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La raison peut-elle tout expliquer ?
P.96-99

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Réflexion 2


La raison peut-elle tout expliquer ?





TEXTE FONDATEUR

Antiquité

Aristote

Aristote

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 3
Il faut suivre le logos
◉ ◉ ◉

La raison n’est pas une faculté indépendante des conditions de son apparition. Pourquoi la Grèce antique est‑elle l’origine de la pensée européenne ? Quelle rupture s’y est produite ? Aristote répond qu’il s’agit de l’usage rationnel du langage (logos). Chercher la logique du monde, c’est considérer qu’il est un cosmos, un tout organisé, ce qui implique une conception de notre place dans cet univers.

 C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l’esprit ; puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importantsa, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l’Univers. Or apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (c’est pourquoi même l’amour des mythes1 est, en quelque manière, amour de la Sagesseb, car le mythe est un assemblage de choses merveilleuses et étonnantes). Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c’est qu’évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire2 . Et ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque toutes les nécessités de la vie, et les choses qui intéressent son bien‑être et son agrément avaient reçu satisfaction, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Je conclus que, manifestement, nous n’avons en vue, dans notre recherche, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons libre celui qui est à lui‑même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit une discipline libéralec, puisque seule elle est à elle-même sa propre fin.

Aristote, Métaphysique, IVe s. av. J.-C., trad. J. Tricot, © Librairie Philosophique J. Vrin, 1986.

Aide à la lecture

a.
La progression ici se déplace de la physique à la métaphysique.
b. Un mythe étonne et émerveille. Il cherche aussi une explication. Il est celui qui aimerait savoir sans y parvenir complètement. Il est « amour de la sagesse » plutôt que possession, le mythe est donc philo‑sophe.
c. En ce sens, une discipline libérale est une discipline que l’on pratique pour elle-même, et non pour un salaire par exemple.

Notes de bas de page

1.
Un mythe est un récit sur les origines supposées.
2. Au sens d’« objectif » ou « finalité ».

► Repères

Question

Y a-t-il des choses étonnantes par elles‑mêmes ou seulement pour celui qui sait s’étonner ?
Voir les réponses

Focus

Cosmos et logos

Aristote, puis Ptolémée, vont désigner par le terme de cosmos un monde fini, régulier et géocentré. Mais cette conception sera progressivement remplacée, à partir du XVIe siècle, par un univers ouvert et incertain, issu des travaux de Copernic et de Galilée. Les irrégularités de ce nouveau monde choquent la raison et en modifient la structure : selon Alexandre Koyré, philosophe et historien des sciences, l’homme « a perdu le monde même qui formait le cadre de son existence et a dû […] remplacer non seulement ses conceptions fondamentales mais jusqu’aux structures mêmes de sa pensée ».

Commentaire

Afin de faire comprendre comment les hommes se mettent à penser, Aristote décrit la situation initiale de tout penseur : la non‑pensée. Penser, c’est toujours se mettre à penser. C’est juste un mouvement qu’il faut initier, car il n’est pas spontané. Cet état qui précède le début de toute pensée est celui d’un homme qui n’est pas encore sorti d’une relation naïve à son environnement et qui se contente d’habitudes, surtout si elles suffisent à son quotidien. Monde confortable des certitudes, qui a une résistance propre : l’esprit ne comprend pas spontanément que les questions et les recherches, même si elles créent de l’incertitude, enrichissent notre lecture du réel. Se contenter des certitudes non interrogées, c’est vivre un monde fini, aux possibilités figées et illusoires.

Penser débute donc avec l’étonnement qui est une forme de violence ressentie, car elle est d’abord subie (comme un coup de tonnerre) et étrangère à la raison (qui ne peut pas intégrer ce qui l’étonne).

Mais Aristote distingue différents objets susceptibles de nous étonner et, à travers eux, une progression de l’étonnement. Les choses ne sont pas étonnantes par ellesmêmes ; c’est notre attitude intellectuelle qui les rend étonnantes. Il s’agit d’apprendre à s’étonner. L’objet le plus étonnant sera alors celui qui pose le plus problème à la raison : l’idée que l’univers puisse avoir une genèse. Aristote nous invite ainsi à cheminer des objets les plus visiblement étonnants – qui sont en fait aussi les moins complexes – vers ceux qui méritent le plus notre attention, mais qu’on risque de manquer car moins visibles.

Notre état d’ignorance devrait être notre premier étonnement, par exemple lorsque la raison accepte le mythe qui mêle l’irrationnel et le rationnel. Parce qu’il se constitue d’abord comme une prise de conscience, l’étonnement devient un cheminement philosophique sous la forme d’une méthode. L’étonnement libère et garantit solidement ce que le questionnement n’avait pas traité. Une définition de l’homme surgit alors, qui rompt avec la soumission consentie auparavant. Savoir s’étonner, se mettre à penser, sont les conditions pour être un homme libre, sans dépendre d’aucun autre, ni de systèmes de valeurs culturellement imposés ou purement utilitaires ni de nécessités étrangères à sa nature humaine. Libérale, se visant elle-même sans chercher à servir, la pensée rationnelle rend l’homme disponible pour une recherche du bonheur et elle témoigne de sa liberté (d’homme libéré des contraintes sociales et des nécessités de la vie).

