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Sommes-nous vraiment conscients de nous-mêmes ?
P.26-27

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Entrée en matière


Sommes-nous vraiment conscients de nous-mêmes ?





Qui sommes-nous vraiment ? La question de l’identité du sujet humain est coextensive à celle des rapports de la conscience et du corps. Pour certains penseurs, comme Descartes, nous sommes des « choses pensantes », d’abord définies par la conscience ; pour d’autres, nous sommes avant tout un corps avec un cerveau qui explique toute notre existence et notre comportement. L’identité semble prise entre l’image que nous nous faisons de nous‑mêmes et celle que nous livrons aux autres. La question apparaît d’autant plus actuelle que les nouvelles technologies et les réseaux sociaux nous poussent à nous montrer sous certaines apparences. Ces bribes collectionnées sont-elles sincères ? Correspondent‑elles à qui je suis ? Nous donnent‑elles vraiment accès au Moi ?

Doc.1
Puis-je me tromper sur mon corps ?

Dans la publication Journal of Cognitive Neurosciences, nous pouvons lire que tout homme peut ressentir le syndrome du membre fantôme qui touche habituellement 80 % des personnes amputées et qui se caractérise par des sensations ou des douleurs localisées au niveau du membre manquant.

Pour arriver à une telle conclusion, le journal relate la série d’expériences menées par le chercheur Arvid Guterstam.

Le protocole expérimental consiste à placer la main droite d’un individu du côté droit d’une cloison, laissant l’autre côté de la cloison vide. Ensuite, l’expérimentateur caresse simultanément, à l’aide d’un pinceau, la main placée du côté droit et l’espace vide du côté gauche, en suivant dans les deux cas les contours de la main réelle et de la main fictive. Le sujet ne peut voir qu’un côté de la cloison : celui qui est vide.

Nous observons alors que la plupart des sujets ressentent une sensation localisée au niveau de la main fictive. Ils se créent une main invisible en transférant la sensation du toucher sur l’espace où ils voient le pinceau.

L'expérience du membre fantôme par Arvid
Guterstam

Doc. 2
Le « Moi » est-il une fiction ?

 Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c’est qu’il peut être dans le vrai aussi bien que moi et que nous différons essentiellement sur ce point. Peutêtre peut‑il percevoir quelque chose de simple et de continu qu’il appelle lui : et pourtant je suis sûr qu’il n’y a pas en moi de pareil principe.

David Hume, Traité de la nature humaine, 1739, trad. A. Leroy, © Éditions Aubier, 1946.

Doc. 4
Les représentations sociales de nous-mêmes

  Les nouveaux usages du smartphone ont modifié les conditions de la reconnaissance sociale. Chez les ados, les millennials, elle est moins fondée sur les apparences que l’on donne de soi que sur la visibilité mesurée par les réseaux sociaux.   Dans la strate souterraine de la station Châtelet‑Les‑Halles, des essaims d’ados se traînent comme des centaines d’abeilles fatiguées. La raison d’une telle lenteur ? Tous tiennent leur téléphone dans leur main et commentent de brèves séquences vidéo. Je me glisse parmi une grappe de millennials, ces jeunes nés avec Internet : « Avez-vous des amis qui n’ont pas de smartphone ? » La proposition paraît antinomique à tous. « Dans notre collège, y a des gens qui n’en n’ont pas, on ne les voit pas ! », me répond la reine du groupe, une jeune fille surélevée par ses baskets blanches supercompensées. « Oui, c’est les cassoss ! » [« cas sociaux », autrement dit les « pauvres », personnes anormales, qui s’écartent des règles, des usages habituels], s’empresse d’expliciter le garçon collé à son épaule pour lire ses snaps [messages instantanés sur snapchat].

Clara Schmelck, « Des ados en quête de visibilité‑», Médium, © Éditions Gallimard, janvier‑mars 2018.

Doc. 3
Devant l’objectif…

 Je voudrais en somme que mon image mobile, cahotée entre mille photos changeantes, au gré des situations, des âges coïncide toujours avec mon « moi » (profond, comme on le sait) ; mais c’est le contraire qu’il faut dire : c’est « moi » qui ne coïncide jamais avec mon image ; car c’est l’image trop lourde, immobile, entêtée (ce pour quoi la société s’y appuie), et c’est « moi » qui suis léger, divisée, dispersé […]. Car la Photographie, c’est l’avènement de moi‑même comme autre : une dissociation retorse de la conscience d’identité. […] Devant l’objectif, je suis à la fois : celui que je me crois, celui que je voudrais qu’on me croie, celui que le photographe me croie, celui dont il se sert pour exhiber son art. Autrement dit, action bizarre : je ne cesse de m’imiter, et c’est pour cela que chaque fois que je me fais (que je me laisse) photographier, je suis immanquablement frôlé par une sensation d’inauthenticité, parfois d’imposture.

Roland Barthes, La chambre claire, 1979, © Éditions Gallimard, Cahiers du cinéma, 1980.

Pascal Adolphe Jean Dagnan-Bouveret, Une noce chez le photographe

Les questions qui se posent

L’humanité a tendance à se définir par la conscience ; cependant, on peine à la connaître, à la localiser, à saisir son fonctionnement et ses effets. Par ailleurs, il est difficile de situer la conscience : est-elle une donnée ou un processus ?

Dans l’étude de la conscience, nous sommes juges et parties ; nous avons des souvenirs que nous nous construisons, que nous inventons ou que nous oublions. Nous avons une image de notre apparence qui ne correspond pas forcément à notre identité réelle. À l’inverse, qui n’a jamais été envahi par une sensation d’étrangeté en entendant sa propre voix de l’extérieur ? Il reste donc un point à déterminer : comment se définit notre identité ?

Cette conscience rencontre aussi d’autres consciences, mais un doute subsiste : les autres consciences sontelles bien présentes ? Sont-elles du même type que la nôtre ? Faut-il accorder à l’animal ou à la plante une forme de conscience ? Autrement dit, sommes-nous les seuls à être conscients ?
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