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Victor Hugo, Discours sur l’Afrique (1879)





Victor Hugo
Victor Hugo, Discours sur l'Afrique (1879)

En 1848, l’esclavage est aboli dans les colonies françaises. Trente ans plus tard, le sénateur Victor Hugo préside un banquet commémorant cet événement.

  Messieurs,

  Je préside, c’est-à-dire j’obéis. Le vrai président d’une réunion comme celle-ci, un jour comme celui-ci, ce serait l’homme qui a eu l’immense honneur de prendre la parole au nom de la race humaine blanche pour dire à la race humaine noire : Tu es libre. Cet homme, vous le nommez tous, messieurs, c’est Schœlcher. Si je suis à cette place, c’est lui qui l’a voulu. Je lui ai obéi. [...]
  Quant à nous, puisque nous sommes de simples chercheurs du vrai, puisque nous sommes des songeurs, des écrivains, des philosophes attentifs ; puisque nous sommes assemblés ici autour d’une pensée unique, l’amélioration de la race humaine ; puisque nous sommes, en un mot, des hommes passionnément occupés de ce grand sujet, l’homme, profitons de notre rencontre, fixons nos yeux vers l’avenir ; demandons-nous ce que fera le vingtième siècle. […] Politiquement, vous le pressentez, je n’ai pas besoin de vous le dire. Géographiquement, – permettez que je me borne à cette indication –, la destinée des hommes est au sud.
  
Le moment est venu de donner au vieux monde cet avertissement : il faut être un nouveau monde. Le moment est venu de faire remarquer à l’Europe qu’elle a à côté d’elle l’Afrique. […]
  Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. [...]

  Déjà les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique ; la France la tient par l’ouest et par le nord ; l’Angleterre la tient par l’est et par le midi. Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail colossal. L’Amérique joint ses efforts aux nôtres ; car l’unité des peuples se révèle en tout. L’Afrique importe à l’univers. [Je] me borne, et ce sera mon dernier mot, à constater ce détail, qui n’est qu’un détail, mais qui est immense : au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. [...]
  Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête mais pour la fraternité. [...]
  Allez, faites ! faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’esprit divin s’affirme par la paix et l’esprit humain par la liberté !


Victor Hugo, Discours sur l’Afrique, Actes et paroles, IV, 1879.



F.A. Biard, L'Abolition de l'esclavage dans les colonies


Retrouvez une analyse de ce tableau sur le site L'Histoire par l'image.
François-Auguste Biard, L’Abolition de l’esclavage dans les colonies en 1848, 1848, huile sur toile, 277 × 392 cm, château de Versailles.
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L'image

1
Quelles émotions les personnages noirs expriment-ils sur ce tableau ?


2
Selon vous, ce tableau représente-t-il vraiment une scène de libération ? Proposez une réponse nuancée.
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1

Qu’est-ce qui semble paradoxal, voire choquant, dans ces propos ? Pour répondre, appuyez-vous aussi sur le texte écho et l’éclairage.


Une commémoration ?

2

Montrez que le destinataire change entre le début et la fin du texte.


3

a. Qu’est-ce qu’une commémoration ?

b. Ce discours est-il un texte de commémoration ? Justifiez votre réponse.


4

a. Quel type de figures de style domine ce texte ?

b. À quoi servent-elles, selon vous ?


5
GRAMMAIRE

a. Quels sont les deux modes verbaux utilisés dans le dernier paragraphe ?

b. À quel type de phrases a-t-on affaire ?


L’Afrique

6
Selon Victor Hugo, qu’est-ce qui distingue l’Afrique des autres continents ? Justifiez votre réponse en citant le texte.


7

Par quels moyens syntaxiques et stylistiques souligne-t-il cette opposition de « Le moment est venu... » à « ...obscure l'enveloppe » ?


L’Afrique

8
Quel rôle Victor Hugo donne-t-il à l’Europe dans ce discours ?


ORAL

Écrivez et prononcez devant la classe un pastiche du texte de Hugo : vous reprendrez le mouvement argumentatif et certaines expressions du texte, en imaginant que c’est un intellectuel africain qui exhorte les habitants de son continent à civiliser l’Europe.
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Éclairage

Victor Schœlcher est un intellectuel et un journaliste. En 1848, il est nommé sous‑secrétaire d’État chargé des colonies et des mesures relatives à l’esclavage. C’est sous son impulsion qu’a lieu l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises cette même année.

Pour en savoir plus sur Victor Schœlcher, découvrez un reportage de France 3.



Victor Schœlcher, en introduisant le discours de Victor Hugo, qualifie celui-ci de « défenseur puissant de tous les déshérités, de tous les faibles, de tous les opprimés de ce monde ». Hugo est en effet connu pour sa défense des opprimés et il prône de fait l’abolition de l’esclavage. En 1859, il prend la défense de John Brown, abolitionniste américain condamné pour avoir appelé à l’insurrection armée contre les esclavagistes : « Il n’y a sur terre ni Blancs ni Noirs, il y a des Esprits », écrit-il au rédacteur en chef d’un journal.

Buste de Victor Schoelcher

Buste de Victor Schœlcher, musée Schœlcher, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe.

Texte écho
Victor Hugo, « Misère » (écrit en 1869)

Ce poème évoque le sort des travailleurs en Algérie.

La France est d'indigence et de honte maigrie.
Si quelque humble ouvrier réclame un sort meilleur,
Le canon sort de l’ombre et parle au travailleur.
On met sous son talon l’émeute des misères.
L’Afrique agonisante expire dans nos serres.
Là tout un peuple râle et demande à manger.
Famine dans Oran, famine dans Alger.


Victor Hugo, « Misère », écrit en 1869, Les Années funestes, 1898 (posthume).

Ressource complémentaire

La colonisation de l'Afrique - résumé sur carte. Chaîne : Histoire Géo.
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