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Texte 2


Le mariage : un esclavage ?





◈ Ressource complémentaire



Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage :
A d'austères devoirs le rang de femme engage ;
Et vous n'y montez pas, à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
Votre sexe n'est là que pour la dépendance :
Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Bien qu'on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité ;
L'une est moitié suprême, et l'autre subalterne ;
L'une en tout est soumise à l'autre, qui gouverne ;
Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,
Montre d'obéissance au chef qui le conduit,
Le valet à son maître, un enfant à son père,
A son supérieur le moindre petit frère,
N'approche point encor de la docilité,
Et de l'obéissance, et de l'humilité,
Et du profond respect où la femme doit être
Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.


Molière, L’École des femmes, III, 2, 1662.

Anonyme, Un Couple heureux, vers 1945, coll. privée.


La femme tient dans sa main un contrat de location d’appartement.
Anonyme, Un Couple heureux, vers 1945, coll. privée.

Éclairage

Autrefois, le futur époux ou la future épouse était généralement choisi(e) par les parents, et notamment par le père, « chef de famille ». Les sentiments des enfants entraient peu en ligne de compte dans ce choix : il s’agissait avant tout de trouver un bon parti. Au XVIIe siècle, Mme de La Fayette rapporte que le fils du président du Parlement de Dijon demande à son père : « Est-il vrai, mon père, que vous me voulez marier à Mlle une telle ?
– Mon fils, mêlez-vous de vos affaires. »

► Pour découvrir la place que le Code civil de 1804 donnera à l’épouse, voir p. 375.

Le mariage : un esclavage ?

Persinet, qui, à la scène précédente, est venu parler mariage avec Madame Sorbin, a été sèchement congédié.

LINA. – Pourquoi donc le maltraitez-vous, ma mère ? Est-ce que vous ne voulez plus qu’il m’aime, ou qu’il m’épouse ?

MADAME SORBIN. – Non, ma fille, nous sommes dans une occurrence1 où l’amour n’est plus qu’un sot.

LINA. – Hélas ! quel dommage !

ARTHÈNICE. – Et le mariage, tel qu’il a été jusqu’ici, n’est plus aussi qu’une pure servitude que nous abolissons, ma belle enfant, car il faut bien la mettre un peu au fait pour la consoler.

LINA. – Abolir le mariage ! Eh ! que mettra-t-on à la place ?

MADAME SORBIN. – Rien.

LINA. – Cela est bien court.

ARTHÈNICE. – Vous savez, Lina, que les femmes jusqu’ici ont toujours été soumises à leurs maris.

LINA. – Oui, Madame, c’est une coutume qui n’empêche pas l’amour.

MADAME SORBIN. – Je te défends l’amour.

LINA. – Quand il y est, comment l’ôter ? Je ne l’ai pas pris ; c’est lui qui m’a prise, et puis je ne refuse pas la soumission.

MADAME SORBIN. – Comment soumise, petite âme de servante, jour de Dieu2, soumise, cela peut-il sortir de la bouche d’une femme ? Que je ne vous entende plus proférer cette horreur-là, apprenez que nous nous révoltons.

ARTHÈNICE. – Ne vous emportez point, elle n’a pas été de nos délibérations, à cause de son âge, mais je vous réponds d’elle, dès qu’elle sera instruite. Je vous assure qu’elle sera charmée d’avoir autant d’autorité que son mari dans son petit ménage, et quand il dira : « je veux », de pouvoir répliquer : « moi, je ne veux pas. »

LINA, pleurant. – Je n’en aurai pas la peine ; Persinet et moi, nous voudrons toujours la même chose ; nous en sommes convenus entre nous.

MADAME SORBIN. – Prends-y garde avec ton Persinet ; si tu n’as pas des sentiments plus relevés, je te retranche du noble corps des femmes, reste avec ma camarade et moi pour apprendre à considérer ton importance ; et surtout qu’on supprime ces larmes qui font confusion à ta mère, et qui rabaissent notre mérite.

ARTHÈNICE. – Je vois quelques-unes de nos amies qui viennent, et qui paraissent avoir à nous parler, sachons ce qu’elles nous veulent.


Marivaux, La Colonie, scène 5, 1750.


1. Situation.
2. Juron.
Voir les réponses

Entrer dans le texte

1
Quelles sont les deux thèses qui s’opposent dans cette scène ?


Un rapport de force exclusivement féminin

2
Le débat est-il équilibré ? Justifiez votre réponse.


3
Quel rôle joue plus spécifiquement Arthénice ? Proposez une réponse détaillée, assortie de citations.


Deux façons différentes de revendiquer l’émancipation de la femme

4
De quelles qualités Lina fait-elle preuve au cours de ce débat ? Justifiez votre réponse.


5

a. Quel regard Madame Sorbin porte-t-elle sur sa fille ?

b. Comment s’y prend-elle pour imposer son point de vue ?


6
GRAMMAIRE

a. Relevez toutes les négations présentes dans cette scène.

b. Madame Sorbin les utilise-t-elle de la même façon que sa fille ? Expliquez.


Vers le commentaire

7
Quels sont les enjeux de ce conflit mère-fille ?


ORAL
Lina retrouve alors Persinet qui lui fait une déclaration d’amour en montrant qu’il a fait siens les principes des femmes de l’île sur les fondements d'un couple équilibré. Imaginez la scène et jouez-la. Vous pouvez vous entraîner en vous enregistrant.
Enregistreur audio

Honoré Daumier, Tout ce qu’on voudra, vers 1845, lithographie, BnF, Paris


« La femme doit suivre son mari partout où il lui convient d’aller élire son domicile. » Cette caricature ridiculise le chapitre VI des « Droits et devoirs des épouses » dans le Code civil promulgué par Napoléon en 1804.
Honoré Daumier, Tout ce qu’on voudra, vers 1845, lithographie, BnF, Paris.

Texte écho
Voltaire, « Femmes, soyez soumises à vos maris » (1768)

L’abbé de Châteauneuf rencontre Madame la Maréchale de Grancey, rouge de colère. Il lui demande pourquoi.

– J’ai ouvert par hasard, répondit-elle, un livre qui traînait dans mon cabinet ; c’est, je crois, quelque recueil de lettres ; j’y ai vu ces paroles : Femmes, soyez soumises à vos maris ; j’ai jeté le livre.

– Comment, madame ! Savez-vous bien que ce sont les Épîtres de saint Paul ?

– Il ne m’importe de qui elles sont ; l’auteur est très impoli. [...] Et pourquoi soumises, s’il vous plaît ? Quand j’épousai M. de Grancey, nous nous promîmes d’être fidèles : je n’ai pas trop gardé ma parole, ni lui la sienne ; mais ni lui ni moi ne promîmes d’obéir. Sommes-nous donc des esclaves ? [...] Quoi ! Parce qu’un homme a le menton couvert d’un vilain poil rude, qu’il est obligé de tondre de fort près, et que mon menton est né rasé, il faudra que je lui obéisse très humblement ? Je sais bien qu’en général les hommes ont les muscles plus forts que les nôtres, et qu’ils peuvent donner un coup de poing mieux appliqué : j’ai peur que ce ne soit là l’origine de leur supériorité.


Ils prétendent avoir aussi la tête mieux organisée, et, en conséquence, ils se vantent d’être plus capables de gouverner ; mais je leur montrerai des reines qui valent bien des rois.

Voltaire, « Femmes, soyez soumises à vos maris », Mélanges, pamphlets et œuvres polémiques, 1768.
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