schéma raison

Numérique

Pour savoir ce qu’il en a coûté à Giordano Bruno d’avoir fait d’un attribut divin, l’infini, une caractéristique de l’univers, consultez un article du magazine Pour la Science

Débat

La valeur de la connaissance rationnelle
L’homme recherche souvent l’utilité de la connaissance et en veut « pour son argent », mais n’entre‑t‑il pas alors dans la confusion entre l’utile et l’utilitaire ? Ne pourrionsnous pas proposer d’autres objectifs à la connaissance ?
  • Question : La raison doit-elle se mettre au service d’une fin utilitaire ?
  • Objectif :
    • Montrer que la raison peut avoir un rôle supérieur à jouer.
    • Montrer que de nombreuses activités humaines (philosophie, politique) sont utiles sans être, au sens premier, utilitaires.
    • Distinguer « servir » et « être au service », « obéir » et « se soumettre », « valeur » et « norme ».

XXe siècle

Gaston Bachelard

Bachelard

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 4
L’usage scientifique de la raison
◉ ◉ ◉

Faire preuve de raison, en science, ce n’est ni être l’auteur d’une représentation personnelle ni être prisonnier d’une convention sociale : il s’agit de vérifier expérimentalement une prédiction établie par la pensée.

Malgré nos demandes, les ayants droit de ce texte refusent que nous affichions celui-ci sur notre site en libre accès. Nous le regrettons profondément et nous excusons pour la gêne occasionnée.

Gaston Bachelard, Le Nouvel Esprit Scientifique, 1934, © PUF, 1966.

Aide à la lecture

a.
Le scientifique, en faisant une hypothèse, formule une loi prédictive. Cette loi est en attente d’une vérification.
b. Cette vérification consiste à expérimenter pour que l’observation confirme ou infirme ce que la pensée avait prédit.

Question

L’usage scientifique de la raison doit-il nier les conventions culturelles ?
Voir les réponses

XVIIe siècle

Blaise Pascal

Pascal

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 5
La raison peut-elle comprendre l’infini ?
◉ ◉ 

La raison est prise de vertige quand elle contemple le monde. Si la raison mesure sa force, elle voit aussi qu’elle n’est rien du point de vue de la totalité qu’est Dieu, qui seul peut rassembler en lui toutes les perspectives.

 Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu’il s’étonne de ce que ce vaste tour lui‑même n’est qu’une pointe très délicate à l’égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent […]. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des chosesa […].

 Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est […]. Qu’est‑ce qu’un homme dans l’infini ? […]

 Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti.

Blaise Pascal, Pensées, 1670.

Aide à la lecture

a.
Pascal déclare que toutes nos théories sont minuscules (atomes) en comparaison à l’étendue et à la complexité du réel.

► Repères

Question

La raison est-elle capable de saisir ce que nous sommes ?
Voir les réponses

Focus

L’existentialisme et la raison

Selon Sartre, Dieu n’existe pas, donc l’homme n’a pas de créateur. S’il n’a pas de créateur, il n’est pas déterminé à être ceci ou cela, son existence est contingente. L’homme échappe alors à la nécessité qui gouverne les choses et suit librement ce que la raison se donne comme projet. « Sans excuse », l’homme est « condamné à être libre », à inventer ce qu’il sera selon un raisonnement dont il porte seul la responsabilité. Pour cela, il lui faudra d’abord exister, agir dans le monde, regrouper ce qui est apparu hors de soi de manière à en faire un moi – qui devient son projet. L’homme se fabrique par ses propres choix, incertains, libres, obligatoires : il existe. Sartre montre la fragilité de notre statut d’homme en le comparant à un « garçon de café » pour qui le plateau est « dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu’il rétablit perpétuellement d’un mouvement léger du bras et de la main » (L’être et le néant).

Le modèle de la déduction mathématique est définitivement inadapté quand il s’agit de saisir une réalité humaine : l’homme se découvre dans l’incertitude du chemin.

XXe siècle

Jean-Paul Sartre

Sartre

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 6
L’existence humaine peut-elle s’expliquer ?
◉ ◉ 

L’homme est défini par sa liberté, car il n’est pas créé par une raison supérieure.

 Il [l’existentialisme athée] déclare que si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu’est‑ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence ; comme il se veut après cet élan vers l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité, et que l’on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons‑nous dire par là, sinon que l’homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table ? Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est‑à‑dire que l’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. […]

 Mais si vraiment l’existence précède l’essencea, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. Et, quand nous disons que l’homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l’homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes.

Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, 1946, © Éditions Gallimard, 1996.

Aide à la lecture

a.
L’essence désigne ici une définition de l’homme, alors que l’existence désigne ce qu’un homme est dans les faits et par ses actes.
L’homme commence donc à exister, avant de se définir.

► Repères

  • En acte / En puissance p. 65

Que l’auteur déclare‑t‑il ?







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Question

La raison est-elle nécessaire pour choisir son existence ?
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Activité

1
Cherchez ce que désigne « l’argument ontologique ». Est-il compatible avec les thèses de Sartre ?


2
Peut-on raisonnablement soutenir la thèse de Sartre (texte 6 (⇧)) tout en soutenant que nous avons un destin ?
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