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L’animal politique
P.230-231

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Section 3



L'animal politique





« Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine. »

Sigmund Freud

Pour Sigmund Freud, trois causes expliquent notre échec à trouver une forme de satisfaction durable et à installer solidement la civilisation dans l’histoire : la toute‑puissance de la nature, la dégénérescence du corps humain et l’hostilité des autres hommes. Toutefois, parmi toutes les causes d’insatisfaction, celle qui nous semble la plus évitable est aussi la plus pénible : l’agressivité d’autrui.

Ce que portent la politique et le sens du devoir, ce sont pourtant les valeurs du vivre ensemble, la possibilité de donner du sens au collectif. Aristote définissait l’homme comme étant un zoon politikon, un « animal politique ». Il espérait trouver en l’homme un être doué d’une sociabilité naturelle, en quête d’amitié par, et pour, le dialogue. La politique moderne a renoncé au modèle naturel : elle considère le contrat comme fondement de l’État. Cependant, ce contrat est‑il envisageable sans une entente des citoyens et des peuples qui passe par un langage partagé ?

Nos contemporains sont parfois désorientés entre le désir de l’individualisme, les revendications politiques et les prescriptions du devoir qui visent l’universel. Que signifie aujourd’hui le fait d’être citoyen ? Peut‑être s’agit‑il de partager un espoir moral, un rêve politique.

Le pasteur Martin Luther King, lors de son discours le 28 août 1963.

Un rêve politique


 Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité.

 […] Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

 C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque. Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les hommes, oui, aux Noirs comme aux Blancs, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

 Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. […]

 Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Aussi, sommes‑nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

 […] Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles‑mêmes que tous les hommes sont créés égaux ».

 Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

 Je rêve qu’un jour, même l’État du Mississippi, un État où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

 Je rêve que mes quatre petits‑enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

 Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots « opposition » et « annulation » des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et soeurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

 Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.

 Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.

 Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.

 Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres.

Martin Luther King, discours à Washington, 28 août 1963.
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