COURS 3


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Des territoires transformés par les migrations




À la suite d’une augmentation du flux de migrants permanents à une date donnée, nous observons que le PIB par habitant va croître de façon significative pendant 4 ans, tandis que le taux de chômage va baisser.
Hippolyte d’Albis, directeur du CNRS

Acteur du changement

CALM (Comme à la maison) : un réseau pour héberger temporairement des réfugiés


CALM (Comme à la maison): un réseau pour héberger temporairement des réfugiés

Inspirée par le projet allemand « Welcome Refugees », la communauté française SINGA, soutenue par le HCR, cherche à explorer des alternatives aux systèmes d’accueil des migrants proposés par les acteurs politiques. Face à la saturation des lieux d’accueil, SINGA a lancé la plate‑forme CALM qui permet de mettre en relation des réfugiés en demande de logement et des citoyens en capacité de les héberger. Pour favoriser une meilleure insertion de ces réfugiés, le dispositif propose une immersion de 3 à 12 mois dans les familles d’accueil et cherche à soutenir leurs projets économiques dans les villes de Lyon, Paris, Montpellier, Lille, Saint‑Étienne et Grenoble.

Vocabulaire

  • Brain-drain (fuite des cerveaux) : émigration de travailleurs qualifiés.
  • Multiculturalisme : cohabitation de plusieurs cultures dans un même espace.
  • Remises : transferts financiers envoyés par les migrants dans leur pays d’origine.
  • Xénophobie : rejet des étrangers.

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Les « villages Skype » d’Ukraine

Les nouvelles technologies de communication peuvent favoriser voire révolutionner la constitution de diasporas.

Dans la petite ville de Sokal, Skype et les nouvelles technologies permettant des communications longue distance pour le coût d’une simple connexion Internet sont devenus partie prenante de la vie locale. À quelques kilomètres de la frontière polonaise, dans l’extrême Ouest de l’Ukraine, Sokal compte environ 20 000 habitants officiellement enregistrés. « Il n’y a pas une famille qui n’a pas au moins un de ses membres à l’étranger », assure Krystyna Datsiouk, directrice de la bibliothèque pour enfants. Ses deux frères sont partis il y a longtemps. Chacune de ses collègues utilise régulièrement Skype pour tenter d’atténuer la distance avec leurs proches.

« Internet a donné un nouveau souffle à notre ville », poursuit K. Datsiouk, qui a présidé, il y a quelques années, l’ouverture du premier centre Skype de la région. [...] « Tellement de gens sont partis travailler ailleurs que les structures familiales s’en sont trouvées perturbées, et soumises à un grand danger », explique Yarina Khomsiy, coordinatrice de Zaporuka. « Ce n’est pas forcément une fatalité. Mais il est important de garder un contact régulier. Pour les enfants, la vidéo sur Skype a permis de rétablir le contact visuel avec les parents. »


Sébastien Gobert, « Les migrations à l’ère du numérique : les villages Skype d’Ukraine », La documentation française, 2016


A
Des pays de départ recomposés par les migrations

Des diasporas qui peuvent favoriser le développement. Les migrants gardent souvent un lien avec leur pays d’origine, constituant alors des diasporas. L’effondrement des coûts de communication favorise le maintien de ces liens (Doc. 2). Dans certains cas, le lien avec le pays d’origine perdure durant des générations. Ces diasporas envoient souvent des fonds au pays d’origine ; ces transferts financiers (460 milliards de dollars en 2017), les remises, favorisent le développement (à condition de ne pas créer une économie de la dépendance, fonctionnant uniquement sur ces transferts de fonds). Les diasporas sont également un facteur d’influence à l’étranger ; elles peuvent constituer des relais du pays de départ dans le pays d’arrivée.

Le brain‑drain, une fuite des cerveaux. Les diplômés qui quittent leur pays d’origine apporteront de la valeur ajoutée au pays d’arrivée, alors que c’est le pays de départ qui a assumé les coûts d’éducation. C’est une perte lourde, qui freine le développement. L’Afrique subsaharienne manque cruellement de médecins, qui préfèrent exercer en Europe.

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L’entrée d’un centre de rétention de migrants à Lampedusa (Italie)

L’entrée d’un centre de rétention de migrants à Lampedusa (Italie)
Après avoir hébergé jusqu’à des centaines de personnes dans des conditions souvent dramatiques, le centre de Lampedusa, sur l’île italienne la plus proche des côtes libyennes, a été provisoirement fermé en 2018 pour que des travaux soient effectués.

Chiffres-clés

460 milliards

de dollars : total des remises des migrants dans le monde en 2017

2 millions

de travailleurs détachés en Europe en 2015 (+ 41 % par rapport en 2010)

50 % à 75 %

des médecins dans les PMA quittent leur pays


B
Des pays d’arrivée entre accueil et tensions

Une richesse économique mais aussi culturelle. Les migrations ont un rôle important dans les dynamiques économiques mondiales. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les pays occidentaux cherchaient à attirer de la main‑d’œuvre pour leur industrie. Le processus s’est poursuivi durant les Trente Glorieuses (venue de travailleurs marocains en France par exemple). S’il s’est ralenti, il n’a pas totalement disparu. La Silicon Valley est portée par ses ingénieurs indiens. Les immigrés acceptent souvent des salaires plus bas ou des métiers que la population des pays d’arrivée valorise peu (services à la personne, nettoyage). L’immigration permet de pourvoir des emplois vacants, et de compenser le recul de la natalité (chapitre 4). Les nouveaux arrivants paient des impôts et des taxes. Ils génèrent de la valeur ajoutée, alors que l’État d’arrivée n’a pas eu à payer leur éducation. En France, les étrangers, qui sont en majorité des actifs, rapportent 12 milliards d’euros par an. En outre, les immigrants apportent avec eux une richesse culturelle. Les pays neufs comme les États-Unis se sont construits par les migrations autour du multiculturalisme (melting pot).

Entre montée de la xénophobie et solidarités citoyennes. Les difficultés d’intégration de certains migrants peuvent générer des tensions. Dans un monde fragilisé par les crises économiques, les migrants deviennent des boucs émissaires. Pourtant, les mouvements locaux en faveur des migrations se multiplient. Les ONG sont souvent sur le terrain et interpellent sur les conditions d’accueil des réfugiés. Le bateau citoyen « Aquarius » vient en aide aux migrants en Méditerranée ; des civils prennent même le risque d’enfreindre les lois des États en accompagnant et en aidant les migrants dans leurs passages (comme dans la vallée de la Roya dans les Alpes).

Une Europe divisée face à la crise des réfugiés. Face à un nombre de réfugiés sans précédent du fait du contexte géopolitique instable en Afrique du Nord (Printemps arabe à partir de décembre 2010) et au Moyen‑Orient (guerre en Syrie et en Irak, avec émergence de l’État islamique), les Européens n’arrivent pas à parler d’une même voix. Si l’Allemagne s’est distinguée de ses voisins en accueillant de nombreux réfugiés en 2015, la Hongrie construit un mur. Par ailleurs, les frontières intérieures réapparaissent au sein de l’espace Schengen (rétablissement de contrôles par la France à ses frontières).

Quelles sont les conséquences des migrations pour les territoires de départ et d’arrivée ?

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