COURS 2


La mobilisation économique et scientifique des pays belligérants





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Une scientifique anglaise au travail

Chimiste et mathématicienne anglaise, Martha Whiteley devient pendant le conflit l’une des meilleures spécialistes des gaz toxiques. Après la guerre, elle est décorée pour ses recherches.

C’étaient des jours très excitants, car nos laboratoires étaient réquisitionnés par le ministère des Munitions, qui nous gardait très occupés à analyser et à étudier de petits échantillons ramassés sur le champs de bataille ou dans les endroits bombardés chez nous. Notamment des fusées, des explosifs et des gaz toxiques. J’ai eu le privilège de tester le premier échantillon d’un nouveau gaz, qui, utilisé sur le front, avait forcé nos troupes à évacuer Armentières, car on disait qu’il causait des brûlures : on l’appelait « gaz moutarde ». J’ai testé ses propriétés en en appliquant une petite quantité sur mon bras, et pendant trois mois, j’ai souffert d’un très grand inconfort à cause de la blessure que cela avait causé sur mon coude (dont j’ai encore la cicatrice). Peu après, quand nous étions en train de travailler sur une façon de produire ce gaz nous‑mêmes, mon bras était encore douloureux à cause de ce test.


Martha Annie Whiteley, discours au Royal Holloway College, v. 1930.

Décentrement

Iyasou, empereur d’Éthiopie

En 1916, un coup d’État renverse Iyasou, empereur d’Éthiopie, l’un des rares États africains indépendants de l’époque. Sa tante Zewditou (1876‑1930) monte sur le trône et est couronnée impératrice (negiste negest) en février 1917. Elle est la première femme à diriger l’Éthiopie, et, en 1917, l’une des très rares femmes à diriger un État. Néanmoins, la puissante aristocratie éthiopienne l’oblige à nommer un régent qui exerce l’essentiel du pouvoir. Elle choisit son cousin Tafari Makonnen, qui lui succédera en 1930 sous le nom de Haïlé Sélassié. Très conservatrice, Zewditou joue un rôle politique assez effacé. Tafari Makonnen, au contraire, soutient des réformes visant à moderniser le pays : dans les années 1920, il abolit l’esclavage et fait entrer l’Éthiopie dans la Société des Nations.


Repères

André Citroën

André Citroën
(1878-1935)

Ingénieur français, André Citroën fonde en 1912 une petite entreprise fabriquant des engrenages. En 1915, il fonde une usine à Paris (quai de Javel), dans laquelle il fabrique des obus et des munitions, en appliquant les techniques les plus modernes, inspirées par les usines Ford aux États‑Unis : en 1918, on y fabrique 40 000 obus par jour. À la fin de la guerre, il s’est énormément enrichi et transforme son usine pour y fabriquer des automobiles.

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L’emprunt national

Affiche emprunt national
Affiche, v. 1914, 37 x 27 cm, archives historiques, Paris.

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La transformation de l’économie

Les industries transformées. De nombreux industriels adaptent leur production pour répondre aux besoins de guerre : il faut fabriquer des armes, vite et en grand nombre. En France, par exemple, Louis Renault transforme ses usines automobiles pour fabriquer des chars et des moteurs d’avion (doc. 2) tandis qu’André Citroën se met à faire des obus. En 1918, la France fabrique six millions de balles par jour.

Le rôle de l’État. Quand la guerre s’installe dans la durée, les États doivent réorganiser l’intégralité de leur économie. La guerre force la plupart des gouvernements à faire preuve de dirigisme : l’État français par exemple généralise le travail de nuit, fait passer la journée de 12 heures à 14 heures, retire les ouvriers qualifiés du front, finance les industries les plus stratégiques. Cette expérience de dirigisme laisse, après‑guerre, des traces profondes dans les politiques économiques de la plupart des États.

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La production des usines Renault

La production des usines Renault

Comment les États mobilisent‑ils leurs économies et leurs scientifiques ?



Dans tous les pays belligérants, l’économie s’adapte au conflit. Les États ont besoin d’argent et n’hésitent pas à solliciter leurs habitants : il devient alors crucial de réussir à mobiliser les civils.

Voir le cours 3

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Le recours à l’emprunt auprès des civils

Le manque d’argent liquide. Face aux besoins importants en armes et en équipements pour l’armée, les États manquent rapidement de liquidités pour acheter les produits. Ils ont donc recours à l’emprunt, mais aussi à l’achat à crédit, principalement auprès des Américains qui deviennent alors les premiers fournisseurs de l’Europe. La plupart des États pratiquent également une politique d’inflation monétaire.

Les emprunts nationaux. Toujours dans l’intention de faire rentrer des liquidités, les États lancent tous des emprunts nationaux. Une intense propagande demande aux épargnants civils de prêter de l’argent, investi dans l’achat de matériel militaire (doc. 1).

Vocabulaire

Chirurgie maxillo‑faciale : spécialité médicale prenant en charge les traumatismes de la bouche et du visage.

Dirigisme : système dans lequel un gouvernement organise directement l’économie. On parle également d’économie planifiée.

Emprunt national : fait pour un État d’emprunter de l’argent à sa population.

Inflation monétaire : fait pour un État de faire imprimer plus de billets de banque, pour augmenter la masse monétaire en circulation.

Ouvriers qualifiés : ouvriers dotés de compétences et savoir‑faire précieux. Dès 1915, la plupart des États belligérants cherchent à les retirer du front pour les envoyer dans les usines à l’arrière.

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Des avancées technologiques majeures

Vers une plus grande mécanisation. La Grande Guerre est aussi une guerre moderne de plus en plus mécanisée. Chevaux et mules, toujours très utilisés – environ 12 millions meurent pendant le conflit –, sont peu à peu supplantés par les voitures et les camions. Le char d’assaut devient une arme essentielle.

Des progrès médicaux... La médecine et la chirurgie font d’énormes progrès pendant la guerre. L’enjeu est immense car il s’agit de soigner des millions de blessés. Même si de très nombreux soldats décèdent encore suite à leurs blessures, les médecins militaires réussissent à sauver de plus en plus de soldats puis à les réinsérer dans la vie civile grâce à de nouvelles techniques : radiologie (développée par la Française Marie Curie), prothèses, chirurgie maxillo‑faciale.

… et scientifiques. Les recherches, notamment en chimie et en physique, sont également dynamisées par le conflit et la volonté de développer de nouvelles armes. Plusieurs scientifiques travaillent directement pour l’armée et expriment souvent leur fierté de pouvoir contribuer à l’effort de guerre de leur pays (doc. 3).
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