Prolongement artistique et culturel


La fin’amor, des troubadours aux romans courtois




Le couple mythique : Lancelot et Guenièvre


Edmund Leighton, L’Adoubement, 1901, huile sur toile, 182 × 108 cm, coll. privée.

Edmund Leighton, L’Adoubement, 1901, huile sur toile, 182 × 108 cm, coll. privée.

◈ Ressource complémentaire


« La froideur de la reine  »

Le roi alors emmena Lancelot
Dans la salle où était venue
La reine qui l’attendait.
Quand la reine voit le roi
Qui tient Lancelot par le bras,
Elle s’est dressée face au roi
Et a fait semblant d’être courroucée.
Elle se voila le visage et ne dit mot.
« Dame, voyez ici Lancelot,
Dit le roi, il vient vous voir ;
Cela doit beaucoup vous plaire et vous convenir.
— Moi ? Sire, moi, il ne peut me plaire,
Je n’ai que faire de le voir.

Chrétien de Troyes, Lancelot ou le chevalier de la charrette, v. 1176-1181, trad. Éléonore de Beaumont.

Fin’amor et chevalerie sont-elles compatibles ?

Lancelot ou le Chevalier de la charrette est le seul roman de Chrétien de Troyes qui raconte l’histoire d’amour d’un chevalier pour une femme mariée : celui de Lancelot pour Guenièvre, la femme du roi Arthur.

Lancelot est tout entier au service de sa Dame, comme un vassal au service d’un suzerain.

Ce roman fait réfléchir à la compatibilité du code courtois avec celui de la chevalerie. Dans la scène emblématique du roman, un nain propose à Lancelot de lui révéler le lieu où la reine est retenue prisonnière. En échange, le chevalier doit monter sur la charrette, sort habituellement réservé aux criminels. Lancelot hésite quelques secondes puis monte : il choisit l’amour avant son honneur de chevalier. Mais Guenièvre lui reproche ces quelques secondes d’hésitation.

Ce roman illustre le paradoxe de la fin’amor : en effet, le chevalier s’y dépasse par amour mais il se soumet aussi jusqu’à l’humiliation, ce qui est contraire à ses valeurs de chevalier.



◈ Ressource complémentaire


« Les retrouvailles amoureuses  »

La reine croyait Lancelot mort, mais la rumeur était fausse.

Ensuite, le roi emmène
Lancelot voir la reine.
Alors, les larmes de la reine
Ne cessèrent de couler vers la terre.
[...] Alors ils parlèrent avec grand plaisir,
De ce qui leur plaisait,
Il n’y avait aucun sujet de discussion
Qu’Amour ne leur fournissait pas.
[Lancelot demande alors à la reine :]
« Dame, j’ai été très étonné
De l’accueil que vous m’avez fait
Avant-hier, quand vous m’avez vu,
Vous ne m’avez fait grâce d’aucun mot :
Pour peu, j’allais me donner la mort [...].
Dame, maintenant, je suis prêt à me faire pardonner,
Mais dites-moi de quel forfait
je suis coupable ».
Et la reine lui raconte :
« Comment ? Vous n’avez pas eu honte
De la charrette, puisque vous avez douté ?
Vous y êtes monté avec beaucoup d’enthousiasme,
Mais d’abord vous êtes demeurés deux pas en arrière.
C’est pour cela, en vérité, que je ne voulais
Ni vous parler ni vous regarder.


Chrétien de Troyes, Lancelot ou le chevalier de la charrette, v. 1176-1181, trad. Éléonore de Beaumont.

◈ Ressource complémentaire


« Le choix : monter ou non dans la charrette ? »