Texte 4


Revendiquer l’égalité des sexes




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1
Quel personnage dans cette scène vous semble le plus convaincant ? Pourquoi ?


D’un côté, les hommes

2

a. Quelle place les hommes comptent-ils laisser aux femmes dans leurs « règlements pour la république » (► l. 2) ?

b. Pourquoi ?


3
Comment le mépris d’Hermocrate à l’égard des femmes s’exprime-t-il ?


De l’autre, les femmes

4
Que réclament Madame Sorbin et Arthénice ?


5
Quels arguments avancent-elles pour légitimer leur demande ?


6
GRAMMAIRE

a. Relevez dans les répliques de Madame Sorbin deux manières différentes d’exprimer l’injonction.

b. Quelle forme emploie-t-elle dans les mots : « moi qui vous parle » (► l. 22) ? (voir Fiche p. 458)

c. Quelle image cela donne-t-il du personnage ?


7

a. Montrez que dans la dernière partie de l’extrait, les femmes emploient la tonalité comique.

b. Dans quel but l’utilisent-elles, à votre avis ?


8
Texte écho
a. En quoi le texte de Condorcet rejoint-il cet extrait de La Colonie ?

b. Selon vous, quelle argumentation est la plus efficace ?


Vers le commentaire

9
Montrez comment cette scène marque une étape dans le débat autour de la question de la femme.


ORAL
Préparez un exposé sur l’une des trois femmes qui figurent en bas de cette page et présentez-le à la classe. Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
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Portrait de Martha Canary, plus connue sous le nom de Calamity Jane, vers 1895, photographie.
Portrait de Martha Canary, plus connue sous le nom de Calamity Jane, vers 1895, photographie.

Éclairage

L'accession des femmes à de hautes fonctions pose la question de la féminisation des noms de métiers. Cette question est encore d'actualité.

S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées. [Mais] la langue française a tendance à féminiser faiblement ou pas les noms des métiers (la remarque peut être étendue aux noms de fonctions) placés au sommet de l’échelle sociale.

« La féminisation des noms de métiers et de fonctions », rapport adopté par l’Académie française, 2019.

Revendiquer l’égalité des sexes

Madame Sorbin et Arthénice revendiquent l’égalité des sexes devant des hommes moqueurs.


ARTHÈNICE. – Messieurs, daignez répondre à notre
question ; vous allez faire des règlements pour la république, n’y travaillerons-nous pas de concert1 ? À quoi nous destinez-vous là-dessus ?

HERMOCRATE. – À rien, comme à l’ordinaire.

UN AUTRE HOMME. – C’est-à-dire à vous marier quand vous serez filles, à obéir à vos maris quand vous serez femmes, et à veiller sur votre maison : on ne saurait vous ôter cela, c’est votre lot.

MADAME SORBIN. – Est-ce là votre dernier mot ? Battez tambour ; (Et à Lina) et vous, allez afficher l’ordonnance2 à cet arbre. (On bat le tambour et Lina affiche.)

HERMOCRATE. – Mais qu’est-ce que c’est que cette mauvaise plaisanterie-là ? Parlez-leur donc, seigneur Timagène, sachez de quoi il est question.

TIMAGÈNE. – Voulez-vous bien vous expliquer, Madame ?

MADAME SORBIN. – Lisez l’affiche, l’explication y est.

ARTHÈNICE. – Elle vous apprendra que nous voulons nous mêler de tout, être associées à tout, exercer avec vous tous les emplois, ceux de finance, de judicature et d’épée3.

HERMOCRATE. – D’épée, Madame ?

ARTHÈNICE. – Oui d’épée, Monsieur ; sachez que jusqu’ici nous n’avons été poltronnes4 que par éducation.

MADAME SORBIN. – Mort de ma vie ! qu’on nous donne des armes, nous serons plus méchantes que vous ; je veux que dans un mois, nous maniions le
pistolet comme un éventail : je tirai ces jours passés sur un perroquet, moi qui vous parle.

ARTHÈNICE. – Il n’y a que de l’habitude à tout.

MADAME SORBIN. – De même qu’au Palais à tenir l’audience, à être présidente, conseillère, intendante, capitaine ou avocate.

UN HOMME. – Des femmes avocates ?

MADAME SORBIN. – Tenez donc, c’est que nous n’avons pas la langue assez bien pendue, n’est-ce pas ?

ARTHÈNICE. – Je pense qu’on ne nous disputera pas le don de la parole.

HERMOCRATE. – Vous n’y songez pas, la gravité de la magistrature et la décence du barreau ne s’accorderaient jamais avec un bonnet carré sur une cornette5.

ARTHÈNICE. – Et qu’est-ce que c’est qu’un bonnet carré, Messieurs ? Qu’a-t-il de plus important qu’une autre coiffure ? D’ailleurs, il n’est pas de notre bail6 non plus que votre Code ; jusqu’ici c’est votre justice et non pas la nôtre ; justice qui va comme il plaît à nos beaux yeux, quand ils veulent s’en donner la peine, et si nous avons part à l’institution des lois, nous verrons ce que nous ferons de cette justice-là, aussi bien que du bonnet carré, qui pourrait bien devenir octogone si on nous fâche ; la veuve ni l’orphelin n’y perdront rien.


Marivaux, La Colonie, scène 13, 1750.


1. Ensemble.
2. Le décret officiel.
3. En relation avec la justice et avec l’armée.
4. Peureuses.
5. Le bonnet carré est la coiffe des juges. La cornette est une coiffe féminine.
6. Nous ne le reconnaissons pas.

◈ Ressource complémentaire 

En Afrique, Méréana travaille avec un groupe de femmes dans une carrière à concasser des blocs de pierre pour obtenir du gravier. Elle prend la parole pour dénoncer l’exploitation dont les femmes sont victimes.

Ces hommes qui ont volé nos cailloux pensent que parce que nous sommes femmes nous allons nous taire comme d’habitude. Quand ils nous battent au foyer, nous ne disons rien, quand ils nous chassent et prennent tous nos biens à la mort de nos maris, nous ne disons rien, quand ils nous paient moins bien qu’eux-mêmes, nous ne disons rien, quand ils nous violent et qu’en réponse à nos plaintes ils disent que nous l’avons bien cherché, nous ne disons toujours rien [...] Trop, c’est trop !

Emmanuel Dongala, Photo de groupe au bord du fleuve, 2010, Actes Sud.