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Mr. Nobody, Jaco Van Dormael, 2009
P.84-85

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L’art du détour


L’irréversibilité du temps





Jankélévitch repense la figure d’Ulysse sur l’axe du temps. Alors qu’il est toujours possible de faire demi-tour dans l’espace, le temps ne permet pas de retour en arrière. Ainsi, le temps perdu par Ulysse l’est à tout jamais. Si Ulysse est libre de revenir à Ithaque, il n’est pas libre de redevenir jeune. Le libre arbitre repose sur la nécessité de faire un choix dans le même temps, de choisir une seule orientation à la fois. Si l’on devait ne plus mourir, l’existence semblerait offrir la possibilité d’une infinité de choix, mais aurait-elle encore une saveur ? C’est la question que nous laisse entrevoir le film Mr. Nobody.

 Le voyageur revient à son point de départ, mais il a vieilli entre-temps ! […] S’il s’était agi d’un simple voyage dans l’espace, Ulysse n’aurait pas été déçu ; l’irrémédiable, ce n’est pas que l’exilé ait quitté la terre natale : l’irrémédiable, c’est que l’exilé ait quitté cette terre natale il y a vingt ans. L’exilé voudrait retrouver non seulement le lieu natal, mais le jeune homme qu’il était lui-même autrefois quand il l’habitait. […]Ulysse est maintenant un autre Ulysse, qui retrouve une autre Pénélope… Et Ithaque aussi est une autre île, à la même place, mais non pas à la même date ; c’est une patrie d’un autre temps. L’exilé courait à la recherche de lui-même, à la poursuite de sa propre image et de sa propre jeunesse, et il ne se retrouve pas. Et l’exilé courait aussi à la recherche de sa patrie, et maintenant qu’elle est retrouvée il ne la reconnaît plus. Ulysse, Pénélope, Ithaque : chaque être, à chaque instant, devient par altération un autre que lui-même, et un autre que cet autre. Infinie est l’altérité de tout être, universel le flux insaisissable de la temporalité. […]

 Ulysse, comme le Fils prodigue, revient à la maison transformé par les aventures, mûri par les épreuves et enrichi par l’expérience d’un long voyage. […] Mais à un autre point de vue le voyageur revient appauvri, ayant laissé sur son chemin ce que nulle force au monde ne peut lui rendre : la jeunesse, les années perdues, les printemps perdus, les rencontres sans lendemain et toutes les premières-dernières fois perdues dont notre route est semée.

Vladimir Jankélévitch, 1974, L’irréversible et la nostalgie, © Flammarion, 1983.

Mr. Nobody, Jaco Van Dormael, 2009


Affiche film Mr Nobody


Dans un monde où la science a triomphé de la mort, Mr. Nobody fait figure d’exception : arrivé au terme de sa vie, il est interviewé par un journaliste.

À travers des flashbacks, il raconte son existence, mais son récit manque de cohérence, car les événements qu’il relate ne se succèdent pas. Ainsi, il semble qu’il ait vécu plusieurs vies différentes, avec plusieurs femmes. Toutes ces vies démarrent à un moment précis de son enfance et s’entremêlent dans son témoignage.

Le film finit par nous révéler que cette logique floue a pour cause un premier choix crucial qu’il a dû faire dans l’enfance.

Mr Nobody vieux

Nous sommes en 2092 et Nemo Nobody a atteint l’âge de 118 ans. Il est le dernier mortel vivant dans un monde où l’avancée de la science a « libéré » l’humanité de la mortalité ; pourtant il n’envie pas les immortels.

La mort n’est-elle pas ce qui donne sens à nos vies ?
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Art du détour Mr Nobody

Face à un journaliste qui parvient à capter son attention pendant ses périodes d’éveil, il reconstruit des bribes de souvenirs et d’images, définissant le patchwork de son passé.

Notre mémoire est-elle objective ?
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Art du détour Mr Nobody

Mr. Nobody vit plusieurs relations de couples entremêlées. En maniant le procédé de l’uchronie, le film de Jaco Van Dormael interroge les rapports de la mémoire et de l’imagination, mais aussi et surtout le lien intime qui unit la temporalité et notre capacité à choisir librement une vie.

Pouvons-nous refaire notre histoire ?
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Art du détour Mr Nobody

Trois filles sont assises sur un banc : comment savoir à quelle personne s’adresser, qui sera notre âme soeur ?

Notre vie repose sur des choix, et nous savons que certains d’entre eux seront déterminants. Nous y jouons ce que nous avons de plus précieux.

Le futur, est-ce le nom donné à nos espoirs présents ?
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Art du détour Mr Nobody

Les parents de Mr. Nobody se séparent. Avec lequel des deux veut-il rester ? L’irréversibilité du temps fonde toute l’importance de notre libre arbitre : c’est parce que nous ne pouvons pas recommencer que certains choix nous semblent si difficiles.

La conscience du temps est-elle propre à la condition humaine ?
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Art du détour Mr Nobody

Faire un choix suppose de prendre une orientation et d’en délaisser une autre. Faut-il jouer sa vie à pile ou face ? On pourrait souhaiter la possibilité de faire une infinité de choix, mais cela reviendrait, paradoxalement, à ne plus rien choisir.

Sommes-nous prisonniers du temps ?
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Art du détour Mr Nobody

Mr. Nobody prévoit l’avenir dans l’une de ses vies. Il prédit notamment la mort d’un ami de sa mère. Notre relation aux autres dépend-elle de leur espérance de vie et du temps qu’il nous reste ?

Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?
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