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Le devoir moral concorde-t-il toujours avec le devoir du citoyen ?
P.314-315

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Réflexion 3


Le devoir moral concorde‑t‑il toujours avec le devoir du citoyen ?





XIXe siècle

Henry David Thoreau

Thoreau


Texte 8
Nous avons le devoir moral de désobéir à des lois injustes
◉ ◉ 

La désobéissance civile est un ouvrage intrinsèquement lié à un épisode précis de la vie de Thoreau : celui‑ci refuse en effet de payer un impôt, au nom du refus de cautionner la politique d’un État du sud des États‑Unis qui tolérait encore l’esclavage des Noirs et était engagé dans une guerre contre le Mexique. La notion de désobéissance civile, qu’il théorise alors, a eu une grande influence, aussi bien sur la pensée politique que sur l’émergence de mouvements de protestation non violents au XXe siècle.

 Des lois injustes existent : nous satisferons‑nous de leur obéir ou tâcherons‑nous de les amender, de leur obéir jusqu’à ce que nous y ayons réussi, ou les transgresserons-nous sur‑le‑champ ? Les hommes, sous un gouvernement comme le nôtre, estiment en général qu’ils doivent attendre d’avoir persuadé la majorité de les altérer. Ils pensent que s’ils résistaient, le remède serait pire que le mal. […]

Si l’injustice fait partie des frottements nécessaires de la machine du gouvernement, alors qu’on la permette ; elle s’estompera peut‑être – en tout cas, la machine tombera en panne. Si l’injustice a un ressort, une poulie ou une corde, voire une manivelle qui lui soient spécifiques, on peut alors se demander si la volonté de correction ne sera pas pire que le mal ; mais si elle est d’une telle nature qu’elle fasse de vous l’agent de l’injustice vis‑à‑vis d’autrui alors je déclare qu’il faut enfreindre la loia. Que votre vie devienne un contre‑frottement pour arrêter la machine. Ce à quoi je dois veiller, à tout le moins, c’est à ne pas me prêter au mal que je condamne. […]

Une minorité est impuissante tant qu’elle se conforme à la majorité ; ce n’est du reste plus une minorité ; mais elle devient irrésistible quand elle la bloque de tout son poidsb. Si l’alternative était de mettre tous les justes en prison ou renoncer à la guerre et à l’esclavage, l’État ne balancerait pas dans son choix. Si un millier d’hommes refusaient de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une mesure violente et sanguinaire, comme le fait de les payer et permettre à l’État de commettre la violence et de verser le sang innocentc. Telle est, en fait, la définition d’une révolution paisible, si semblable chose est possible. Si le percepteur, ou tout autre fonctionnaire, me demande, comme a fait l’un d’eux : « Mais que voulez‑vous que je fasse ? », ma réponse est : « Si vous voulez vraiment faire quelque chose, démissionnez. » Une fois que le sujet a refusé son allégeance et que le fonctionnaire a démissionné, la révolution est accomplied.

Henry David Thoreau, La désobéissance civile, 1849, trad. G.Villeneuve, © Mille et une nuits département de la Librairie Arthème Fayard, 1997.

Aide à la lecture

a.
L’existence de lois injustes est un fait : comment dès lors agir face à cette réalité ?
b. Une minorité peut faire plier l’État si elle désobéit solidairement.
c. Il convient de distinguer différentes formes d’injustices légales et de déterminer la conduite à tenir dans chaque cas.
d. La désobéissance civile est à la fois légitime et efficace.

► Repères

Question

L’auteur appelle‑t‑il à « ne pas agir avec » ou à « agir contre » les lois injustes ?
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TEXTE FONDATEUR

XXe siècle

Hannah Arendt

Arendt

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 9
Le devoir n’est pas l’obéissance
 ◉ ◉

Hannah Arendt établit le concept de « banalité du mal » : les crimes les plus terribles peuvent être commis par des êtres ordinaires, incapables de mesurer la gravité de leurs actes, et pas uniquement par des individus mus par une intention profondément mauvaise. Tel est, pour Arendt, le profil du criminel de guerre Adolf Eichmann, d’une terrifiante banalité. Cette vision d’Eichmann fut controversée, dans la mesure où la philosophe le présente comme un fonctionnaire soumis aux ordres, sans réflexion élaborée ni adhésion idéologique particulière.

Pendant l’interrogatoire de police, on s’aperçut pour la première fois qu’Eichmann soupçonnait vaguement que l’enjeu de toute cette affaire dépassait largement la question du soldat exécutant des ordres clairement criminels dans leur nature et leur intentiona, lorsque avec une insistance marquée, il déclara soudain qu’il avait vécu toute sa vie selon les préceptes moraux de Kant, et particulièrement selon la définition kantienne du devoir. À première vue, c’était faire outrage à Kant et c’était aussi incompréhensible, dans la mesure où la philosophie morale de Kant est étroitement liée à la faculté humaine de jugement qui exclut l’obéissance aveugle. L’officier de police n’insista pas, mais le juge Raveh, intrigué ou indigné qu’Eichmann ait osé invoquer le nom de Kant en liaison avec ses crimes, décida d’interroger l’accusé. C’est alors qu’à la stupéfaction générale, Eichmann produisit une définition approximativeb, mais correcte, de l’impératif catégorique : « Je voulais dire, à propos de Kant, que le principe de ma volonté doit toujours être tel qu’il puisse devenir le principe des lois générales. » […] Il se mit ensuite à expliquer qu’à partir du moment où il avait été chargé de mettre en œuvre la Solution finale, il avait cessé de vivre selon les principes de Kant ; qu’il le savait, et qu’il s’était consolé en pensant qu’il n’était plus « maître de ses actes », qu’il ne pouvait « rien changer ».

Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, 1963, trad. A. Guérin, © Éditions Gallimard, 2002.

Aide à la lecture

a.
Avant son procès, Eichmann est interrogé par la police qui ne juge pas les crimes, mais cherche à établir les faits.
b. En quoi la formulation d’Eichmann se distingue‑t‑elle de celle de Kant ?

► Repères

  • Singulier / Particulier / Général / Universel p. 275

Question

Que faut‑il faire de plus qu’obéir pour faire son devoir ?
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Focus

Une position philosophique contestée

L’ouvrage d’Arendt fut très critiqué. Le film Hannah Arendt, réalisé en 2012 par Margarethe von Trotta, met en scène la génèse et la réception difficile d’Eichmann à Jérusalem.

Il fut reproché à la philosophe de disculper Eichmann et, inversement, d’insister sur la coopération des conseils juifs aux crimes nazis. Ces conseils juifs ou « Judenrats » étaient une forme de gouvernement des communautés juives, dans les zones sous contrôle nazi. Ils furent forcés de collaborer avec les autorités nazies, qui exigeaient qu’ils fournissent des groupes de juifs destinés à la déportation ; mais ils tentèrent également de sauver de nombreux juifs et furent aussi impliqués dans la résistance.

Activité

1
Cherchez des exemples contemporains de désobéissance civile.


2
La réaction des États à ces actes de désobéissance est‑elle celle escomptée par Thoreau (⇧) ?
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