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Le grand plongeon
P.154-155

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Le grand plongeon




Objectif

J'analyse un rite d'intégration à un groupe.

MAYLIS DE KERANGAL, Corniche Kennedy

À Marseille, un groupe d’adolescents des quartiers populaires s’amuse à plonger dans la mer. Une jeune fille de famille bourgeoise rêve d’appartenir à leur bande. Sans réfléchir, elle tente de leur voler un téléphone portable mais se fait repérer. En guise de punition, elle devra plonger du haut du Just Do It, un rocher placé à sept mètres au-dessus de l’eau.

  Une fois sur la planche de pierre, les premiers arrivés s’écartent pour laisser passer la fille qui est à nouveau poussée au milieu. Elle est pas en maillot, dit une voix, elle va pas sauter comme ça, et Mario qui a posé ses mains sur ses hanches ajoute, ouais, c’est pas un concours de tee-shirt mouillé. Rires, il est content. La fille, elle, ne bouge pas d’un pouce. Eddy continue de ne pas la regarder, bientôt il s’adresse à la bande, allez-y. Alors les autres viennent se placer en position de départ, celle d’une course de demi-fond, avec main en arrière posée à plat contre la roche, prête à opérer la poussée de détente, et, au top départ – claquement de doigt d’Eddy –, explosent les uns après les autres : course d’élan, bondissement dans les airs, hurlements sauvages, éclaboussures comme des détonations, appels et cris, les voix sont soulevées par l’écho de la mer, viennent rebondir sur le plongeoir.
  [Eddy et la fille sont seuls sur le Just Do It. Celle-ci refuse de sauter, puis se prépare, recule au dernier moment, plusieurs fois, elle a peur, répète à Eddy qu’elle a le vertige.]
  Eddy coupe court à la conversation, se racle la gorge et annonce d’une voix ferme ouais, ouais, alors on est pareils, t’as qu’à me suivre, t’as qu’à faire comme moi – il hésite à se rétracter soudain, sait qu’il joue gros : s’il saute le premier, il prend le risque que la fille s’échappe par l’arrière du Cap et atteigne la quatre voies avant que les autres soient remontés à temps pour la retenir, il sait aussi que ceux qui l’observent comme on s’obsède du chef ne seront pas dupes, et qu’il met en jeu son autorité. La fille l’interroge, t’as peur alors ? Eddy jette un œil en bas [...]. Ouais j’ai le vertige, c’est sûr, Eddy rigole, quand je saute j’hallucine, je me disloque, je deviens gigantesque, puis il regarde au loin et ajoute, s’enfoncer là-dedans, j’aime ça. Elle l’écoute, ajuste son maillot – les index lissent l’ourlet de la culotte, à même la peau des fesses –, puis il déclare ok, on va y aller en même temps. Elle hoche la tête, et un frisson la parcourt tout entière, passe sous sa peau, des picots de chair de poule apparaissent, les minipoils se dressent au garde-à-vous. Une fois en position de départ, d’un coup la voilà pâle, les cernes creusés, elle est exsangue. Eddy ne dit rien. Il voudrait tout arrêter mais sur le Just Do It, le scénario s’est emballé. Il vient à son tour se mettre en place à côté d’elle, ils font la même taille, trente centimètres les séparent. Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois, deux, un... go !, se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possibles, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants et plus vastes dans un plus vaste monde.


MAYLIS DE KERANGAL, Corniche Kennedy, © Éditions Gallimard, 2008.

MAYLIS DE KERANGAL

MAYLIS DE KERANGAL

(née en 1967)


MAYLIS DE KERANGAL (née en 1967) est une romancière française. Elle a écrit une dizaine de romans, couronnés par de nombreux prix littéraires.

Spray

Le mot bande

À l’origine, la bande désigne le drapeau sous lequel les troupes militaires se réunissaient. Au fil du temps, la signification du mot a changé : la bande a fini par désigner la troupe elle-même. Aujourd’hui, on l’utilise pour parler d’un groupe, souvent uni par des liens d’amitié.
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Le texte

COMPÉTENCE - Je lis des textes variés et adapte ma lecture au style d'écriture

La bande

1
Qui est le chef de la bande ? Relevez un indice qui vous a aidé à répondre.



2
Avec quel niveau de langue les personnages s’expriment-ils ? Justifiez en citant le texte.



3
D’après vous, pourquoi « la fille » n’est‑elle jamais désignée par son prénom ?



Le grand frisson

4
Cherchez l’étymologie du terme « exsangue » et expliquez pourquoi la jeune fille est dans cet état.



5
D’après vous, qu’est‑ce qui décide finalement la jeune fille à plonger ?



6
Dans la dernière phrase de l’extrait, relevez les termes qui montrent qu’un lien s’est créé entre Eddy et la jeune fille.



7
À votre avis, comment les membres de la bande réagiront-ils à ce plongeon ?



8
a) Décrivez le style d’écriture de Maylis de Kerangal. b) Aimez-vous sa manière d’écrire ? Expliquez votre réponse.

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L’image

1
a) Où le spectateur de cette peinture est-il placé par rapport au personnage ? b) Quelle impression cela donne-t-il ?



2
Trouvez au moins deux points communs entre ce tableau et le texte.

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