Prolongement artistique et culturel


Les femmes sur scène





Texte A
Les rôles féminins des pièces de Shakespeare furent joués par des hommes jusqu’en 1660.

Ce mois-ci, la [British Library] va exposer son exemplaire d’un remarquable prologue, écrit pour annoncer au public qu’une comédienne réelle allait interpréter ce soir-là le rôle de Desdémone dans Othello. Rédigé par l’acteur et le poète Thomas Jordan durant l’hiver 1660, le prologue s’achève en pointant les inconvénients des hommes jouant des rôles féminins : « Mais allons droit au but : en ce temps de changements, nous voulons civiliser la scène. Nos femmes ne sont pas crédibles, elles ont une telle carrure que vous les prendriez pour des gardes déguisés car (pour être franc) les hommes qui jouent des adolescentes de quinze ans en ont entre quarante et cinquante ! »


Vanessa Thorpe, « Les vies secrètes des femmes qui ont brisé les tabous pour jouer Shakespeare », The Guardian, 10 avril 2016, trad. de l'anglais d'Éléonore de Beaumont, 2019.



Masque d’une courtisane pour la comédie dans la Grèce antique, IIe siècle av. J.-C., Museum of Fine art, Boston.
Doc. 1
Masque d’une courtisane pour la comédie dans la Grèce antique, IIe siècle av. J.-C., Museum of Fine art, Boston.

Des rôles féminins traditionnellement joués par des hommes

Dans le théâtre antique, les comédiens étaient exclusivement des hommes. Les rôles féminins étaient donc tenus par des hommes, grâce aux masques qui permettaient de reconnaître immédiatement un type de personnage (► Doc. 1).

La comédienne n’arrive vraiment sur scène qu’à partir du XVIe siècle, d’abord en Italie, dans les mimes puis dans la commedia dell’arte.

À la même époque, le théâtre élisabéthain (anglais) continue de mettre en scène uniquement des hommes. Dans Roméo et Juliette, le rôle de Juliette est ainsi joué par un homme !

Ressource complémentaire



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Les travestissements dans l’histoire

1
Texte A
a. Selon Thomas Jordan, pourquoi est-ce préférable que des femmes jouent les rôles féminins ?

b. Êtes-vous d’accord avec lui ?


2
Texte B Pourquoi Sarah Bernhardt a-t-elle préféré jouer Hamlet plutôt qu’Ophelia ?


3
Au XIXe siècle, quels types de rôles donne-t-on aux hommes et aux femmes ?


Réinventer les genres

4
Doc. 3 et 4 Observez attentivement les choix réalisés pour ces deux mises en scènes (costumes, accessoires, etc.) et comparez l’effet recherché. Est-il identique ?


5
Texte C Selon Denis Podalydès, quel est le sens du travestissement dans la mise en scène de Lucrèce Borgia ?


Vers la dissertation

6
Pensez-vous, comme Louis Jouvet, que « jouer, c’est être hors de soi » ? Votre réponse sera organisée et illustrée par des références précises.

Texte B
 On m’a souvent demandé pourquoi j’aime tant à représenter des rôles d’hommes et en particulier pourquoi j’ai préféré celui d’Hamlet à celui d’Ophelia. En réalité, je ne préfère pas les rôles d’hommes, mais les cerveaux d’hommes [...]. Les rôles d’hommes sont en général plus intellectuels que les rôles de femmes. Voilà le secret de mon amour. Il n’est pas de caractère féminin qui ait ouvert un champ aussi large pour les recherches des sensations et des douleurs humaines que l’a fait celui d’Hamlet.


Sarah Bernhardt, L’art du théâtre, souvenirs de scène, 1993, Éditions André Sauret.

Lucrèce Borgia, mise en scène de Denis Podalydès
Doc. 4
Lucrèce Borgia, mise en scène de Denis Podalydès, avec Guillaume Gallienne (Lucrèce Borgia) et Suliane Brahim (Gennaro) Comédie-Française, 2014.

Et les femmes, peuvent-elles jouer des rôles masculins ?

Au XIXe siècle, on confie aux femmes des rôles d’adolescents ou d’amoureux passionnés.

Des comédiennes célèbres, comme Sarah Bernhardt, ont eu le privilège de jouer de « grands » rôles masculins.

Aristophane, Lysistrata, Alra Theater, Londres, 2011.


Dans cette comédie antique, un groupe de femmes issues de cités rivales décident d’arrêter d’avoir des relations sexuelles avec leur mari, pour les forcer à arrêter la guerre.
Doc. 3
Aristophane, Lysistrata, Alra Theater, Londres, 2011.

Texte C
En mettant en scène Lucrèce Borgia de Victor Hugo, Denis Podalydès choisit un comédien pour jouer le rôle d’une femme et une comédienne pour jouer le rôle d’un homme (► Doc. 4).

Le travestissement, le masque viennent à la fois de la pièce et du désir de faire de Lucrèce moins une héroïne dramatique qu’une allégorie du paria, du monstre moral dont parle Hugo dans la préface. [...] Le travestissement, c’est moins une femme jouée par un homme qu’une femme enfermée dans une apparence qui n’est pas la sienne, qui la contredit, la défigure, car elle n’était pas née pour faire le mal, c’est sa famille qui l’y a entraînée.