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Groupement complémentaire


Récits de voyageuses et voyageurs





Estampe Hasegawa Sadanobu I Nuit sur le temple An’yo-ji
à Maruyama
Doc. 1
Hasegawa Sadanobu I, Nuit sur le temple An’yo-ji à Maruyama, gravure sur bois, 1868.

Texte B - Alexandra David-Neel, Voyage d’une Parisienne à Lhassa (1927)

Alexandra David-Neel, Voyage d’une Parisienne à Lhassa (1927)

Alexandra David-Neel est la première Européenne à avoir séjourné à Lhassa, capitale du royaume du Tibet, alors interdite aux voyageurs étrangers. Elle y entra déguisée en mendiante. Au seuil de son récit, elle se rappelle d’autres départs.

  L’aventure commence.
  C’est la cinquième fois que je me mets en route pour la zone fermée du « Pays des Neiges », et bien différents d’aspect ont été ces départs échelonnés au cours de plus de dix années. Certains se sont effectués joyeusement, accompagnés par les rires des domestiques, le carillon bruyant des sonnettes suspendues au cou des mules, parmi cet affairement1 un peu brutal mais plein de bonne humeur et tout le gai tapage qu’affectionnent les populations de l’Asie centrale. Un autre fut grave, presque solennel : en grand costume lamaïque2, pourpre sombre et brocart3 d’or, je bénissais les villageois et les dokpas4 assemblés pour saluer une dernière fois la khandoma5 étrangère.
  Je m’éloignai, un jour, au milieu d’une féerie dramatique créée par un ouragan s’élevant soudain, comme je me mettais en route. Dans le ciel, quelques instants plus tôt ensoleillé, surgissaient d’énormes nuages sombres qui s’enroulaient autour des pics géants, comme autant de monstres aux formes fantastiques. Une sinistre teinte plombée6 se répandit sur les montagnes environnantes, transformant le décor immaculé et plein de majestueuse sérénité des hautes cimes, en une sorte de morne et terrifiant paysage des Enfers. La tourmente de neige m’enveloppait alors et, chancelante, aveuglée, un peu semblable à une épave ballottée par la tempête, je m’en allai…
  Deux fois, je partis en secret, aux premières lueurs du jour, emmenant ma petite caravane à travers les immenses solitudes thibétaines7 ; déserts arides et déserts d’herbe, tous deux silencieux, farouches, énigmatiques, hautes terres âpres et fascinantes, pays de rêves et de mystères… Maintenant, le chaud soleil de l’automne chinois brille au beau ciel bleu sombre ; les montagnes, les bois toujours feuillus, semblent nous inviter ; nous avons vraiment l’air de partir pour une simple excursion.


Alexandra David-Neel, Voyage d’une Parisienne à Lhassa, 1927 © Plon, 1946.


1. Agitation.
2. De lama, c’est-à-dire de moine bouddhiste.
3. Étoffe de soie.
4. Pasteurs habitant sous la tente, vivant du produit des troupeaux.
5. Sorte de fée à laquelle les Tibétains donnent le titre de « mère », apparaissant généralement sous les traits d’une femme âgée.
6. De la couleur du plomb
7. Orthographe choisie par l’auteure.




◈ Éclairage

Je ne puis pas m’arracher au Tibet. Il y a là un phénomène étrange, que je ne m’explique pas. Je suis liée, clouée, il n’y a pas d’effort de volonté qui tienne ; si je m’arrache, c’est ma vie que j’arracherai.

Alexandra David-Neel, lettre du 8 janvier 1920, Correspondance avec son mari : 1904-1941, Plon, 2016.


Texte D - Jacques Lacarrière, Chemin faisant (1977)

Jacques Lacarrière, Chemin faisant (1977)

Le terme de son périple de mille kilomètres à pied occasionne pour l’auteur une réflexion sur l’espace et le temps.

