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Texte 2


Deux héroïnes face à Pyrrhus




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1
Comparez les deux extraits sur le fond (thèmes, situations, attitudes) et sur la forme (ton, types de répliques).


Un dialogue impossible

2
Quels sont les rôles de Phœnix et de Céphise ici ?


3
Entre le début et la fin de l’extrait, montrez qu’il y a une évolution dans l’attitude de Pyrrhus et d’Andromaque. Analysez notamment les types de phrases utilisés.


Le dolor

4
Quelle réplique de Pyrrhus pousse Andromaque à s'adresser à lui ? Pourquoi ?


5
Comment s’exprime alors son dolor ?


6
GRAMMAIRE
Relevez les participes passés, et pour chacun d’eux, indiquez s’il est accordé ou non et pourquoi.


Le furor (► texte écho)

7

a. Quels reproches Hermione adresse-t-elle à Pyrrhus ?

b. Relevez et commentez les apostrophes.


8
Selon vous, peut-on dire qu’Hermione est aussi dans un état de dolor ?


Vers le commentaire

9
Comment le dialogue impossible montre-t-il les tourments des personnages ?


ORAL
Par groupe de quatre, apprenez puis jouez la scène en étant attentifs aux gestes et aux déplacements. Pour préparer votre interprétation, soulignez les « e » caducs qui se prononcent (voir Fiche p. 488) pour former les alexandrins et indiquez les liaisons.

ORAL
Texte écho Préparez de la même façon votre interprétation de la deuxième partie de la tirade ( « Vous ne répondez… » à la fin). Puis jouez-la devant la classe.
Vous pouvez vous entraîner en vous enregistrant.
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Deux héroïnes face à Pyrrhus

Pyrrhus a accepté d’épouser Hermione et de livrer Astyanax aux Grecs. Alors qu’il vient parler à Hermione, avec son confident Phœnix, il rencontre par hasard Andromaque, accompagnée de Céphise.

PYRRHUS, à Phœnix – Où donc est la princesse1 ?
Ne m’avais-tu pas dit qu’elle était en ces lieux ?

PHŒNIX. – Je le croyais.

ANDROMAQUE, à Céphise – Tu vois le pouvoir de mes yeux2.

PHYRRUS. – Que dit-elle, Phœnix ?

ANDROMAQUE. – Hélas ! tout m’abandonne.

PHŒNIX. – Allons, Seigneur, marchons sur les pas d’Hermione.

CÉPHISE. – Qu’attendez-vous ? Rompez ce silence obstiné.

ANDROMAQUE. – Il a promis mon fils.

CÉPHISE. – Il ne l’a pas donné.

ANDROMAQUE. – Non, non, j’ai beau pleurer, sa mort est résolue.

PYRRHUS. – Daigne-t-elle sur nous tourner au moins la vue ?
Quel orgueil !

ANDROMAQUE. – Je ne fais que l’irriter encor.
Sortons.

PYRRHUS. – Allons aux Grecs livrer le fils d’Hector.

ANDROMAQUE. – Ah ! Seigneur, arrêtez ! Que prétendez-vous faire ?
Si vous livrez le fils, livrez-leur donc la mère.
Vos serments m’ont tantôt juré tant d’amitié :
Dieux ! ne pourrai-je au moins toucher votre pitié ?
Sans espoir de pardon m’avez-vous condamnée ?

PYRRHUS. – Phœnix vous le dira, ma parole est donnée.

ANDROMAQUE. – Vous qui braviez pour moi tant de périls divers !

PYRRHUS. – J’étais aveugle alors : mes yeux se sont ouverts.


Jean Racine, Andromaque, acte III, scène 6, 1667.


1. Pyrrhus parle d’Hermione.
2. Alors qu’Andromaque suppliait Hermione de sauver son fils, celle-ci lui a répondu : « S’il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous ? / Vos yeux assez longtemps ont régné sur son âme. » (III, 4)
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L'image

Qu’est-ce qui rapproche ce tableau de l’expression du furor ?

Texte écho
Jean Racine, Andromaque (1667)

Hermione apprend que Pyrrhus préfère épouser Andromaque par amour plutôt qu’elle-même par devoir.

