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Histoire-Géographie 2de

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L'ATELIER DE CLIO


Des grandes découvertes à l’histoire globale




L’œil de l’historien

Romain Bertrand, L’Histoire à parts égales, Paris, Seuil, p. 41-51


En mettant en scène sa première rencontre avec le régent de Banten comme une entrevue diplomatique, Houtman recourt à la petite tricherie dont usent, à l’époque, tous les marchands européens auprès des cours asiatiques : il se déguise en émissaire. Les missives de Maurice de Nassau ne sont en effet pas des lettres de créance en bonne et due forme, investissant Houtman d’un pouvoir de légation, mais de banals documents de recommandation « au bon vouloir ». Représentants d’intérêts particuliers, issus du monde roturier du port et du négoce, les hommes de la Première Navigation n’appartiennent en aucune manière à l’élite à particule […]. En Insulinde comme à Agra, les marchands européens jouaient aux grands seigneurs […].

Houtman doit en sus, pour faire entendre la voix du souverain dont il se prévaut, recourir aux compétences des scribes bantenois. […] Lodewijcksz fait mention [du traducteur] comme d’un « More [musulman] de nation Quillian [indienne] » […]. La rencontre mercantile et diplomatique entre les Hollandais et les hauts dignitaires du sultanat de Banten cesse malheureusement rapidement de suivre un cours banalisé. Car les Hollandais se persuadent que les Portugais de Banten complotent contre eux auprès d’un étrange personnage politique […]. Quoi qu’il en soit [se] déclenche une spirale de peurs et de rumeurs […]. Dans les premiers jours de septembre la situation dégénère : tandis que le régent fait procéder à de nouvelles arrestations, les Hollandais ouvrent le feu sur des jonques javanaises. […] L’odyssée vire au carnage. […] Nul doute, d’ailleurs, que la noblesse bantenoise n’ait alors incliné à tenir pour de simples maraudeurs des mers l’ensemble des équipages venus d’Europe.

Le récit de Willem Lodewijcksz, marchand-junior sur le navire-amiral, n’est bien sûr pas à prendre pour argent comptant. […] Lodewijcksz […] reste solidaire de l’interprétation paranoïaque que les Hollandais font de la vie politique locale dont ils ne maîtrisent aucunement les tenants et les aboutissants. Avant sa publication à Amsterdam en 1597, le texte fait en outre l’objet d’une censure minutieuse, tant des autorités municipales que des marchands de la Compagnie van Verre, qui avait financé l’expédition. À une époque où toutes les nations européennes de la façade atlantique intriguent pour se procurer des données cartographiques dignes de foi, il est en effet hors de question que soient divulguées, par inadvertance, des indications précises concernant la route maritime menant aux « îles aux Épices ».


Romain Bertrand, L’Histoire à parts égales, Paris, Seuil, p. 41-51.

Le document

FACE AU DOCUMENT

Le 1er juillet [1596] Cornelis Houtman descendit en terre1 en compagnie de neuf [hommes], où ils furent magnifiquement reçus, à leurs modes, du gouverneur et des principaux seigneurs. Il présenta les lettres patentes et commissions de l’Excellence du comte Maurice2 qu’on nous avait confiées pour pouvoir négocier avec eux un ferme contrat de paix […] comme tous les autres marchands, lesquelles furent traduites bien promptement en portugais et en arabe […]. Le lendemain, Cornelis Houtman est […] allé à terre pour demander la confirmation de l’alliance, d’abord proposée au gouverneur […] que le gouverneur a signée et confirmée par serment. Sur le chemin il a rencontré l’empereur, qui les a conduits en son palais […] où il leur a fait un banquet […]. Et comme les Portugais leur ont déclaré qu’ils étaient nos amis, ils sont venus ensemble à la ville où les Portugais ont demandé que les nôtres daignent venir en leur hôtel, ce que nous fîmes. […] Le cinquième jour de juillet de nuit nous a abordé le Quilian Paian [le traducteur], nous avertissant de la part du gouverneur que nous devions nous tenir sur nos gardes, car l’empereur, qu’en leur langage ils nomment Raja, sous prétexte de nous faire une visite, souhaitait venir nous piéger, car les Portugais l’avaient corrompu. Sur quoi […] chacun fut averti de se tenir sur ses gardes, toute l’artillerie fut chargée avec des boulets, les tonneaux contenant les armes furent ouverts et elles furent distribuées à tous pour se défendre […]. Le septième jour de ce mois furent envoyés deux [hommes] à la ville pour parler particulièrement au gouverneur et à l’empereur, et les avertir de ne rien tenter contre nos navires, parce que nous étions préparés […] et de ne pas croire les Portugais, qui dans cette affaire les avaient conseillés pour leur propre profit. […]

