Texte 5


Un nouveau combat ?




Éclairage

Dans La Colonie, le clergé n’apparaît pas. Seuls deux des trois ordres de l’Ancien Régime sont représentés : la noblesse avec Arthénice et Timagène et le tiers état avec notamment le couple Sorbin.

Repères historiques p. 20

Un nouveau combat ?

Les hommes ont cédé : femmes et hommes rédigeront ensemble les lois de l’île. Néanmoins, Hermocrate fait part de ses doutes quant à la capacité de Mme Sorbin à exercer une telle fonction, en raison de la « petitesse de sa condition ». Le ton monte.


ARTHÈNICE. – Je n’insisterai plus que sur un article.

MADAME SORBIN. – Et moi de même ; il y en a un qui me déplaît, et que je retranche, c’est la gentilhommerie1, je la casse pour ôter les petites conditions, plus de cette baliverne2-là.

ARTHÈNICE. – Comment donc, Madame Sorbin, vous supprimez les nobles ?

HERMOCRATE. – J’aime assez cette suppression.

ARTHÈNICE. – Vous, Hermocrate ?

HERMOCRATE. – Pardon, Madame, j’ai deux petites raisons pour cela, je suis bourgeois et philosophe.

MADAME SORBIN. – Vos deux raisons auront contentement ; je commande, en vertu de ma pleine puissance, que les nommées Arthénice et Sorbin soient tout un, et qu’il soit aussi beau de s’appeler Hermocrate ou Lanturlu, que Timagène ; qu’est-ce que c’est que des noms qui font des gloires ?

HERMOCRATE. – En vérité, elle raisonne comme Socrate ; rendez-vous, Madame, je vais écrire.

ARTHÈNICE. – Je n’y consentirai jamais ; je suis née avec un avantage que je garderai, s’il vous plaît, madame l’artisane.

MADAME SORBIN. – Eh ! allons donc, camarade, vous avez trop d’esprit pour être mijaurée3.

ARTHÈNICE. – Allez-vous justifier de la rusticité dont on vous accuse  !

MADAME SORBIN. – Taisez-vous donc, il m’est avis que je vois un enfant qui pleure après son hochet.

HERMOCRATE. – Doucement, Mesdames, laissons cet article-ci en litige4, nous y reviendrons.


Marivaux, La Colonie, scène 17, 1750.


1. Noblesse.
2. Sujet peu sérieux.
3. Prétentieuse.
4. En attente d’une décision.

Les réformes du ménage, 1850, estampe populaire, BnF, Paris.
Les réformes du ménage, 1850, estampe populaire, 42 × 33 cm, BnF, Paris.
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Entrer dans le texte

1
Quel est le sujet de cette nouvelle dispute ?


Un échange stratégique

2
Comment Hermocrate se comporte-t-il à l’égard de Madame Sorbin dans cet extrait ?


3
À quoi voit-on que cela a pour effet de dégrader les rapports entre les deux femmes ?


Ouvrir la réflexion sur de nouvelles injustices

4
Quels intérêts personnels Arthénice défend-elle ?


5
Sur quel ton s’exprime-t-elle ?


6
GRAMMAIRE
Repérez dans cet extrait tous les verbes au futur. Madame Sorbin et Arthénice emploient-elles ce temps avec la même intention ?


7
Texte écho En vous aidant du texte de Jaucourt, dites en quoi cette scène illustre les idées des Lumières.


Vers le commentaire

8
Cet extrait constitue un premier dénouement de l’intrigue. Vous commenterez son ambiguité en un paragraphe.


ORAL
Par groupes de trois, échangez sur la manière d’interpréter chacun des rôles (intonation, débit, gestuelle, choix des costumes, des accessoires…). Jouez ensuite l’extrait devant la classe. Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
Enregistreur audio
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L'image

1

a. Sur quel principe ces vignettes ont-elles été pensées ?

b. Dans quel but ?


2

a. Quelles sont les vignettes qui font écho à la pièce ? Justifiez.

b. À votre tour, imaginez les scènes qui pourraient illustrer la réforme voulue par Madame Sorbin dans cet extrait.

Texte écho
Louis de Jaucourt, « Égalité naturelle » (1755)

Le thème de l’égalité est également traité dans l’ Encyclopédie.

  Égalité naturelle (Droit nat.) est celle qui est entre tous les hommes par la constitution de leur nature seulement. Cette égalité est le principe et le fondement de la liberté.

  L’égalité naturelle ou morale est donc fondée sur la constitution de la nature humaine commune à tous les hommes, qui naissent, croissent, subsistent et meurent de la même manière.

  Puisque la nature humaine se trouve la même dans tous les hommes, il est clair que selon le droit naturel, chacun doit estimer et traiter les autres comme autant d’êtres qui lui sont naturellement égaux, c’est-à-dire qui sont des hommes aussi bien que lui.

Louis de Jaucourt, « Égalité naturelle », Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, sous la direction de Denis Diderot et Jean Le Rond d’Alembert, tome V, 1755.
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