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Le travail fait-il la valeur de l’homme ?
P.214-215

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Réflexion 1


Le travail fait‑il la valeur de l’homme ?





TEXTE FONDATEUR

XIXe siècle

Karl Marx

Marx

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 1
La dépossession de l’homme par le travail
◉ ◉ 

Selon Marx, le système économique capitaliste est cause d’aliénation : ici, l’ouvrier se trouve dépossédé de l’objet de son travail et devient étranger à lui‑même. Le travail conduit en effet à une perte de soi par cette soumission à l’objet produit, alors même qu’il devrait permettre la reconnaissance du savoir-faire et de l’identité du travailleur.

 L’ouvrier devient d’autant plus pauvre qu’il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. L’ouvrier devient une marchandise au prix d’autant plus bas qu’il crée plus de marchandises. La dévalorisation du monde humain va de pair avec la mise en valeur du monde matériel. […]

 Toutes ces conséquences découlent du fait que, par définition, l’ouvrier se trouve devant le produit de son travail dans le même rapport qu’à l’égard d’un objet étranger. S’il en est ainsi, il est évident que, plus l’ouvrier se dépense au travail, plus le monde étranger, objectif, qu’il crée en face de lui devient puissant, plus il s’appauvrit lui‑même et plus son monde intérieur devient pauvre, moins il possède en propre. C’est la même chose avec la religion. Plus l’homme projette de choses en Dieu, moins il en garde en lui-même. L’ouvrier place sa vie dans l’objet. Mais alors celle‑ci ne lui appartient plus, elle appartient à l’objet. Plus cette activité est grande, plus l’ouvrier est privé d’objets. Il n’est pas ce qu’il produit par son travail. Plus ce produit gagne en substance, moins l’ouvrier est lui‑même. L’aliénation de l’ouvriera dans son produit signifie non seulement que son travail devient un objet, une réalité extérieure, mais que son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, étranger à lui, et devient une puissance autonome face à lui, que la vie qu’il a prêtée à l’objet s’oppose à lui, hostile et étrangère.

Karl Marx, Manuscrits de 1844, 1844, trad. J.-P. Gougeon, © Flammarion, 1996.

Aide à la lecture

a.
L’aliénation désigne ici une dépossession de soi, une expropriation. Le travailleur est séparé du produit de son travail au point de lui devenir étranger.

Que l’auteur déclare‑t‑il ?





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► Repères


Image extraite du film Les temps modernes de Charlie Chaplin

Question

En quoi le mode de production capitaliste aliène‑t‑il l’homme ?
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Focus

La révolte des ouvriers luddites

Le luddisme est un mouvement de révolte ouvrière qui prend place en Angleterre dans les années 1811 et 1812. Le terme vient d’un ouvrier anglais du nom de John Ludd (ou Ned Ludd) qui aurait, en 1780, brisé deux métiers à tisser. Les luddites (ou luddistes) se révoltent initialement contre la mécanisation de leur métier. La plupart sont artisans dans le domaine du textile et voient dans l’usage des nouveaux métiers à tisser, mécanisés, une menace pour leur profession. Ces machines permettent en effet d’employer une main‑d’œuvre moins qualifiée et moins payée pour un résultat de moindre qualité ; elles mettent ainsi en danger le prestige et le savoir‑faire des luddites. La révolte prend la forme d’une destruction de ces machines dans les ateliers. Le mouvement est violemment réprimé par le pouvoir et treize ouvriers luddites sont pendus pour avoir brisé leur machine. Cette révolte contre de nouvelles conditions de travail reflète également un nouveau rapport au produit de son travail, introduit par l’industrialisation.

XXe siècle

Simone de Beauvoir

Beauvoir

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 2
Le pouvoir de l’homme
 ◉ ◉

Le travail des matières, par la technique et la raison, développe en l’homme une valeur propre et une indépendance par rapport à la religion. Toutefois, ce qui est valable pour le genre masculin l’est‑il pour le genre féminin ?

 C’est le passage de la pierre au bronze qui lui permit de réaliser par son travail la conquête du sol et de se conquérir lui‑même. L’agriculteur est soumis aux hasards de la terre, des germinations, des saisons, il est passif, il conjure et il attend : c’est pourquoi les esprits totémiques peuplaient le monde humain ; le paysan subissait les caprices de ces puissances qui l’investissaient. L’ouvrier au contraire modèle l’outil selon son dessein ; il lui impose avec ses mains la figure de son projet ; en face de la nature inertea, qui lui résiste mais qu’il vainc, il s’affirme comme volonté souveraine ; qu’il précipite ses coups sur l’enclume, il précipite l’achèvement de l’outil : […] son succès ne dépend pas de la faveur des dieux mais de lui-même ; il défie ses compagnons, il s’enorgueillit de ses réussites ; et s’il fait encore quelque place aux rites, des techniques exactes lui semblent bien plus importantes ; les valeurs mystiques passent au second plan et les intérêts pratiques au premier ; il ne s’affranchit pas entièrement des dieux : mais il les sépare de lui en se séparant d’eux ; […] quand retentit le premier coup de marteau et le règne de l’homme s’ouvre. Il apprend son pouvoir.

 Dans le rapport de son bras créateur à l’objet fabriqué il expérimente la causalité : le grain semé germe ou ne germe pas tandis que le métal réagit toujours de la même manière au feu, à la trempe, à l’action mécanique ; ce monde d’ustensiles se laisse enfermer dans des concepts clairs : la pensée rationnelle, la logique et les mathématiques peuvent alors apparaître. Toute la figure de l’univers est bouleversée. La religion de la femme était liée au règne de l’agriculture, règne de la durée irréductible, de la contingence, du hasard, de l’attente, du mystèreb ; celui de l’homo faber, c’est le règne du temps qu’on peut vaincre comme l’espace, de la nécessité, du projet, de l’action, de la raisonc.

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, © Éditions Gallimard, 1949.

Aide à la lecture

a.
Dans le travail, un état mental (projet) se matérialise (outil) pour transformer la matière (produit).
b. La femme est caractérisée par la procréation, mystérieuse pour les premiers humains. Elle est donc l’objet d’un culte : la terre‑mère, celle qui enfante des biens nourriciers.
c. L’homo faber correspond à la naissance d’un « dieu » masculin, caractérisé par le geste et l’outil, dans le cadre de la raison scientifique.

► Repères

Question

Le travail technique a‑t‑il un genre ?
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Activité

En apparence, les deux textes de cette réflexion s’opposent : Marx (⇧) explique que le travail est aliénant ; Beauvoir (⇧) explique qu’il est l’activité à travers laquelle l’humain (de genre masculin) découvre sa puissance et se détache des dieux.

1
Dans quels domaines d’analyse (économique, social, historique, technique, etc.) se situent ces deux textes ?


2
Quelles seraient les conditions pour que le travail technique ne soit ni dévalorisant, ni l’emblème de l’activité masculine ?
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