Willem Lodewijcksz, Premier livre de l’histoire de la navigation aux Indes orientales par les Hollandais, Amsterdam, 1609.


1. À Banten, sur l’île de Java : capitale du sultanat de Banten, le port se situe sur le détroit de la Sonde par lequel passent les navires venus de l’ouest pour atteindre les Moluques, des îles productrices d’épices.
2. Maurice de Nassau est gouverneur de la République de Hollande (actuels Pays-Bas) de 1585 à 1626.

L'enjeu

L’histoire des navigations et des conquêtes européennes a longtemps été appelée histoire des « grandes découvertes ». Depuis les années 1980, un mouvement appelé histoire globale vise à raconter autrement les contacts entre différents mondes en se défaisant du point de vue européocentriste. Cela implique de relire les récits de voyage européens en se rappelant qu’ils sont écrits par des hommes qui souvent comprennent mal les sociétés qu’ils décrivent, et préfèrent insister sur la richesse des terres atteintes pour convaincre leurs investisseurs de financer d’autres voyages.


Carte de l’océan Indien et des « îles à épices », Atlas Miller, 1519, BnF, Paris
Carte de l’océan Indien et des « îles à épices », Atlas Miller, 1519, BnF, Paris.

MÉTHODE

1. L’histoire globale (on parle aussi d’histoire connectée) essaye de restituer les contacts et les échanges entre sociétés dans toute leur complexité. Cela exige souvent de maîtriser plusieurs langues, pour croiser au maximum les sources.

Quand les Hollandais présentent leurs lettres d’introduction, probablement rédigées en hollandais et en latin, elles sont immédiatement traduites en arabe et en portugais.


2. Cette nouvelle approche historique s’intéresse particulièrement aux intermédiaires : traducteurs, interprètes, écrivains, qui réussissent, par leurs compétences linguistiques et diplomatiques, à mettre plusieurs mondes en contact.

L’auteur du texte mentionne ainsi le traducteur qui a permis aux Hollandais de négocier avec le régent de Banten.


3. Cette nouvelle approche historique cherche notamment à ne pas se limiter aux sources européennes, qui ont tendance à valoriser et à glorifier les Occidentaux.

Ici, on voit que l’auteur du texte insiste sur le fait que les Hollandais sont menacés par les Portugais et les Javanais. En réalité, Romain Bertrand montre que les Hollandais sont les agresseurs.

Clé de lecture

Les Pays-Bas, un temps dominés par l’Espagne, deviennent autonomes à partir de 1579. Ils lancent alors des expéditions vers l’océan Indien pour s’insérer dans les réseaux d’achat d’épices, que les Portugais fréquentent depuis le voyage de Vasco de Gama. Un groupe de marchands d’Amsterdam finance le voyage de Cornelis Houtman vers les Moluques, dans l’actuelle Indonésie. En 1596, Houtman atteint Banten, sur l’île de Java.

Questions

Voir les réponses
1. En vous aidant du texte de Romain Bertrand, présentez le document et son auteur.

2. Listez, à partir du document, les différents acteurs politiques qui apparaissent, et expliquez la position des Hollandais vis-à-vis de ces acteurs.

3. Remettez l’arrivée des Hollandais dans le contexte politique et économique du sud de l’Asie à partir du texte de l’historien. S’agit-il d’un événement majeur ?

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