Texte 3


Le patois et le français




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Cette carte postale présente-t-elle le patois de manière péjorative ? Justifiez votre réponse.


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1
Que pense la narratrice du « ravissement » de Proust lorsqu’il relève les mots de patois de sa bonne ?


Parler patois

2
GRAMMAIRE
« Bavard au café, en famille, devant les gens qui parlaient bien il se taisait »
a. Quel lien logique est sous-entendu ? (► voir p. 462)

b. Reformulez la phrase en explicitant ce lien logique.


3

a. Pourquoi le père d’Annie Ernaux parle-t-il peu quand il est devant des gens qu’il ne connaît pas ?

b. « d'aussi mauvais effet que de lâcher un pet. » : commentez l'image employée ici.


4
Quel rapport le père de la narratrice entretient-il avec le langage ? Proposez une réponse approfondie et organisée, appuyée sur des exemples commentés.


Un enracinement populaire

5
Texte écho Denise Lesur a-t-elle la même vision du patois que le père dans La Place ?


6
Texte écho
a. Quel est le point commun entre la fin du texte et celle du texte écho ?

b. En quoi annoncent-elles la « trahison » (► Entrer dans l’oeuvre) d’Annie Ernaux ?



Vers la dissertation

7
Comment l’histoire personnelle d’Annie Ernaux lui permet-elle d’évoquer une fracture sociale ?


ORAL
a. Cherchez ce qu’est une situation de diglossie.
b. Constituez un groupe et choisissez un dialecte ou une langue dévalorisée. Présentez-la à la classe et expliquez les raisons de cette dévalorisation.

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La Normandie pittoresque


« J’vie d’vais les poumyes, chez increyable coume i zont bouenne minne. » (Je viens de voir les pommiers, c’est incroyable comme ils ont bonne mine).
« La Normandie pittoresque », fin du XIXe siècle, carte postale, photographie colorisée.

Éclairage

À l’intérieur d’une norme nationale comme le français, les parlers diffèrent de groupe à groupe, et chaque homme est prisonnier de son langage : hors de sa classe [sociale], le premier mot le signale, le situe entièrement et l’affiche avec toute son histoire.


Roland Barthes, Le Degré zéro de l’écriture, 1953, Seuil.

Texte écho
Annie Ernaux, Les Armoires vides (1974)

Le premier récit d’Annie Ernaux est une autofiction : l’auteure se raconte à travers un personnage qui lui ressemble beaucoup, Denise Lesur.

  Ce malaise, ce choc, tout ce qu’elles sortaient, les maîtresses, à propos de n’importe quoi, j’entendais, je regardais, c’était léger, sans forme, sans chaleur, toujours coupant. Le vrai langage, c’est chez moi que je l’entendais, le pinard, la bidoche, se faire baiser, la vieille carne, dis boujou ma petite besotte. Toutes les choses étaient là aussitôt, les cris, les grimaces, les bouteilles renversées. La maîtresse parlait, parlait, et les choses n’existaient pas, le vantail, le soupirail, j’ai mis dix ans à savoir ce que c’était. […] Comme le café-épicerie était plus réel !
[Plus tard, Denise prend goût à la lecture et évoque ses rédactions.]
  Ces livres ne parlent pas comme nous, ils ont leurs mots à eux, leurs tournures qui m’avertissent d’un monde différent du mien. [...] Je me les appropriais et en même temps, c’était comme si je m’appropriais toutes les choses dont parlaient les livres. [...] Ce n’était plus pour fermer la gueule des filles que je racontais ces histoires, c’était pour vivre dans un monde plus beau, plus pur, plus riche que le mien. Tout entier en mots.


Annie Ernaux, Les Armoires vides, 1974, Gallimard.



Amedeo Modigliani Homme avec
un verre de vin
Amedeo Modigliani, Homme avec un verre de vin, 1918, huile sur toile, collection Jesi, Milan, Italie.

Le patois et le français


  Le patois avait été l’unique langue de mes grands-parents.
  Il se trouve des gens pour apprécier le « pittoresque du patois » et du français populaire. Ainsi Proust relevait avec ravissement les incorrections et les mots anciens de Françoise. Seule l’esthétique lui importe parce que Françoise est sa bonne et non sa mère. Que lui-même n’a jamais senti ces tournures lui venir aux lèvres spontanément.
  Pour mon père, le patois était quelque chose de vieux et de laid, un signe d’infériorité. Il était fier d’avoir pu s’en débarrasser en partie, même si son français n’était pas bon, c’était du français. Aux kermesses d’Y…, des forts en bagout1, costumés à la normande, faisaient des sketches en patois, le public riait. Le journal local avait une chronique normande pour amuser les lecteurs. Quand le médecin ou n’importe qui de haut placé glissait une expression cauchoise2 dans la conversation comme « elle pète par la sente » au lieu de « elle va bien », mon père répétait la phrase du docteur à ma mère avec satisfaction, heureux de croire que ces gens-là, pourtant si chics, avaient encore quelque chose de commun avec nous, une petite infériorité. Il était persuadé que cela leur avait échappé. Car il lui a toujours paru impossible que l’on puisse parler « bien » naturellement. Toubib ou curé, il fallait se forcer, s’écouter, quitte chez soi à se laisser aller.
  
Bavard au café, en famille, devant les gens qui parlaient bien il se taisait, ou il s’arrêtait au milieu d’une phrase, disant « n’est-ce pas » ou tout simplement « pas » avec un geste de la main pour inviter la personne à comprendre et à poursuivre à sa place. Toujours parler avec précaution, peur indicible du mot de travers,
d’aussi mauvais effet que de lâcher un pet.
  Mais il détestait les grandes phrases et les expressions nouvelles qui ne « voulaient rien dire ». Tout le monde à un moment disait : « Sûrement pas » à tout bout de champ, il ne comprenait pas qu’on dise deux mots se contredisant. À l’inverse de ma mère, soucieuse de faire évoluée, qui osait e