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La planète des singes, roman de Pierre Boulle
P.40-41

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L’art du détour


La conscience inversée





La conscience n’a longtemps été reconnue qu’à l’humanité. Il a fallu attendre l’éthologie au XXe siècle et l’analyse des processus cérébraux pour que l’on accepte de penser qu’il n’existe qu’une différence de degré entre l’homme et l’animal. Des fictions avaient pourtant préparé la réflexion en proposant un monde renversé dans lequel l’animal a la conscience, le pouvoir et la charge de la planète. La planète des singes de l’écrivain Pierre Boulle fait partie de ces récits d’anticipation qui suggèrent la possibilité de penser l’animal non comme une machine, mais comme un être doté d’une âme ; c’est cette même hypothèse que soulève Leibniz.  


 Y a-t-il dans les animaux quelque substance incorporelle qu’on puisse appeler âme sensitive1 ? On doit le rechercher expérimentalement, car c’est une question de fait. Il est certain cependant, si je ne me trompe, que Dieu aurait pu créer quelque machine semblable à un animal, faisant agir sans conscience toutes les fonctions, ou certainement, plusieurs de celles que nous voyons chez les animaux. Ce qu’il aura fait, nul ne peut l’affirmer avec certitude sans révélation. Mais qu’au contraire il y ait une âme sensitive chez les animaux, on ne peut l’assurer non plus que si l’on cite des phénomènes inexplicables mécaniquement. Sans aucun doute, si l’on me présente un singe qui joue de ruses et fait une guerre de voleur ou le jeu des sacs, et même contre un homme et avec succès, je suis forcé d’avouer qu’il y a en lui quelque chose de plus qu’une machine. Mais à partir de ce moment aussi, je commencerai à devenir pythagoricien2et je condamnerai avec Porphyre3 la nourriture carnivore et la tyrannie exercée par les hommes sur les animaux. Mais je ferai aussi des prévisions à l’égard des animaux sur l’endroit où ils seront après la mort, car aucune substance incorporelle ne peut être détruite.

Gottfried Wilhelm Leibniz, Lettre à Conring, 1678, © Éditions Aubier-Montaigne, 1972.

Notes de bas de page

1. C’est-à-dire une âme capable de sentir, de percevoir.
2. Les pythagoriciens croyaient en la réincarnation.
3. Porphyre est un lecteur de Plutarque, et il défend le végétarisme.

La planète des singes, Pierre Boulle, 1963

La planète des singes de PIerre Boule


Le roman de Pierre Boulle propose le récit inversé d’un monde où les singes dotés de conscience, de langage et de morale gouvernent et gèrent les intérêts de la planète.

Un groupe d’astronautes, après une longue hibernation, pense rejoindre une exoplanète sur laquelle l’humanité pourrait migrer. L’exploration de cette planète nommée Soror montre que les grands singes dominent toutes les espèces, y compris des êtres semblables aux humains qui sont exploités, chassés et font l’objet d’expériences.

Les astronautes se lient avec ces humains de Soror, mais ils sont capturés ou tués et le chef de l’expédition, Ulysse, fait l’objet d’une étude scientifique menée par un couple de chimpanzés. Pensant gagner sa liberté en étant autorisé à retourner sur Terre, Ulysse découvre, en se posant sur la planète Terre, qu’en son absence les gorilles ont pris le pouvoir.

« Elle affirmait avec audace sa féminité à la face de ce monstrueux soleil, entièrement nue, sans autre ornement qu’une chevelure assez longue qui lui tombait sur les épaules. »


Découvrant sur Soror un lac, au bord duquel une jeune femme nue les aborde, les astronautes sont fascinés par sa beauté et perplexes quant à son évident manque de pudeur.

La pudeur est-elle le signe d’une conscience morale ?
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« Elle essayait de sourire. Je devinais ses efforts pénibles pour contracter les muscles de sa face délicate. Elle fit ainsi plusieurs tentatives, parvenant seulement à esquisser une sorte de grimace douloureuse. »


Ulysse tente de communiquer avec Nova, une humaine de Soror qui semble s’intéresser à lui. Toutefois, elle parvient difficilement à interpréter son sourire, avant de tenter à son tour de sourire en imitant les mimiques d’Ulysse.

Ne reconnaît-on la conscience qu’aux êtres doués de langage ?
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« Dès que les chariots furent rangés, elles s’approchèrent, curieuses de voir les résultats de la chasse et, d’abord, les pièces abattues, que des gorilles, […] étaient en train d’extraire de deux grands camions, pour les exposer... »

Les astronautes trouvent refuge parmi un groupe d’humains originaires de Soror. Ils sont poursuivis et abattus par des gorilles qui organisent une partie de chasse. Les corps des humains tués sont exposés comme des trophées sous le regard de leurs « épouses ».

Un être à qui on refuse la conscience est-il une chose ?
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« Je pense souvent à Nova. Je ne peux oublier les heures passées en sa compagnie. Mais je ne suis plus jamais entré dans sa cage ; le respect humain me l’interdit. »


Beaucoup plus tard, Ulysse parvient à faire reconnaître aux singes son caractère exceptionnel : il est un humain « venant de la Terre ». Il est alors éloigné de Nova, et traité avec la dignité qui n’est habituellement accordée qu’aux singes sur Soror.

N’est-ce que par orgueil que nous n’attribuons pas à l’animal une pleine conscience ?
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« Nova pousse un hurlement, m’arrache son fils et court se réfugier avec lui dans la chaloupe, tandis que je reste cloué sur place, incapable de faire un geste ni de proférer une parole. C’est un gorille. »


Alors qu’il rentre sur Terre avec Nova, dont il a eu un fils, Ulysse est accueilli par un gorille et découvre que les hommes évolués ont disparu de la planète Terre.

La conscience est-elle la seule caractéristique permettant de hiérarchiser les espèces ?
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« [...] tandis que Phyllis, ayant chassé un dernier doute en secouant énergiquement ses oreilles velues, sortait son poudrier et, au vue du retour au port, avivait d’un léger nuage rose son adorable mufle de chimpanzé femelle. »


Tout le roman de Pierre Boulle est raconté par des narrateurs inconnus, qui lisent une histoire dans un livre, et dont nous découvrons l’identité à la fin du roman.
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