DOSSIER 2


La Bête du Gévaudan





1
Une bête mystérieuse ?

On écrit du Bas-Languedoc qu’une bête féroce qui a dévoré à Langogne vingt‑deux personnes s’est jetée du côté du Mende où elle en a encore dévoré huit. L’Evêque de Mende, sensible aux alarmes que ce cruel animal a répandu dans les paroisses de son diocèse, paye quotidiennement un bon nombre de paysans pour tâcher de le détruire. On lui a tiré plusieurs coups de fusil, mais ils n’ont fait qu’effleurer la peau et lui arracher une partie de sa fourrure. Cette bête est plus grosse qu’un chien ; bien des gens la croient une hyène ; et d’autres une panthère qui s’est échappée des mains de son conducteur.

Courrier d’Avignon, 16 novembre 1765.

4
Une affaire d’État

Sur le compte que j’ai rendu au Roi des nouveaux dégâts causés par la Bête qui infeste votre département et le Gévaudan, Sa Majesté a pris le parti d’envoyer le sieur Antoine, son porte‑arquebuse 1 , avec six autres bons tireurs et de bons chiens. J’espère que vous ne tarderez pas à les voir arriver. Je vous prie donc de leur accorder tous les secours et toutes les facilités qui dépendront de vous, pour les mettre en état de venir à bout d’une entreprise importante pour les peuples de deux provinces. Après avoir reçu les ordres du Roi, M. Antoine choisit parmi les gardes des capitaineries de Sa Majesté de Versailles et de Saint‑Germain‑en‑Laye, et les plus habiles chasseurs des ducs d’Orléans, de Penthièvre et du prince de Condé, quatorze des meilleurs chasseurs, avec quatre des chiens les plus distingués de l’équipage de la louveterie du Roi [...] Puis il prit la route de l’Auvergne.


Lettre de Saint‑Florentin (ministre de Louis XV) à Balainvilliers (intendant d’Auvergne), 8 juin 1765.

1. Officier qui porte le fusil du Roi ou de la famille royale à la chasse.

2
La médiatisation de l’affaire

Dans les journaux, l’affaire de la Bête du Gévaudan est un véritable feuilleton. La presse de l’époque y consacre plus d’une centaine d’articles.

L’inaction de la bête féroce du Gévaudan avait fait croire pendant quelques temps qu’elle était morte dans quelques ravins ou sous quelque rocher des blessures qu’on prétend qu’elle a reçues le 1er et le 6 du mois ; mais cette espérance vient de s’évanouir, et l’on apprend qu’elle continue ses ravages avec autant de fureur que jamais. Le 19, elle dévora une fille dans le bois de Servilanges. […] Le 24, elle dévora une fille à Mazelle et une autre à Saint‑Privat en Auvergne.

Gazette de France, 3 juin 1765.

Questions

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Prélever des informations

1. Relevez les rumeurs autour de la nature de la Bête. (Doc. 1 et 3)

2. Présentez les documents. Pourquoi peut-on dire que l’affaire prend une ampleur nationale ? (Doc. 1 et 2)

3. Expliquez comment l’entourage royal s’empare de l’affaire. (Doc. 4 et 6)

4. Montrez comment les Anglais tournent en ridicule l’affaire de la Bête du Gévaudan. (Doc. 5)


Question de synthèse

5. Expliquez comment et pourquoi la Bête du Gévaudan devient une affaire politique.

La Bête du Gévaudan

De juillet 1764 à juin 1767, les habitants de la région rurale du Gévaudan subissent une série d’attaques. Entre 88 et 124 personnes, principalement des enfants, trouvent la mort, déchiquetées par un animal de nature mystérieuse. Grand loup, hyène, lion ? Les rumeurs vont bon train dans les campagnes, mais aussi dans les villes, ce qui provoque de nombreuses crispations dans la société. La presse de tout le pays, en mal de ventes depuis la guerre de Sept Ans, s’empare de l’affaire et lui donne un retentissement inédit, qui dépasse les frontières de l’Hexagone. Les tensions sont également politiques : le roi lui‑même envoie ses meilleurs chasseurs pour tenter de tuer la Bête.

Comment une série d’attaques de loups dans les campagnes du Gévaudan devient-elle une affaire politique ?



Gravure anonyme, Gévaudan, vers 1765, BnF, Paris

6
La fin de la Bête ?

Fin septembre 1765, le porte‑arquebuse du roi François Antoine tue un gros loup, qu’il identifie comme étant la Bête. Elle est empaillée, puis amenée à Paris et présentée à la cour du roi. Mais quelques temps plus tard les attaques reprennent. En juin 1767, un chasseur tue un autre gros loup, et plus aucune mort n’est à déplorer après cette date.

Aujourd’hui, les spécialistes de l’affaire pensent qu’il n’y avait pas qu’une seule bête mais plusieurs loups, qui cherchaient avant tout à s’attaquer aux troupeaux que gardaient les paysans attaqués.
Gravure anonyme, vers 1765, BnF, Paris.


Gravure anonyme, Gévaudan, vers 1765, BnF, Paris

3
Une représentation de la Bête du Gévaudan

Les imaginaires autour de la Bête du Gévaudan se développent beaucoup par les représentations iconographiques, nombreuses dès l’époque des attaques.
Gravure anonyme, vers 1765, BnF, Paris.

5
Les moqueries des pays étrangers

Les Journalistes Anglais s’égaient à nos dépens, mais à l’Anglaise, au sujet de la Bête féroce du Gévaudan. On lit dans une de leurs Feuilles du 29 mars, qu’une Armée Française de 120 000 hommes a été défaite par cet animal, qui après en avoir dévoré 25 000 et avalé tout le train de l’Artillerie, s’est trouvé le lendemain vaincu par une chatte dont il avoit mangé le petit chaton. On ne voit point sur quoi peut tomber ce sarcasme ; mais ce qu’on voit bien clairement et ce qu’on apprendrait là, si on ne le savait d’ailleurs, c’est que l’art de railler avec sel, et de badiner avec grâce, n’est pas, du moins communément, l’art des Écrivains Anglais [...] Quoiqu’il en soit, la Bête du Gévaudan continue ses ravages et on apprend presque chaque jour qu’elle a dévoré quelqu’un.

Courrier d’Avignon, 16 avril 1765.
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