  Une fois de plus, au terme du voyage, je me rends compte combien se déplacer ainsi tout au long des chemins, musarder1 à travers la France est affaire de temps beaucoup plus que d’espace. Je veux dire qu’en marchant, c’est votre temps qui change, non votre espace. Et l’on comprend pourquoi il n’est de vrai voyage qu’au coeur de cette durée réinstaurée que crée l’écoulement des sentes2 et des jours car elle agit sur le temps intérieur qui semble alors se dérouler à contresens comme si, par la seule magie d’un voyage obstiné, la grande corolle des saisons, la rosace des astres inversaient brusquement leur habituelle rotation. Et agissant sur notre temps interne, elle agit par là-même sur les scories3 qu’il laisse en nous, sur les bribes de notre mémoire qui devient à la fois souvenance et prémonition, cristal du temps passé et irradiance de l’instant retrouvé. Tel est, avec l’enseignement de ce que signifie, dans tous les sens du mot, le terme passager, le grand message des chemins : rien de plus que cela mais rien de moins non plus. Ce n’est pas cela exactement que j’ai cherché confusément, ce n’est pas cela que j’imaginais au début de mon pèlerinage, à Saverne4, sur le chemin de halage5 où je côtoyais, dans le matin de ce mois d’août, deux chats endormis au soleil. Mais c’est cela que j’ai trouvé. Et c’est par cela, grâce à cela que tant de paysages, de visages, de phrases et de silences se sont peu à peu ajustés en moi, ont pris place dans les strates du temps comme des reliefs stabilisés dans la grande mémoire intérieure.


Jacques Lacarrière, Chemin faisant, suivi de La mémoire des routes © Librairie Arthème Fayard, 1977.


1. Flâner.
2. Sentiers.
3. Résidus.
4. Ville du Bas-Rhin (Alsace).
5. Chemin le long d’un cours d’eau navigable.




◈ Éclairage

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche.

Michel de Montaigne, « De la vanité », Essais, 1588, orthographe modernisée.

Texte A - Matsuo Bashō, La Sente étroite du Bout-du-Monde (1694)

Matsuo Bashō, La Sente étroite du Bout-du-Monde (1694)

Le poète japonais Matsuo Bashō raconte son voyage vers le nord du Japon, dans un récit qui fait alterner prose et haïkus1.

  Assis sur un rocher je me reposais un instant quand j’aperçus un cerisier de trois pieds à peine dont les boutons de fleurs étaient à moitié ouverts. Quelle admirable leçon donne la fleur du cerisier tardif qui, enseveli sous les neiges, n’oublie pas le printemps. Elle est analogue à celle de « la fleur du prunier qui répand son parfum sous un ciel incandescent »2. J’évoquai aussi l’émotion exprimée dans le poème de Gyōson-sōjō3, mais je la ressentais plus intense encore.

  D’une façon générale, la règle des ascètes4 interdit de révéler les mystères de cette montagne. C’est pourquoi j’arrête mon pinceau et n’en écrirai pas plus. De retour au logis, à la requête de l’Abbé5, j’écrivis sur des banderoles les vers inspirés par mon pèlerinage aux Trois Monts.

Ah la fraîcheur
sous le pâle croissant de
le mont Haguro

Pics de nuages
l’un après l’autre croulent
sur les monts la lune

En parler ne puis
mais aux sources de Yudono
se mouillent mes manches


Matsuo Bashō, La Sente étroite du Bout-du-Monde, 1694, trad. du japonais de René Sieffert, Journaux de voyage de Bashō, © Éditions Verdier, 2016.


1. Courts poèmes japonais de dix-sept syllabes réparties en trois vers.
2. Citation d’un kōan zen, soit une courte phrase ou anecdote utilisée comme enseignement dans le bouddhisme.
3. Poète et moine bouddhiste (1055-1135).
4. Ceux qui s’imposent une vie d’austérité et de prières.
5. Bashō fait ici référence au moine supérieur du monastère dans lequel il loge.




