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Lire en nuances
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En vue de l’explication


Lire en nuances




Méthode


Une nuance est une appréciation de la pertinence d’un mot, ou d’une expression, pour traduire une pensée ou décrire une réalité. Les philosophes utilisent de nombreuses nuances, qu’il faut déceler pour ne pas confondre ce qu’il s’agit précisément de séparer dans le cadre de l’explication.

Pour lire en nuances, il faut porter son attention sur :

  • Les adverbes : ils permettent de mettre en valeur un aspect du jugement et d’incliner la lecture. Ainsi, déclarer que « le temps n’est jamais une réalité » suppose qu’une seule exception puisse contredire la thèse.
  • Les modalités des verbes : ils changent le sens des propos. Ainsi, dire que je dois me libérer du temps chronologique ne revient pas à dire que je peux me libérer de ce même temps. Dans un cas, on invoque un impératif, dans l’autre cas, une éventualité.
  • Les distinctions conceptuelles : elles sont essentielles pour ne pas faire de contresens. On peut partir du principe qu’il n’y a pas de synonymes en philosophie. Par exemple, le temps n’est pas la durée : la durée est le sentiment de la continuité, le temps chronologique est une succession arithmétique d’instants.
  • Les concessions ou les exceptions : elles permettent à un auteur de nuancer ses thèses. Il est donc important de bien les identifier, puis de les commenter si c’est possible.
  • Les gradations : elles permettent à un auteur de préciser sa pensée ou d’intensifier sa thèse. Par exemple dans le texte 11, le temps sacré est présenté successivement comme l’opposé du temps profane, comme le fait de rejoindre un présent mythique, et comme une forme d’éternité.

TEXTE FONDATEUR

XVIIIe siècle

Emmanuel Kant

Kant

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 12
Le temps est une forme a priori de l’intuition
◉ ◉ 


 Le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi ou qui soit inhérent aux choses comme une détermination objective, et qui, par conséquent, subsiste, si l’on fait abstraction de toutes les conditions subjectives de leur intuition ; dans le premier cas, en effet, il faudrait qu’il fût quelque chose qui existât réellement sans objet réel. Mais dans le second cas, en qualité de détermination ou d’ordre inhérent aux choses elles-mêmes, il ne pourrait être donné avant les objets comme leur condition, ni être connu et intuitionné a prioria par des propositions synthétiques ; ce qui devient facile, au contraire si le temps n’est que la condition subjective sous laquelle peuvent trouver place en nous toutes les intuitions. Alors, en effet, cette forme de l’intuition intérieure peut être représentée avant les objets et, par suite, a priori.

Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, 1781, trad. A. Tremesaygues, B. Pacaud, © PUF, 1971.

Aide à la lecture

a.
Est a priori toute chose qui ne doit rien à l’expérience sensible.

XIXe siècle

William James

James

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 13
Le temps n’est-il qu’une abstraction ?
◉ ◉ 


 Ce Temps unique auquel nous croyons tous et dans lequel chaque événement est précisément daté, cet Espace unique dans lequel chaque chose a sa position, sont des notions abstraites qui unifient à merveille le monde. Mais, sous leur forme achevée de concepts, qu’elles sont loin des expériences vagues et chaotiques que sont les expériences du temps et de l’espace des hommes ordinaires ! Tout ce qui nous arrive nous vient avec sa propre durée et sa propre étendue entourées d’une vague marge de « plus » qui déborde sur la durée et l’étendue de la chose à venir. Mais très vite nous perdons nos repères précis. […] Sur une carte, je peux clairement situer Londres, Constantinople ou Pékin par rapport à l’endroit où je me trouve ; mais dans la réalité, je suis totalement incapable de ressentir les faits que la carte représente symboliquement. Les directions et les distances sont vagues, confuses et brouillées. L’espace et le temps cosmiques, loin d’être les intuitions que Kant voyait en elles, sont en fait des constructions aussi manifestement artificielles que toutes celles qu’on peut rencontrer dans les sciences. La grande majorité des hommes ne recourent jamais à ces notions, et vivent plutôt dans des temps et des espaces multiples qui se pénètrent les uns les autres, durcheinander1.

William James, Le pragmatisme, 1907, trad. N. Ferron, © Flammarion, 2011.

Note de bas de page

1.
Durcheinander signifie « pêle‑mêle », « en désordre », « confus », « en pagaille ».

Exercice 1

Texte 12 (⇧)

a) Qu’est-ce qu’une chose « qui existe en soi » ?


b) Si une détermination n’est pas objective, que peut-elle être ?


c) « Par conséquent » (l. 2) relie ici deux éléments, lesquels ?


d) Que veut dire « faire abstraction » ?


e) Kant envisage une alternative (premier cas/second cas), laquelle ? Suivant quelle modalité ?


f) Que signifie « ordre inhérent » ?


g) Kant fait une supposition « si le temps […] » Quelle est la fonction de cette hypothèse dans son argumentation ?
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Exercice 2

Texte 13 (⇧)

a) Que serait le temps s’il n’était pas unique ?


b) En quoi l’adverbe « précisément » est-il polémique ?


c) Quel est l’inverse d’une notion abstraite ?


d) L’expression « à merveille » signifie-t-elle que l’unification est efficace ou l’expression est-elle péjorative ?


e) Quelle est la distinction implicite produite par l’expression « hommes ordinaires » ?


f) Quelle est la fonction de la comparaison avec la carte ?
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Exercice 3

Texte 12 (⇧) et Texte 13 (⇧)

a) Un Temps ou des temps ?
« Ce Temps unique auquel nous croyons tous et dans lequel chaque événement est précisément daté… »
Le texte de Kant fait-il référence à un temps qui serait personnel ? Qu’entend-il, à votre avis, par l’expression « l’intuition intérieure » que James ne lui accorde pas ?


b) Le temps, intuition ou construction ?
« L’espace et le temps cosmiques, loin d’être les intuitions que Kant voyait en elles, sont en fait des constructions… »
Quelle intention polémique porte la notion de « constructions » ? En quoi le fait de remplacer la notion d’« intuition » par celle de « construction » change-t-il radicalement la conception du temps ?


c) Une question de méthode
« Mais, sous leur forme achevée de concepts, qu’elles sont loin des expériences vagues et chaotiques que sont les expériences du temps et de l’espace des hommes ordinaires »
En quoi le concept est-il une forme achevée ? Que semble préférer James à la conceptualisation ?


d) Le choix des images : la carte
James critique-t-il seulement la pensée kantienne avec l’image de la carte ?


e) L’appel à l’expérience commune
La fin du texte de James fait appel à l’expérience commune de « la grande majorité des hommes ».
  • Rédigez un petit paragraphe pour exposer l’idée d’a priori.
  • Confrontez cette définition à la notion d’expérience, à laquelle James se réfère.

f) Conclusion : rédigez un paragraphe qui expose la divergence essentielle entre Kant et James.
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