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Peut-on agir sur le temps ?
P.80-81

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Réflexion 3


Peut-on agir sur le temps ?





Antiquité

Sénèque

Sénèque

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 9
Faire le bilan d’une vie
 ◉ ◉

Dans nos vies ordinaires, nous ne vivons pas une durée qui nous appartient ; au contraire, nous sommes embarqués dans des temporalités qui nous submergent et nous privent du présent. C’est, au fond, ce que Sénèque déplore : le temps agit sur nous, bien plus que nous ne parvenons à agir sur lui.

 Fais un bilan, te dis-je, et repasse tous les jours de ta vie ; tu en verras fort peu, à peine quelques déchets, qui soient restés à ta disposition. […] Chacun devance sa propre vie : il se tourmente par désir de l’avenir et par dégoût du présent. Mais celui‑ci qui met son temps tout entier à son service, qui organise toutes ses journées comme une vie entière, ne souhaite ni ne craint le lendemain. Qu’est‑ce que l’heure qui vient peut jamais lui apporter, en fait de plaisir neuf ? […] Sa vie, elle, est maintenant en sûreté […] et une addition serait comme une nourriture qu’on donnerait à un homme déjà rassasié et dont l’estomac est plein ; il la prend sans la désirer. Aussi, si tu vois quelqu’un avec des cheveux blancs et des rides, ne va pas penser qu’il a vécu longtemps : il n’a pas vécu longtemps, il a existé longtemps. Iras‑tu dire qu’il a beaucoup navigué, l’homme qu’une affreuse tempête a poussé çà et là dès sa sortie du port, et a fait tourner en rond sans changer de place, sous le souffle alterné des vents déchaînés en tous sens ? Non, il n’a pas navigué beaucoup ; il a été beaucoup ballotté.

Sénèque, De la brièveté de la vie, 49 ap. J.-C., trad. E. Bréhier, © Éditions Gallimard, 1962.

► Repères


Que l’auteur déclare‑t‑il ?





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Question

Que faudrait-il maîtriser pour cesser d’être « ballottés » dans nos existences ?
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XXe siècle

Hannah Arendt

Arendt

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 10
Des œuvres pour résister au temps
◉ ◉ 

Hannah Arendt nous invite ici à tourner notre regard vers deux types de produits fabriqués par l’homme : les objets d’usage et les oeuvres d’art. Ils se distinguent des produits de consommation et des produits de l’action, en ce qu’ils possèdent une certaine permanence temporelle.

 Parmi les choses qu’on ne rencontre pas dans la nature, mais seulement dans le monde fabriqué par l’homme, on distingue entre objets d’usagea et oeuvres d’art ; tous deux possèdent une certaine permanence qui va de la durée ordinaire à une immortalité potentielle dans le cas de l’oeuvre d’art. En tant que tels, ils se distinguent d’une part des produits de consommation, dont la durée au monde excède à peine le temps nécessaire à les préparer, et d’autre part, des produits de l’action, comme les événements, les actes et les mots, tous en eux-mêmes si transitoires qu’ils survivraient à peine à l’heure ou au jour où ils apparaissent au monde, s’ils n’étaient conservés d’abord par la mémoire de l’homme, qui les tisse en récits, et puis par ses facultés de fabrication. Du point de vue de la durée pure, les oeuvres d’art sont clairement supérieures à toutes les autres choses ; comme elles durent plus longtemps au monde que n’importe quoi d’autre, elles sont les plus mondaines des choses. Davantage, elles sont les seules choses à n’avoir aucune fonction dans le processus vital de la société ; à proprement parler, elles ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va‑et‑vient des générations. Non seulement elles ne sont pas consommées comme des biens de consommation, ni usées comme des objets d’usage : mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d’utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités de la vie humaine.

Hannah Arendt, La crise de la culture, 1961, trad. P. Lévy, © Éditions Gallimard, 1968.

Aide à la lecture

a.
Les objets d’usage désignent tout ce qui, du point de vue économique, forme le tissu réel, quotidien et matériel de notre existence.

► Repères


Moais Ahu Nau Nau, sur l’île de Pâques au Chili

Question

Quels exemples permettent de confirmer que les œuvres d’art résistent au temps ?
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XXe siècle

Mircea Eliade

Eliade


Texte 11
Quitter le temps profane
◉ ◉ 

Le temps sacré est une forme d’éternité que le croyant peut rejoindre le temps des rites.

 Pas plus que l’espace, le Temps n’est, pour l’homme religieux, homogène ni continu. Il y a les intervalles de Temps sacré, le temps des fêtes (en majorité, des fêtes périodiques) ; il y a, d’autre part, le Temps profane, la durée temporelle ordinaire dans laquelle s’inscrivent les actes dénués de signification religieuse. […] L’homme religieux vit ainsi dans deux espèces de Temps, dont la plus importante, le Temps sacré, se présente sous l’aspect paradoxal d’un Temps circulaire, réversible et récupérable, sorte d’éternel présent mythique que l’on réintègre périodiquement par le truchement des ritesa. Ce comportement à l’égard du Temps suffit à distinguer l’homme religieux de l’homme non-religieux : le premier se refuse de vivre uniquement dans ce qu’en termes modernes on appelle le « présent historique » ; il s’efforce de rejoindre un Temps sacré qui, à certains, égards, peut être homologué à l’« Éternité ».

Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Éditions Rowohlt, 1957.

Aide à la lecture

a.
Le rite réactualise, chaque année, un événement sacré qui ne s’est pas déroulé dans un passé daté, mais dans un temps mythique, toujours présent grâce à la commémoration rituelle.

► Repères

Question

La religion est-elle une façon d’agir sur le temps ?
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Activité

À la lumière des textes du texte 10 (⇧) et du texte 11 (⇧), répondez à cette question : d’où peut venir l’émotion internationale suscitée par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris ?
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