Texte 3


Christine de Pizan, « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage » (1410)




Ressource complémentaire

Être féministe au Moyen Âge - Virago - Christine de Pisan

Texte écho
Christine de Pizan, « Qui son chien veult tuer… »

Lisez ici le troisième huitain en moyen français.

Ha ! mirez-vous, dames, en mon dommage,
Pour Dieu mercy, ne vous laissiez attraire
Par homme nul, tous sont de faulx plumage.
En ce cas sy, si fuiez leur affaire.
Au commencier font bien le debonnaire
Mais au derrain c’est toute mocquerie.
Ce fais tu, Dieu d’Amours, pour cuers detraire,
Qui deceveur es plain de menterie.


Christine de Pizan, « Qui son chien veult tuer… ».
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L'image

1
Observez les différents éléments qui composent le tableau. Quel sens leur donnez-vous ?


2
Expliquez le sens du titre de ce tableau. Quels liens peut-on établir entre ce tableau et le texte de Christine de Pizan ?

Tableau Christine de Pizan.
Christine de Pizan, « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage » (1410)

Christine de Pizan est l’auteure de nombreuses œuvres dont les Cent ballades d’amant et de dame où elle dépeint les différentes étapes d’une relation difficile entre deux amants.

Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage,
Dit-on. C’est cela que tu veux faire de moi,
Faux déloyal, qui dis que mon cœur,
Pour en aimer un autre, veut se détourner de toi.
Mais tu sais bien, certes, que c’est tout le contraire,
Et qu’en mon cœur il n’y a trace de tricherie,
Que c’est toi plutôt qui es mauvais – tu as beau te taire,
Toi qui, trompeur, n’es fait que de menterie.

Car en moi, ni dans mon attitude ni dans mon langage,
Tu n’as jamais aperçu quoi que ce soit qui fût contraire
À la loyauté : ce n’est pas mon usage.
Tu n’en as pas de doute, mais pour m’éloigner de toi,
Tu veux colporter de telles accusations,
Pour mieux couvrir ta fausse tromperie,
Mais je ne suis pas, comme toi, faussaire,
Toi qui, trompeur, n’es fait que de menterie.

Ha ! Mirez-vous1, mes dames, dans les préjudices que je subis.
Par la grâce de Dieu, ne vous laissez attirer
Par aucun homme : tous sont faits de faux plumage.
Dans ce cas, évitez donc de les fréquenter.
Au début, ils font les débonnaires,
Mais à la fin ils ne sont plus que moquerie,
Et c’est aussi ce que tu fais, Dieu d’Amour, pour tourmenter les cœurs,
Toi qui, trompeur, n’es fait que de menterie.

ENVOI

Mais si, comme tu le dis, Amour, je dois trouver plaisir,
Pour aimer, à mourir,
Alors, de ce que j’expose, tu es la preuve, j’en vois bien l’exemple,
Toi qui, trompeur, n’es fait que de menterie.


Christine de Pizan, « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage », Cent ballades d’amant et de dame, ballade XCIV, 1410, trad. du moyen français de Martine Buffet, 2018.


1. Regardez-vous.
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Entrer dans le texte

1
Donnez un titre aux différents mouvements de cette ballade, pour montrer sa progression.


2

a. Comment comprenez-vous le proverbe qui ouvre la ballade ?

b. Comment peut-on le mettre en relation avec le refrain ?


Une femme qui se défend

3
De quoi se défend la dame ? Justifiez votre réponse en citant le texte (► Strophes 1 et 2).


4
GRAMMAIRE

a. Étudiez les formes de la coordination et de la juxtaposition dans le texte.

b. En quoi toutes deux servent-elles l’argumentation ?



Un homme incriminé

5

a. De quoi la dame accuse-t-elle l’homme à qui elle s’adresse ?

b. Que remarquez-vous dans la troisième strophe ?


6
Dans la strophe 3, la dame s’adresse aux autres femmes. Pourquoi ?


7

a. Quel rôle joue le dieu Amour dans le poème ?

b. Dans l’envoi, à quelle conclusion la dame arrive-t-elle ?


Vers le commentaire

8
Par quels procédés Christine de Pizan met-elle en valeur sa vision de l’amour dans cette ballade ? Vous établirez un plan détaillé du commentaire.

ORAL
À partir de proverbes comme ce proverbe ivoirien « Le caillou de la colère tue rarement l’oiseau visé », faites un discours pour dénoncer une situation qui vous touche. Concluez par un envoi au dédicataire de votre choix.
Enregistreur audio

Tableau Lippi Allegorie de la simulation.
Lorenzo Lippi, Allégorie de la simulation, XVIIe siècle, huile sur toile, 72,5 × 58,5 cm, musée des Beaux-Arts, Angers.
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