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Débat 5


Le journalisme : un genre littéraire ?





Texte B
John Lemoinne est un célèbre journaliste du XIXe siècle élu à l’Académie française.

  Le journalisme a été un autre progrès et une autre conquête, mais il n’a pas tué, et il ne tuera pas le livre. Vous faites des livres et vous pardonnez à ceux qui ne font que des pages. Les monuments et les livres restent comme des formes plus réfléchies, plus tranquilles, plus perfectionnées de la pensée. Le journal vient y ajouter une expression nouvelle, il prend sa place et non pas la leur.

  Le journal, c’est‑à‑dire la parole quotidienne, instantanée, est venu répondre aux exigences d’une civilisation nouvelle dont la vitesse a été décuplée, centuplée par les miracles de la science. La presse a suivi une marche parallèle à celle de la vapeur et de l’électricité. Il a fallu parler et écrire à grande vitesse et faire la photographie de l’histoire courante. [...]

  Il est possible que la maturité de la pensée et la correction de la langue perdent à cette production hâtive, mais combien d’idées mourraient sans cette incorporation soudaine et incessante ! [...] Plus d’une fois, quand on me suggérait l’ambition de siéger parmi vous, on m’a dit « Faites donc un livre ! » Mon livre, Messieurs, je l’ai fait tous les jours pendant trente ans, et je vous remercie de l’avoir découvert !


John Lemoinne, Discours de réception à l’Académie française, 2 mars 1876.

Texte A
  Le journalisme a tué la littérature et le reportage est en train de tuer le journalisme. Rien ne tuera le reportage, il mourra de lui‑même. C’est le dernier mot de la décadence littéraire d’une époque ; c’est l’homme de lettres remplacé par le concierge. [...]

  En Amérique, en effet, le reportage est le comble de l’art littéraire. Un journal de vingt pages ne renferme pas une ligne digne d’être citée. C’est tout simplement un ramassis de ragots dans le genre de ceux que les domestiques échangent en dînant. [...] On y raconte la couleur du pantalon de M. de Lesseps1, la forme de sa cravate, ce qu’il mange à table, comment il se purge, s’il ronfle, la pointure de ses bottines et de ses gants. [...]

  On m’a demandé, à moi, combien je gagnais par an, si je me faisais faire mes redingotes à Londres, ce que je mangerai à mon dîner, si j’aimais mieux aller en voiture qu’à pieds, si j’avais le mal de mer, mon âge, et un grand nombre d’autres détails touchant à la vie privée.

  - Qu’est-ce que cela peut vous faire et faire à votre public ? disais-je à ces indiscrets.

  - Le public n’aime que ça ! me répondaient ces jeunes gens, et si vous ne nous répondez pas, nous inventerons vos réponses.


Albert Millaud, « Le reportage », Le Figaro, 6 mai 1886.


1. Diplomate, promoteur de la construction des canaux de Suez et de Panama

Texte C
  [À] la fin de la Restauration1 lorsqu’afflue dans les rédactions des journaux une population de jeunes gens aspirant à la Littérature, lorsque se multiplient les supports journalistiques (grandes revues, magazines, journaux illustrés, petites feuilles littéraires, journaux pour enfants) et donc la masse textuelle à rédiger, la tentation des hommes de lettres qui écrivent le journal est de mobiliser les formes littéraires existantes pour élaborer le rubricage journalistique générique qui se constitue alors. La fiction, l’écriture intime (avec toutes ses ressources, l’autobiographie, la lettre, le journal), le portrait, le modèle conversationnel vont être alternativement et durablement convoqués pour créer ou faire évoluer la chronique, la critique, le fait divers, les débats, l’étude de moeurs, la publicité même puis plus tard le reportage et l’interview. C’est sinon la Littérature, du moins le patrimoine des formes travaillées par la Littérature qui servent de matrice pour la conception des genres journalistiques et pour le renouvellement du journal et de la revue.


