Texte 6


Jean-Baptiste Chassignet, « Mortel, pense quel est dessous la couverture » (1594)





Manuscrit Chassignet.
Jean-Baptiste Chassignet, « Mortel, pense quel est dessous la couverture » (1594)

Mortel, pense quel est dessous la couverture
D’un charnier mortuaire un corps mangé de vers,
Décharné, dénervé, où les os découverts,
Dépulpés, dénoués, délaissent leur jointure ;

Ici l’une des mains tombe de pourriture,
Les yeux d’autre côté détournés à l’envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d’ordinaire pâture ;

Le ventre déchiré cornant de puanteur
Infecte l’air voisin de mauvaise senteur,
Et le nez mi-rongé déforme le visage ;

Puis connaissant l’état de ta fragilité,
Fonde en Dieu seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus savant et plus sage.


Jean-Baptiste Chassignet, Mépris de la vie et consolation contre la mort, sonnet CXXV, 1594, texte modernisé par Anne-Charlotte Guadelli, 2018.

◈ Ressource complémentaire


Charles Baudelaire, « Une charogne » (1857)


Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Le ventre en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés!

Charles Baudelaire, « Une charogne », Les Fleurs du Mal, 1857.
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1
Que provoque en vous la lecture de ce poème ?


Un tableau saisissant

2
Quelle figure de style structure le texte ?


3
Comment le poète rend-il vivante sa description de la mort ?


4
GRAMMAIRE

a. Quel préfixe retrouve‑t‑on plusieurs fois dans le poème ?

b. Expliquez pourquoi c’est un choix du poète.


Un exercice de conversion

5
Par quels termes le poète implique‑t‑il le lecteur ?


6
a.
En quoi le poète se présente-t-il comme un guide spirituel ?

b. Quelles sont les étapes du chemin qu’il montre au lecteur ?


7
Quelle leçon Chassignet propose‑t‑il finalement au lecteur ?


Vers le commentaire

8
Comment le sonnet mêle-t-il réalisme macabre et dimension religieuse ?


ORAL
Inventez la trame d’une fable qui illustrera la formule memento mori. Racontez votre fable à la classe.
Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
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◈ Ressource complémentaire


Pierre de Ronsard, « Je n’ai plus que les os » (1586, posthume)


Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Pierre de Ronsard, « Je n’ai plus que les os », Derniers Vers, 1586, posthume.

Ligier Richier, Le transi de René de Chalon, vers 1545, église Saint-Étienne, Bar-le-Duc.
Ligier Richier, Le transi de René de Chalon, vers 1545, 215 × 43 × 36 cm, église Saint-Étienne, Bar-le-Duc.
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