Texte 6


Le dénouement





Daniel Danger, We can no longer protect you forever, 2014, sérigraphie.
Daniel Danger, We can no longer protect you forever, 2014, sérigraphie, 24 × 36 cm.
« Nous ne pouvons plus vous protéger pour toujours. »
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L'image

En quoi cette image peut-elle illustrer le dénouement de Dom Juan ?

Le dénouement

Dom Juan n’a cessé de se moquer des avertissements que lui donnaient les autres personnages comme Sganarelle, Elvire et son père, lui intimant de prendre garde à la vengeance du Ciel. Lors d’un dîner avec Sganarelle, la statue du Commandeur, un homme qu’il a tué, s’assied à leur table et invite Dom Juan à souper avec elle le lendemain.

Scène 5
DOM JUAN, UN SPECTRE, en femme voilée, SGANARELLE


LE SPECTRE. – Dom Juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde1 du Ciel ; et s’il ne se repent ici, sa perte est résolue.

SGANARELLE. – Entendez-vous, Monsieur ?

DOM JUAN. – Qui ose tenir ces paroles ? Je crois connaître cette voix.

SGANARELLE. – Ah ! Monsieur, c’est un spectre : je le reconnais au marcher.

DOM JUAN. – Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c’est.

Le Spectre change de figure, et représente le temps avec sa faux à la main.

SGANARELLE. – Ô Ciel ! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure ?

DOM JUAN. – Non, non, rien n’est capable de m’imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c’est un corps ou un esprit.

Le Spectre s’envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.

SGANARELLE. – Ah ! Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir.

DOM JUAN. – Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu’il arrive, que je sois capable de me repentir. Allons, suis-moi.

Scène 6
LA STATUE, DOM JUAN, SGANARELLE


LA STATUE. – Arrêtez, Dom Juan. Vous m’avez hier donné parole de venir manger avec moi.

DOM JUAN. – Oui. Où faut-il aller ?

LA STATUE. – Donnez-moi la main.

DOM JUAN. – La voilà.

LA STATUE. – Dom Juan, l’endurcissement au péché traîne2 une mort funeste ; et les grâces du ciel que l’on renvoie ouvrent un chemin à sa foudre.

DOM JUAN. – Ô ciel ! que sens-je ? un feu invisible me brûle, je n’en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !

(Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s’ouvre et l’abîme ; et il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé.)

SGANARELLE, seul. – Ah ! mes gages3 ! mes gages ! Voilà, par sa mort, un chacun satisfait. Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents
outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content ; il n’y a que moi seul de malheureux. Mes gages, mes gages, mes gages !


Molière, Dom Juan, Acte V, scènes 5-6, 1665.


1. Sentiment de pitié qui pousse au pardon.
2. Entraîne.
3. « Mon salaire ! » Le début et la fin de la réplique de Sganarelle ont été censurés dans l’édition de 1682.
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Entrer dans le texte

1

a. En quoi cette scène éclaire-t-elle le sous-titre de la pièce, Le Festin de pierre ?

b. Quel est le « mets » de ce festin ?


Un héros tragique ?

2
Que symbolise le spectre qui vient tuer Dom Juan ? Proposez plusieurs réponses.



3
GRAMMAIRE
« il ne sera pas dit », affirme Dom Juan (► l. 14). Analysez la forme de cette proposition (voir Fiche p. 458).


4
Dom Juan meurt-il en homme courageux ou en lâche ? Appuyez-vous sur la lecture des deux scènes et sur celle du texte écho, et proposez une réponse.


5
Peut-on considérer Dom Juan comme un personnage tragique ?


Une fin ambiguë ?

6
À l’époque de Molière, le public raffole des pièces dites « à machines », c’est-à-dire à « effets spéciaux ». En quoi peut-on dire que Molière se conforme à cette mode ?


7
Sganarelle affirme que « tout le monde est content » (► l. 27).
a. Au dénouement de quel type de pièces cela correspondrait-il, si c’était le cas ?

b. Pensez-vous que Sganarelle a raison ? Justifiez votre réponse.


8
Selon vous, pourquoi les références aux « gages » ont-elles été censurées dans la dernière réplique de Sganarelle ?


Vers le commentaire

9
Peut-on dire que le dénouement de ce texte correspond à celui d’une tragédie ?


ORAL
Ce dénouement de la pièce vous satisfait-il ? Échangez avec des camarades et justifiez votre point de vue.
Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
Enregistreur audio

Texte écho
Sarah Kofman et Jean-Yves Masson, Don Juan ou le refus de la dette (1991)

Pour les auteurs de cet ouvrage, le désir de liberté de Don Juan se manifeste avant tout par son refus de tout engagement.

Don Juan, d’une manière ou d’une autre, ne tient pas parole, brise une promesse ou un contrat, ne paye pas ses dettes. Dans cette perspective, le « Ciel » est vu comme le créancier suprême qui, un jour ou l’autre, saura bien faire payer à Don Juan ses dettes, même si, ce faisant, il se soucie bien peu de payer ses dettes terrestres, puisque le mot de la fin appartient à Sganarelle qui réclame en vain ses gages.

Sarah Kofman et Jean-Yves Masson, Don Juan ou le refus de la dette, 1991, Éditions Galilée.
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