HERMIONE. – Je ne t’ai point aimé, cruel ? Qu’ai-je donc fait ?
J’ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes ;
Je t’ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;
J’y suis encor, malgré tes infidélités,
Et malgré tous mes Grecs honteux de mes bontés.
Je leur ai commandé de cacher mon injure ;
J’attendais en secret le retour d’un parjure ;
J’ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,
Tu me rapporterais un cœur qui m’était dû. […]
Vous1 ne répondez point ? Perfide, je le voi2,
Tu comptes les moments que tu perds avec moi !
Ton coeur, impatient de revoir ta Troyenne,
Ne souffre3 qu’à regret qu’une autre t’entretienne.
Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux.
Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces lieux :
Va lui jurer la foi que tu m’avais jurée,
Va profaner des Dieux la majesté sacrée.
Ces Dieux, ces justes Dieux n’auront pas oublié
Que les mêmes serments avec moi t’ont lié.
Porte aux pieds des autels ce cœur qui m’abandonne ;
Va, cours. Mais crains encor d’y trouver Hermione.

Jean Racine, Andromaque, acte IV, scène 5, 1667.


1. Hermione vouvoie Pyrrhus.
2. Le -s final de la première personne se prononce encore au XVIIe siècle. Pour la rime, on ne l’écrit donc pas dans les textes versifiés.
3. Supporte.

Andromaque, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz, Comédie-Française (salle Richelieu), Paris, 2010.
Andromaque, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz, avec Cécile Brune (Andromaque), Éric Ruf (Pyrrhus) et Céline Samie (Céphise), Comédie-Française (salle Richelieu), Paris, 2010.

Le Caravage, Méduse, 1597, huile sur toile montée sur bouclier, galerie des Offices, Florence, Italie.
Le Caravage, Méduse, 1597, huile sur toile montée sur bouclier, 48 × 48 cm, galerie des Offices, Florence, Italie.

Éclairage

Méduse est une figure mythologique. Capable de pétrifier tout mortel qui croise son regard, elle est un symbole de colère et de pouvoir. Même après avoir été coupée par Persée, sa tête garde ses pouvoirs.

◈ Ressource complémentaire


Euripide, Médée, 431 av. J.-C.



Délaissée par Jason, pour qui elle a trahi son père, Médée sombre dans une colère terrible et s'abandonne au furor. Pour se venger, elle décide d'assassiner de ses propres mains leurs deux enfants.

LE CHŒUR. - Ah ! Terre ! Rayon éclatant du Soleil ! Regardez, voyez cette femme funeste avant qu’elle n’ait porté une main meurtrière sur ses enfants et immolé son propre sang. De la race d’or ils sont la descendance ; que le sang d’un dieu tombe sous les coups des hommes, c’est chose terrible ! Ah ! Lumière née de Zeus, retiens-la, arrête-la, chasse de la maison une malheureuse et meurtrière Erinys1 envoyée par des dieux vengeurs.

Vaines se sont perdues les peines de ton enfantement ; en vain tu as donc mis au monde une postérité chérie [...] ! Malheureuse ! Pourquoi une lourde colère s’abat-elle sur ton âme ? Pourquoi à ta tendresse fait place une haine meurtrière ? Funeste est pour les mortels la souillure d’un meurtre domestique. Elle éveille contre les meurtriers de leur famille, par la volonté des dieux, des douleurs proportionnées au crime qui s’abattent sur leurs maisons.

LES ENFANTS (de l’intérieur). - Hélas !

LE CHŒUR. - Entends-tu le cri ? Entends-tu les enfants ? Ah ! malheureuse ! femme infortunée !

UN DES ENFANTS. - Hélas ! Que faire ? Où fuir les mains d’une mère ?

L’AUTRE ENFANT. - Je ne sais ; frère chéri, nous sommes perdus.

Euripide, Médée, 431 av. J.-C., trad. du grec ancien de Henri Berguin, 1954-1955.


1. Dans la mythologie grecque, les Érinyes sont les déesses chargées de persécuter et de tourmenter les criminels.
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L'image

Commentez ce choix de décor. Qu’apportent les grandes colonnes ?

Éclairage

Dans son analyse des tragédies latines de Sénèque, Florence Dupont définit deux états du héros tragique : le dolor puis le furor. Le dolor est une souffrance morale insurmontable ; le personnage la subit sans toutefois perdre sa dignité. Le furor, qui se nourrit du dolor, est une colère infinie, une rage telle que le personnage sort de sa condition humaine pour devenir un monstre. Par exemple, Médée, répudiée par son mari, devient capable d’assassiner ses propres enfants !
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