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Texte 1


Les retrouvailles à Belgrade





Les retrouvailles à Belgrade

Ce passage constitue l’incipit du récit : Nicolas Bouvier y raconte son arrivée à Belgrade et ses retrouvailles avec Thierry Vernet.

Belgrade

  Minuit sonnait quand j’arrêtai la voiture devant le café Majestic. Un silence aimable régnait sur la rue encore chaude. À travers les rideaux crochetés j’observai Thierry assis à l’intérieur. Il avait dessiné sur la nappe une citrouille grandeur nature qu’il remplissait, pour tuer le temps, de pépins minuscules. Le coiffeur de Travnik n’avait pas dû le voir souvent. Avec ses ailerons sur les oreilles et ses petits yeux bleus, il avait l’air d’un jeune requin folâtre et harassé1.
  Je restai longtemps le nez contre la vitre avant de rejoindre sa table. On trinqua. J’étais heureux de voir ce vieux projet prendre forme ;
lui, d’être rejoint. Il avait eu du mal à s’arracher. Il avait fait sans entraînement des marches trop longues et la fatigue l’assombrissait. En traversant, les pieds blessés et la sueur au front, ces campagnes peuplées de paysans incompréhensibles, il remettait tout en question. Cette entreprise lui paraissait absurde. D’un romantisme idiot. En Slovénie, un aubergiste remarquant sa mine défaite et son sac trop lourd n’avait rien arrangé en disant gentiment : Ich bin nicht verrückt, Meister, ICH bleibe zu Hause2.
  Le mois passé ensuite à dessiner en Bosnie l’avait remis d’aplomb. Lorsqu’il avait débarqué à Belgrade, ses dessins sous le bras, les peintres d’ULUS3 l’avaient reçu comme un frère et lui avaient déniché en banlieue un atelier vide où nous pourrions loger à deux.
  On reprit la voiture ; c’était bien en dehors de la ville. Après avoir franchi le pont de la Save, il fallait suivre deux ornières4 qui longeaient les berges jusqu’à un lopin envahi de chardons où s’élevaient quelques pavillons délabrés. Thierry me fit arrêter devant le plus grand. En silence, on coltina5 le bagage dans un escalier obscur. Une odeur de térébenthine et de poussière prenait à la gorge. La chaleur était étouffante. Un ronflement puissant s’échappait des portes entrouvertes et résonnait sur le palier. Au centre d’une pièce immense et nue, Thierry s’était installé, en clochard méthodique, sur une portion de plancher balayée, à bonne distance des carreaux brisés. Un sommier rouillé, son matériel de peinture, la lampe à pétrole et, posés à côté du primus6 sur une feuille d’érable, une pastèque et un fromage de chèvre. La lessive du jour séchait sur une corde tendue. C’était frugal7, mais si naturel que j’avais l’impression qu’il m’attendait là depuis des années.
  J’étendis mon sac sur le sol et me couchai tout habillé. La ciguë et l’ombelle8 montaient jusqu’aux croisées9 ouvertes sur le ciel d’été. Les étoiles étaient très brillantes.


Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, « Une odeur de melon », 1963 © Éditions La Découverte, Paris, 2014.
Reproduction en ligne avec l'aimable autorisation des Éditions La Découverte — toute réutilisation devra être autorisée par les Éditions La Découverte.


1. Épuisé.
2. Je ne suis pas fou, Monsieur, MOI je reste à la maison.
3. Association des peintres de Serbie (note de l’auteur).
4. Traces creusées par les roues des voitures.
5. Porter une charge.
6. Réchaud.
7. Simple.
8. Plantes sauvages.
9. Fenêtres.
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Entrer dans le texte

1
Nicolas Bouvier habite à Genève. Pourquoi commence-t-il son récit de voyage à Belgrade ?


Les informations apportées par l’incipit

2

a. Quelles informations cet incipit apporte-t-il sur les deux personnages principaux ?

b. Sont-ils tous deux dans le même état d’esprit ? Proposez une réponse précise, assortie de citations commentées.


3
Comment qualifieriez-vous le lieu où ils dorment ?


4
GRAMMAIRE
Observez la syntaxe de la proposition suivante : « lui, d’être rejoint ». Commentez la manière dont elle est reliée à la proposition précédente et sa structure (voir p. 470).


Le début d’un récit de voyage

5
Quelles sont les difficultés de voyage évoquées dès la première page du récit ?


6
Pourquoi le voyage semble-t-il, malgré tout, promesse de bonheur ?


Vers le commentaire

7
En quoi ce début de récit de voyage peut-il paraître surprenant ?


ORAL
Si vous aviez la possibilité d’entreprendre un long périple, où, dans quel but, avec qui, comment aimeriez‑vous voyager ? Feriez-vous un compte rendu de votre voyage ? Si oui, sous quelle forme ?
Enregistreur audio

Konstantin Gneushev, Rue d’un village, de nuit, Carélie
Konstantin Gneushev, Rue d’un village, de nuit, Carélie, 1965, huile sur carte, 49 × 69 cm, coll. privée.



Café de Belgrade en 1958
Un café à Belgrade, mai 1958, photographie.

Éclairage

Dans la correspondance des deux amis, on voit naître progressivement ce « vieux projet ». C’est dans une lettre écrite en novembre 1948 que Nicolas Bouvier pose pour la première fois la question à Thierry Vernet :

Viendras-tu aux Indes avec moi ?

Nicolas Bouvier, Thierry Vernet, Correspondance des routes croisées, 2010, Éditions Zoé.
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L'image

En quoi l’atmosphère de ce tableau peut-elle rappeler la description des faubourgs de Belgrade dans le texte ?
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