Français 1re Bac Pro

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Objet d’étude 1 - Créer, fabriquer, l’invention et l’imaginaire
S. 1
Secrets de poésie
S. 2
Des maux pour des mots
S. 3
Maudit poète !
Objet d’étude 2 - Lire et suivre un personnage : itinéraires romanesques
S. 5
La vengeance aux deux visages
S. 6
De l’ombre à la lumière
Annexes
Méthode
Outil
Révisions
Séquence 4
Lecture 3/6

Se défendre

Groupement de textes - Regards sur des personnages féminins de la littérature du XIXe siècle

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Quels personnages féminins habitent la littérature et les arts du XIXe siècle ?

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Objectif : se construire par la rencontre de personnages féminins aux destins riches et variés.
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Texte

Dans un petit village de campagne, Fanchon Fadet, surnommée « la petite Fadette », est rejetée des autres habitants qui l'accusent de sorcellerie. Le jeune Landry lui explique alors que si personne ne lui fait confiance, c'est parce qu'elle se comporte comme un garçon : ni coquette ni silencieuse, elle est jugée trop peu féminine.

Écoute, Landry, lui dit‑elle, je suis plus à plaindre qu'à blâmer ; et si j'ai des torts envers moi‑même, du moins n'en ai‑je jamais eu de sérieux envers les autres ; et si le monde était juste et raisonnable, il ferait plus d'attention à mon bon cœur qu'à ma vilaine figure et à mes mauvais habillements. Vois un peu, ou apprends si tu ne le sais, quel a été mon sort depuis que je suis au monde. Je ne te dirai point de mal de ma pauvre mère qu'un chacun blâme et insulte, quoiqu'elle ne soit point là pour se défendre, et sans que je puisse le faire, moi qui ne sais pas bien ce qu'elle a fait de mal, ni pourquoi elle a été poussée à le faire. Eh bien ! le monde est si méchant, qu'à peine ma mère m'eut‑elle délaissée, et comme je la pleurais encore bien amèrement, au moindre dépit1 que les autres enfants avaient contre moi, pour un jeu, pour un rien qu'ils se seraient pardonné entre eux, ils me reprochaient la faute de ma mère et voulaient me forcer à rougir d'elle. Peut‑être qu'à ma place une fille raisonnable, comme tu dis, se fût abaissée dans le silence, pensant qu'il était prudent d'abandonner la cause de sa mère et de la laisser injurier pour se préserver de l'être. Mais moi, vois‑tu, je ne le pouvais pas. C'était plus fort que moi. Ma mère était toujours ma mère, et qu'elle soit ce qu'on voudra, que je la retrouve ou que je n'en entende jamais parler, je l'aimerai toujours de toute la force de mon cœur. Aussi, quand on m'appelle enfant de coureuse2 et de vivandière3, je suis en colère, non à cause de moi : je sais bien que cela ne peut m'offenser, puisque je n'ai rien fait de mal ; mais à cause de cette pauvre chère femme que mon devoir est de défendre. Et comme je ne peux ni ne sais la défendre, je la venge, en disant aux autres les vérités qu'ils méritent, et en leur montrant qu'ils ne valent pas mieux que celle à qui ils jettent la pierre. Voilà pourquoi ils disent que je suis curieuse et insolente, que je surprends leurs secrets pour les divulguer. Il est vrai que le bon Dieu m'a faite curieuse, si c'est l'être que de désirer connaître les choses cachées. Mais si on avait été bon et humain envers moi, je n'aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. […]

Quant à ne prendre soin ni de ma personne ni de mes manières, cela devrait montrer que je ne suis pas assez folle pour me croire belle, lorsque je sais que je suis si laide que personne ne peut me regarder. On me l'a dit assez souvent pour que je le sache ; et, en voyant combien les gens sont durs et méprisants pour ceux que le bon Dieu a mal partagés, je me suis fait un plaisir de leur déplaire, me consolant par l'idée que ma figure n'avait rien de repoussant pour le bon Dieu et pour mon ange gardien, lesquels ne me la reprocheraient pas plus que je ne la leur reproche moi‑même. Aussi, moi, je ne suis pas comme ceux qui disent : Voilà une chenille, une vilaine bête ; ah ! qu'elle est laide ! il faut la tuer ! Moi, je n'écrase pas la pauvre créature du bon Dieu, et si la chenille tombe dans l'eau, je lui tends une feuille pour qu'elle se sauve. Et à cause de cela on dit que j'aime les mauvaises bêtes et que je suis sorcière, parce que je n'aime pas à faire souffrir une grenouille, à arracher les pattes à une guêpe et à clouer une chauve‑souris vivante contre un arbre. Pauvre bête, que je lui dis, si on doit tuer tout ce qui est vilain, je n'aurais pas plus que toi le droit de vivre.
George Sand
La Petite Fadette, chapitre 18, 1849.

1. Chagrin et colère, rancœur.
2. Personne qui cherche des aventures amoureuses.
3. Femme qui tient la cantine d'un régiment.

George Sand, La Petite Fadette, chapitre 18, 1849.

Crédits : Marion Le Moign / Lelivrescolaire.fr
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George Sand

 (1804‑1876)
Placeholder pour Georges SandGeorges Sand
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Placeholder pour Camille Pissarro, La BergèreCamille Pissarro, La Bergère
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Camille Pissarro, La Bergère, 1881, huile sur toile, 81 cm x 64,8 cm, musée d'Orsay, Paris.
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Questions
1. Expliquez quel a été le « sort » de la petite Fadette. (l. 5)

2. Comment définiriez‑vous le caractère de la petite Fadette ? Relevez des mots précis du texte pour justifier.

3. Comment considère‑t‑elle les gens qui l'entourent ? Appuyez‑vous sur un relevé précis du texte.

4. Comment l'argumentation de la petite Fadette est‑elle construite ? Intéressez‑vous à la construction des phrases et aux procédés de persuasion. Aidez‑vous de .

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