◈ Éclairage

Nicolas Bouvier a été très influencé par la poésie du voyageur et poète Bashō. Il a entrepris, comme lui, un voyage vers le nord du Japon en 1966 et le cite régulièrement dans ses ouvrages (Japon, 1967 ; Chronique japonaise, 1975).

Texte C - Henri Michaux, Ecuador (1929)

Henri Michaux, Ecuador (1929)

Le poète Henri Michaux a écrit plusieurs récits de voyage, réels (Un barbare en Asie, 1933) ou imaginaires (Ailleurs, 1948). Dans Ecuador, il raconte son voyage en Équateur, dans les Andes et en Amazonie, mêlant la prose et les vers libres.

  LA CORDILLERA DE LOS ANDES

La première impression est terrible et proche du désespoir.
L’horizon d’abord disparaît.
Les nuages ne sont pas tous plus hauts que nous.
Infiniment et sans accidents, ce sont, où nous sommes,
Les plus hauts plateaux des Andes qui s’étendent, qui s’étendent.

Ne soyons pas tellement anxieux.
C’est le mal de montagne que nous sentons,
L’affaire de quelques jours.
Le sol est noir et sans accueil.
Un sol venu du dedans.
Il ne s’intéresse pas aux plantes,
C’est une terre volcanique.
Nu ! Et les maisons noires par-dessus,
Lui laissent tout son nu ;
Le nu noir du mauvais.

Qui n’aime pas les nuages,
Qu’il ne vienne pas à l’Équateur.
Ce sont les chiens fidèles de la montagne,
Grands chiens fidèles ;
Couronnent hautement l’horizon.
L’altitude du lieu est de 3.000 mètres, qu’ils disent,
Est dangereuse qu’ils disent, pour le coeur, pour la respiration, pour l’estomac
Et pour le corps tout entier de l’étranger.


Henri Michaux, Ecuador, 1929 © Éditions Gallimard.





◈ Éclairage

Un homme qui ne sait ni voyager ni tenir un journal a composé ce journal de voyage. Mais, au moment de signer, tout à coup pris de peur, il se jette la première pierre. Voilà.

Henri Michaux, Ecuador, « Préface », 1929, Éditions Gallimard.

Tibet Himalaya Nicholas Roerich
Doc. 2
Nicholas Roerich, Tibet, Himalaya, 1933, tempera sur toile, 74 × 117 cm, Nicholas Roerich Museum, New York.

Ressource complémentaire

Au cœur de l'histoire des grands aventuriers : Alexandra David-Neel. Émission Europe 1 de Franck Ferrand

Henri Michaux La Cordillère des Andes
Doc. 3
Henri Michaux, La Cordillère des Andes, 1958, gouache sur papier, 40 × 30 cm, coll. privée.

Ressource complémentaire

FICTION - Denis Podalydès lit « Ecuador » de Henri Michaux
Voir les réponses

Les sentiments des voyageurs

1
Texte A
Pourquoi Bashō est-il ému ?


2
Texte B
a. En quoi les différents départs pour le « pays des Neiges » ont-ils été différents ?

b. Quels sentiments les personnages éprouvent-ils envers les Parisiens ?


3
Texte C
a. Quelles sont les caractéristiques du paysage décrit ?

b. Quels sentiments habitent le poète ?


4
Texte D

a. Quel bilan Jacques Lacarrière tire-t-il de son voyage ?

b. À quel(s) passage(s) de L’Usage du monde ce texte vous fait-il penser ? Expliquez votre réponse.
Voir les réponses

Synthèse

5
Comment les pays traversés influencent-ils l’état d’esprit des voyageurs ?


6
Inversement, en quoi la perception que les voyageurs ont du paysage dépend-elle de leur état d’esprit ?


7
La forme poétique vous semble-t-elle plus appropriée pour rendre compte d’un voyage ? Nuancez et justifiez votre réponse.
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