COURS 4


La colonisation contestée






Repères

La reine Ranavalona III

La reine Ranavalona III
(1861-1917)

Dernière souveraine de Madagascar, elle règne à partir de 1883. Son pays est alors en lutte contre les forces françaises. Madagascar devient une colonie française sous l’autorité du général Gallieni. La reine, déchue en 1895, est contrainte à l’exil à La Réunion, puis à Alger où elle meurt en 1917. Ses restes sont rapatriés à Madagascar en 1938.

Quelles formes prend la contestation de la colonisation ?

Histoire et fiction

Tristan Thil et Vincent Bailly, Le Rapport Brazza, Futuropolis, 2018

histoire

Cette bande dessinée a pour point de départ un fait divers macabre au Congo impliquant des administrateurs coloniaux. En 1905, la presse métropolitaine le dénonce et permet à l’opinion publique française de prendre conscience du sort réservé aux populations locales : travaux forcés, enlèvements, violences, etc. Pour calmer les esprits, une commission d’enquête parlementaire est envoyée sur place. Elle est placée sous la direction de Brazza. Trop critique, le rapport n’est jamais publié. Il faut attendre 1965 pour que l’historienne Catherine Coquery‑Vidrovitch le redécouvre et le publie.

3
La résistance des populations locales

Les Kanaks en Nouvelle-Calédonie, couverture d’un cahier d’écolier, v. 1890
Les Kanaks en Nouvelle‑Calédonie, couverture d’un cahier d’écolier, v. 1890.

3
L’affirmation des mouvements nationalistes

Résistance culturelle et religieuse. La diffusion des idées coloniales et le rejet des cultures locales perçues comme inférieures fondent l’anticolonialisme des élites traditionnelles. Au Maghreb, ce rejet est alimenté par la foi islamique.

L’égalité comme horizon. Une nouvelle génération d’élites indigènes, formées dans les écoles françaises, parfois même en métropole, revendiquent une égalité des droits : ils entendent moderniser le pays et la société et forment des mouvements réformistes (Jeunes Algériens). Ces idées sont relayées par certains Occidentaux, qui critiquent les structures politiques des colonies (doc. 2).

Revendiquer l’indépendance. L’échec du réformisme nourrit le développement de mouvements nationalistes qui s’opposent au pouvoir colonial et revendiquent l’indépendance nationale. À partir de 1911, l’agitation nationaliste en Tunisie oblige la métropole à instaurer l’état de siège.

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Des critiques anticoloniales

« Colonisons ! », L’Assiette au beurre, n° 110, 9 mai 1903
« Colonisons ! », L’Assiette au beurre, n° 110, 9 mai 1903.

1
Oppositions et résistances en métropole

L’anticolonialisme des milieux nationalistes. Avant 1914, les patriotes craignent que la colonisation ne détourne les Français des « provinces perdues » en 1871. Cette opposition s’atténue peu à peu, à mesure que l’empire devient une réserve d’hommes, de main‑d’œuvre et de soldats. La conscription est étendue aux indigènes en 1912.

Des oppositions variées. Des économistes libéraux dénoncent les coûts financiers de la colonisation. L’Internationale socialiste quant à elle condamne la colonisation et considère l’impérialisme, selon le titre d’un ouvrage de Lénine, comme le « stade suprême du capitalisme » (doc. 1).

Les « indigénophiles ». Une partie de la presse, des milieux artistiques, politiques et intellectuels s’oppose à l’expansion coloniale ; plusieurs auteurs dénoncent la violence et le racisme des sociétés coloniales (doc. 2).


La colonisation est contestée par de nombreux acteurs aux motivations diverses, tant en métropole que dans les colonies.

2
La genèse d’une pensée anticoloniale

En Algérie, il n’y a qu’une petite élite de Français qui classe dans l’humanité la race arabe. Pour les étrangers, les fonctionnaires, les israélites1, les colons, les trafiquants, l’arabe, moins considéré que ses moutons, est fait pour être écrasé. Le refouler dans le désert pour s’emparer de ce qu’on ne lui a pas encore pris, tel est le rêve […]. Les arabes, qui forment presque la totalité des habitants du pays, ne sont pas, ou ne sont que dérisoirement représentés, dans les assemblées qui ont pour but de s’occuper des intérêts de l’Algérie. Inutile de dire qu’ils ne peuvent défendre avec profit les intérêts de leurs mandants, aussi ne cessent‑ils de réclamer contre l’injustice des vainqueurs. Pourquoi les arabes, qui représentent par leur nombre le dixième des habitants de la France, n’auraient‑ils pas leur place au Parlement ? […] Leur exclusion politique, en les rabaissant socialement, les écrase économiquement.


Hubertine Auclert, Les Femmes arabes en Algérie, 1900.

1. Juifs.

Vocabulaire

État de siège : transfert des pouvoirs de police de l’autorité civile à l’autorité militaire.

Impérialisme : en ce sens, politique d’un État visant à placer d’autres États sous sa dépendance politique ou économique.

Indigénophiles : personnes favorables aux indigènes des colonies et qui militent en faveur de l’amélioration de leurs conditions de vie.

Jeunes Algériens : mouvement réformiste de notables assimilés formé au début du XXe siècle qui revendique l’accès à la citoyenneté française à part entière.

Mouvements nationalistes : mouvements anticoloniaux qui revendiquent l’indépendance nationale.

Pacification : action de pacifier un territoire, de rétablir la paix. Dans un contexte colonial, elle suppose une intervention armée pour écraser une rébellion.

2
Les résistances locales

Les résistances locales à la conquête coloniale. Des souverains locaux résistent militairement aux troupes coloniales françaises et les tiennent temporairement en échec : les rois Béhanzin au Dahomey et Samory Touré en Afrique occidentale.

Des soulèvements populaires contre l’ordre colonial. Dans les zones rurales, de nombreuses résistances émergent contre le travail forcé, la pression fiscale ou l’expropriation foncière. Les soulèvements sont punis par la métropole : il en est ainsi de la révolte d’el‑Mokrani en Algérie (1871) ou des Kanaks en Nouvelle‑Calédonie (1871) (doc. 3).

Une pacification tardive et incomplète. Partout, les opposants à la colonisation sont exilés, comme la reine de Madagascar Ranavalona III. Contrairement au mythe de la « conquête des cœurs », les révoltes contre le colonisateur sont nombreuses, particulièrement en Indochine où elles sont permanentes.
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