Marie-Ève Thérenty « Pour une histoire littéraire de la presse au XIXe siècle », Revue d’histoire littéraire de la France, 2003.


1. La Restauration dure de 1814 à 1830 (► p. 22‑23).

Ressources complémentaires

Retrouvez :

Poulbot, EMBAUCHAGE, « N’ayez ni idées, ni style… Cela dérange nos abonnés. », série « Journalistes »
Doc. 1
Poulbot, EMBAUCHAGE, « N’ayez ni idées, ni style… Cela dérange nos abonnés. », série « Journalistes », L’Assiette au beurre, 16 mai 1903, BnF, Paris.
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1

a. Reliez les mots suivants au journalisme, à la littérature ou aux deux.
  • Réel.
  • Fiction.
  • Raconter.
  • Actualité.
  • Instantané.
  • Longueur.
  • Patrimoine.
  • Informer.
  • Imaginer.
  • Style.

Littérature Journalisme Les deux


b. Comparez vos réponses avec celles de vos camarades.


2
La littérature et le journalisme vous semblent‑ils être deux domaines d’écriture proches ou éloignés ? Proposez une réponse nuancée.


3
Visionnez la vidéo des interviews d’écrivains‑journalistes.
a. Résumez les différentes opinions des écrivains‑journalistes.

b. Formulez votre opinion.


4
Texte A et doc. 1 Qu’est‑ce que ces deux documents reprochent au journalisme ?


5
Texte B
a. Selon John Lemoinne, qu’est‑ce qui différencie le journal du livre ?

b. Comment comprenez‑vous la dernière phrase ?


Texte D
Comment définiriez‑vous votre travail ? Autofiction ?

Autofiction, je n’aime pas le mot. Mais ce qu’il recouvre me plaît. Je n’aime pas non plus le mot roman, même si j’en utilise toutes les techniques. C’est un mélange de récits autobiographiques, de reportage, d’histoire, de récit de vie d’autrui, de biographie… Je n’écris plus de fiction depuis longtemps.

Quand avez‑vous arrêté ?

Au moment de L’Adversaire, sur l’affaire Romand [...]. J’ai communiqué avec lui en prison, j’ai essayé d’écrire de mille façons, sans succès. Finalement, ce qui m’a paru le plus juste a été d’écrire l’histoire de mon point de vue. Depuis, j’ai continué à travailler dans ce terrain vague. Cette forme informe me convient. [...]

Vous vous sentez plutôt écrivain, plutôt journaliste ?

Les deux ! Pour moi, c’est le même travail. Lorsque j’ai écrit sur le Russe Limonov (un dissident russe), cela a commencé par un reportage pour la revue XXI. J’ai continué par un roman, qui était comme un reportage plus long et plus fouillé. J’emploie le même ton pour un reportage et pour un livre.


Interview d’Emmanuel Carrère menée par Florence Pitard, Ouest‑France, 2 mai 2016.
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6
Texte C Quels sont les liens entre la presse et la littérature au XIXe siècle ?


7
Doc. 2 Cherchez qui était Albert Londres. En quoi sa pratique du journalisme était‑elle aussi celle d’un écrivain ?


8
Texte D
a. Quelle est la « forme informe » qu’évoque Emmanuel Carrère ?

b. Pensez‑vous qu’un roman puisse ne pas être de la fiction ? ((sur L’Adversaire, ► p. 322)


Détail de la une du Petit Parisien du 11 octobre 1928.


Albert Londres, dont le nom est associé depuis 1933 au prix qui porte son nom et récompense les meilleurs grands‑reporters francophones, était un grand journaliste. À propos de son style, le rédacteur de cet article dit qu’il est celui d’un « poète‑né qui a voulu être LE REPORTER. »
Doc. 2
Détail de la une du Petit Parisien du 11 octobre 1928.

Ressource complémentaire

Découvrez des interviews autour du magazine XXI, trimestriel qui propose des reportages longs s’apparentant à des récits journalistiques.
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