Texte 1


Chantage amoureux





Texte écho
Jean Racine, Andromaque (1667)

Oreste, amoureux d'Hermione, vient de lui apprendre que Pyrrhus protègerait Astynax ; il lui demande de partir avec lui.

HERMIONE. – Mais, Seigneur, cependant, s’il épouse Andromaque ?

ORESTE. – Hé ! Madame.

HERMIONE. – Songez quelle honte pour nous
Si d’une Phrygienne1 il devenait l’époux !

ORESTE. – Et vous le haïssez ? Avouez-le, Madame,
L’amour n’est pas un feu qu’on renferme en une âme :
Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux ;
Et les feux mal couverts n’en éclatent que mieux.

HERMIONE. – Seigneur, je le vois bien, votre âme prévenue
Répand sur mes discours le venin qui la tue,
Toujours dans mes raisons cherche quelque détour,
Et croit qu’en moi la haine est un effort d’amour.

[Hermione confie une mission à Oreste : convaincre Pyrrhus de livrer Astyanax aux Grecs.]

Enfin qu’il me renvoie, ou bien qu’il vous le livre.
Adieu. S’il y consent, je suis prête à vous suivre.

Jean Racine, Andromaque, acte II, scène 2, 1667.


1. De Phrygie, ancien pays d’Asie Mineure, dont Andromaque est originaire.

Andromaque, mise en scène d’Anne Delbée, château de Versailles, 2018.
Andromaque, mise en scène d’Anne Delbée, château de Versailles, 2018.

Paul Strudel, Mater dolorosa, 1711 - 1717, marbre, église des Capucins, Vienne, Autriche.
Paul Strudel, Mater dolorosa, 1711 - 1717, marbre, église des Capucins, Vienne, Autriche.
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Entrer dans le texte

1

a. Que veut Pyrrhus ?

b. Que veut Andromaque ?


2
Texte écho Comparez la situation d’Hermione à celle d’Andromaque.


Astyanax

3
Que représente Astyanax pour les Grecs ? Pour Pyrrhus ? Pour Andromaque ?


4
GRAMMAIRE

a. Vers 14 et 15, distinguez le pronom relatif et les conjonctions de subordination.

b. Pourquoi évoquer la situation d’Astyanax par une phrase complexe ?


5
Montrez qu’Andromaque apparaît comme une mater dolorosa (voir Éclairage).


Deux héroïnes

6
Quelle image Pyrrhus cherche-t-il à donner de lui dans sa dernière tirade ? Pourquoi ?


7
À votre avis, comment Andromaque répondra-t-elle à la dernière question de Pyrrhus ?


8
Texte écho
a. Selon Oreste, que dissimule Hermione ?

b. Relevez les deux champs lexicaux opposés.


Vers le commentaire

9
Comment le noeud de la tragédie est-il immédiatement présenté ?


ORAL
Jouez la scène de Pyrrhus et Andromaque en improvisant à partir du texte. Concentrez-vous sur les émotions, le ton, les déplacements.
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L'image

Selon vous, cette affiche représente-t-elle bien la relation entre Pyrrhus et Andromaque ?

Éclairage

La mater dolorosa (ou « mère de douleurs ») est la représentation d’une mère éplorée. Souvent utilisée pour montrer les souffrances de la Vierge Marie à la mort de son fils Jésus, c’est aussi un thème universel.

Chantage amoureux

Oreste, envoyé par les Grecs, vient de réclamer Astyanax à Pyrrhus, qui a refusé d'accéder à sa demande.

PYRRHUS. – Me cherchiez-vous, Madame ?
Un espoir si charmant me serait-il permis ?

ANDROMAQUE. – Je passais jusqu’aux lieux où l’on garde mon fils.
Puisqu’une fois le jour vous souffrez1 que je voie
Le seul bien qui me reste et d’Hector et de Troie,
J’allais, Seigneur, pleurer un moment avec lui :
Je ne l’ai point encore embrassé d’aujourd’hui.

PYRRHUS. – Ah ! Madame, les Grecs, si j’en crois leurs alarmes,
Vous donneront bientôt d’autres sujets de larmes.

ANDROMAQUE. – Et quelle est cette peur dont leur coeur est frappé,
Seigneur ? Quelque Troyen vous est-il échappé ?

PYRRHUS. – Leur haine pour Hector n’est pas encore éteinte.
Ils redoutent son fils.

ANDROMAQUE. – Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor2
Que Pyrrhus est son maître, et qu’il est fils d’Hector.

PYRRHUS. – Tel qu’il est, tous les Grecs demandent qu’il périsse.
Le fils d’Agamemnon vient hâter son supplice.

ANDROMAQUE. – Et vous prononcerez un arrêt3 si cruel ?
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel ?
Hélas ! on ne craint point qu’il venge un jour son père ;
On craint qu’il n’essuyât les larmes de sa mère.
Il m’aurait tenu lieu d’un père et d’un époux ;
Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups.

PYRRHUS. – Madame, mes refus ont prévenu4 vos larmes.
Tous les Grecs m’ont déjà menacé de leurs armes ;
Mais dussent-ils5 encore, en repassant les eaux,
Demander votre fils avec mille vaisseaux ;
Coûtât-il tout le sang qu’Hélène a fait répandre ;
Dussé-je6 après dix ans voir mon palais en cendre,
Je ne balance point, je vole à son secours :
Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours.
Mais parmi ces périls où je cours pour vous plaire,
Me refuserez-vous un regard moins sévère ?
Haï de tous les Grecs, pressé de tous côtés,
Me faudra-t-il combattre encor vos cruautés ?
Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encore
Que vous accepterez un cœur qui vous adore ?


Jean Racine, Andromaque, acte I, scène 4, 1667.


1. Acceptez.
2. Encor peut s’écrire sans « e » final, afin de conserver douze syllabes dans l’alexandrin.
3. Une décision.
4. Devancé.
5. Même s’ils devaient.
6. Même si je devais.

◈ Ressource complémentaire


Dans l'Iliade, après la mort d'Hector, Andromaque craint pour l'avenir de son fils Astyanax.

Et toi, mon enfant, tu me suivras et tu subiras de honteux travaux, te fatiguant pour un maître féroce ! ou bien un Achéen, te faisant tourner de la main, te jettera du haut d’une tour pour une mort affreuse, furieux que Hector ait tué ou son frère, ou son père, ou son fils ; car de nombreux Achéens sont tombés, mordant la terre, sous ses mains.

Homère, Iliade, XXIV, trad. du grec ancien de Leconte de Lisle, 1866.
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