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L’art a-t-il d’autres fins que lui-même ?
P.186-187

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Entrée en matière


L’art a‑t‑il d’autres fins que lui‑même ?





Depuis le Paléolithique, l’homme réalise des objets d’arts : ce besoin essentiel semble être la manifestation d’un manque originel. L’homme, en cherchant à adapter le monde à son image, souhaite le rendre humain. Cependant, cette finalité cache un choix essentiel : s’agit‑il de le rendre plus utile ou plus beau ? Ces deux objectifs sont‑ils conciliables ? L’objet d’art réalise une sorte de synthèse de tout ce à quoi l’homme aspire : il s’agit d’un objet qui lui convient et qui l’enchante.

Doc. 1
Matérialiser l’invisible

 Les formes sont les expressions fortes d’une vie forte. La différence de ces expressions entre elles réside dans le matériau, le mot la couleur, le son, la pierre, le bois, le métal. Il n’est pas nécessaire de comprendre toutes les formes. De même que de lire toutes les langues.

 Le geste dédaigneux de la main, avec lequel les amateurs d’art et les artistes ont relégué jusqu’à présent dans le domaine de l’ethnologie – ou des arts décoratifs – toutes les formes artistiques des peuples primitifs, est au moins surprenant.

 Les tableaux que nous accrochons à nos murs sont en principe semblables aux flèches taillées et colorées dans une cabane de Noirs, pour le Noir, l’idole est la forme saisissable d’une idée insaisissable, la personnification d’une notion abstraite. Pour nous, le tableau est la forme saisissable d’une idée obscure et insaisissable d’un être disparu, d’un animal, d’une plante, de tout le charme de la nature, du rythme.

 Le portrait du Dr Gachet de Van Gogh ne provient‑il pas d’une vie spirituelle similaire à la grimace étonnée, taillée dans le bois, du jongleur japonais ? Le masque du démon des maladies de Ceylan est l’expression de la terreur d’un peuple primitif ; par laquelle ses prêtres exorcisent ce qui est malade. [...]

 Comme au mépris de l’esthétique européenne, les formes parient partout un langage solennel. C’est déjà dans le jeu des enfants, dans le chapeau de la cocotte, dans la joie d’une journée ensoleillée que se matérialisent en secret des idées invisibles.


Vassily Kandinsky, L’almanach du Blaue Reiter : Le cavalier bleu, 1912, trad. E. Dickenherr et al., Éditions Klincksieck, 1987.

Doc. 2


Verre à eau commun

Un objet technique est d’abord utile : sa forme est définie par sa fonction.

Verre conceptuel en grillage

L’œuvre d’art ne vise pas l’utile. Elle recherche la beauté, la matérialisation d’une idée ou de l’invisible.

Verres élégants

Les arts décoratifs fusionnent l’utile et le beau. Ainsi, l’objet reste fonctionnel mais il a aussi pour but de plaire.

Doc. 3
L’art pour l’art

 Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. – L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines.

 Moi, n’en déplaise à ces messieurs, je suis de ceux pour qui le superflu est le nécessaire, – et j’aime mieux les choses et les gens en raison inverse des services qu’ils me rendent. Je préfère à certain vase qui me sert un vase chinois, semé de dragons et de mandarins, qui ne me sert pas du tout […]

 Quoique je ne sois pas un dilettante, j’aime mieux le bruit des crincrins et des tambours de basque que celui de la sonnette de M. le président. Je vendrais ma culotte pour avoir une bague, et mon pain pour avoir des confitures. – L’occupation la plus séante à un homme policé me paraît de ne rien faire, ou de fumer analytiquement sa pipe ou son cigare.


Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin, 1835, préface.

Doc. 4



Piet Mondrian, Composition dans le losange avec jaune, noir, bleu, rouge et gris, 1921, huile sur toile, 60 × 60 cm (Art Institute, Chicago).

Piet Mondrian, Composition dans le losange avec jaune, noir, bleu, rouge et gris, 1921, huile sur toile, 60 × 60 cm (Art Institute, Chicago).

Immeuble à Saint-Pétersbourg

Immeuble à Saint‑Pétersbourg.

Mini-robe Yves Saint Laurent inspirée de Mondrian

Mini-robe Yves Saint Laurent inspirée de Mondrian.

Tasses à café design, inspirées de Mondrian et de Miro

Tasses à café design.

En ramenant l’expression artistique à l’essentiel – lignes et couleurs primaires – l’artiste Piet Mondrian a été une source d’inspiration pour de nombreux produits dérivés. Est-ce encore de l’art lorsque la fonction utilitaire prime ?

Les questions qui se posent

La culture produit et exige un double mouvement : technique et esthétique. Même lorsque ses besoins sont satisfaits, l’homme continue cependant à ressentir le désir du Beau. D’ailleurs, l’objet technique a sa propre beauté ; et l’architecte n’a‑t‑il pas vocation à allier le beau à l’utile ? De ce fait, la fonction propre de l’œuvre n’est‑elle pas de nous dire la beauté du monde ?

Toutefois, comment l’homme peut‑il juger cette beauté copiée de la nature ou inventée par lui ? Comment jugeons‑nous de l’esthétique ?

L’art a été pratiqué bien avant l’écriture, c’est donc qu’il était déjà essentiel durant la Préhistoire. Pourtant, son utilité sociale est contestée depuis l’Antiquité. Pourquoi l’être humain ressent-il le besoin de cette activité à la fois nécessaire et non productive ? Quelle est la force qui pousse l’artiste à créer ?
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