fiancé !
« Venez voir pour ce jour de fête
Son cheval caparaçonné,

Qui sous son poids hennit, s’arrête,
Et marche en secouant la tête,
De plumes rouges couronné !
« Mes sœurs, à vous parer si lentes,
Venez voir près de mon vainqueur
Ces timbales étincelantes
Qui sous sa main toujours tremblantes,
Sonnent, et font bondir le cœur !

« Venez surtout le voir lui-même
Sous le manteau que j’ai brodé.
Qu’il sera beau ! c’est lui que j’aime !
Il porte comme un diadème
Son casque, de crins inondé ! [...]

« Le duc n’est pas loin : ses bannières
Flottent parmi les chevaliers ;
Quelques enseignes prisonnières,
Honteuses, passent les dernières…
Mes sœurs ! voici les timbaliers !… »

Elle dit, et sa vue errante
Plonge, hélas ! dans les rangs pressés ;
Puis, dans la foule indifférente,
Elle tomba, froide et mourante…
Les timbaliers étaient passés.


Victor Hugo, « La fiancée du timbalier », Odes et ballades, 1826.


1. Joueur de timbales.

Voir les réponses

La ballade, une forme démodée

1
Texte A
a. À qui Joachim du Bellay s’adresse-t-il  ?
b. Que lui demande-t-il ?

2
Texte A
En quoi ce texte reflète-t-il l’état d’esprit de l’humanisme vis-à-vis du passé (voir Repères p. 31) ?

3
Texte B
a. Que reproche Trissotin à la ballade ?
b. Comment appelle-t-on au théâtre les dialogues très rapides de ce type ?


La ballade romantique

4
Texte C
En vous aidant du chapeau et de l’éclairage, expliquez pourquoi les poètes romantiques réutilisent la forme de la ballade.

5
Texte C
a. Ce poème respecte-t-il les caractéristiques formelles de la ballade ?
b. Quelle répétition pourrait s’apparenter à un refrain ?


6
Texte C
a. Que se passe-t-il à la fin de la ballade ?
b. Comment la narration met-elle en valeur la chute ?


Éclairage

Ce qui fait la valeur essentielle de la ballade, aux yeux des romantiques, c’est son ancrage profond (du moins le perçoivent-ils ainsi) dans l’authenticité nationale. [La ballade romantique] rejoint donc la recherche d’un passé poétique populaire et national. [...] Son rapport avec la poésie du Moyen Âge reste lointain, mais ce qui importe surtout, c’est cette volonté de filiation, même si elle reste éminemment artificielle.

Isabelle Durand-Le Guern, « Renaissance d’une forme poétique, la ballade », Le Moyen Âge des romantiques, 2001, Presses universitaire de Rennes.

John Waterhouse, La Belle Rosemonde, huile sur toile, 1916, musée national du Pays de Galles.

John Waterhouse, La Belle Rosemonde, huile sur toile, 60 × 48 cm, 1916, musée national du Pays de Galles.
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