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Tous les problèmes ont-ils une solution technique ?
P.168-171

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Réflexion 2


Tous les problèmes ont-ils une solution technique ?





TEXTE FONDATEUR

XVIIe siècle

René Descartes

Descartes

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 4
Devenir comme maîtres et possesseurs de la nature
◉ ◉ 

Les recherches scientifiques et techniques doivent être tournées vers un seul but : la résolution de nos problèmes pratiques et l’amélioration de nos conditions de vie.

 Mais, sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique […] elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écolesa , on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre commeb maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l’esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusqu’ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher.

René Descartes, Discours de la méthode, 1637.

Aide à la lecture

a.
L’auteur désigne ainsi la philosophie enseignée au Moyen Âge dans les universités. Elle repose sur la théologie chrétienne et sur une partie de la philosophie d’Aristote.
b. Ce « comme » sous-entend que le seul maître et possesseur est Dieu.

► Repères

Question

La durée et la qualité de nos vies ne dépendent-elles que de la technique ?
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XXe siècle

Jean Baudrillard

Baudrillard


Texte 5
La technique prend possession de l’homme
 ◉ ◉

En vivant parmi les objets, et dans le temps des objets, nous perdons notre propre rythme de vie. Le produit technique devient prescripteur de l’être.

 À proprement parler, les hommes de l’opulence1 ne sont plus tellement environnés, comme ils le furent de tout temps, par d’autres hommes que par des OBJETS. Leur commerce quotidien n’est plus tellement celui de leurs semblables que statistiquement selon une courbe croissante, la réception et la manipulation de biens et de messages, depuis l’organisation domestique très complexe et ses dizaines d’esclaves techniques jusqu’au « mobilier urbain » et toute la machinerie matérielle des communications et des activités professionnelles, jusqu’au spectacle permanent de la célébration de l’objet dans la publicité et les centaines de messages journaliers venus des mass media […].

 Comme l’enfant-loup devient loup à force de vivre avec eux, ainsi nous devenons lentement fonctionnels nous aussi. Nous vivons le temps des objets : je veux dire que nous vivons à leur rythme et selon leur succession incessante. C’est nous qui les regardons aujourd’hui naître, s’accomplir et mourir alors que, dans toutes les civilisations antérieures, c’étaient les objets, instruments ou monuments pérennes, qui survivaient aux générations d’hommes.

Jean Baudrillard, La société de consommation, © Éditions Denoël, 1970.

Note de bas de page

1.
Dans une société qui se hiérarchise en fonction des richesses acquises, les hommes de l’opulence font partie des classes matériellement aisées.

Que l’auteur déclare‑t‑il ?





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Question

Comment l’homme se transforme-t-il lui-même en être fonctionnel ?
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XXe siècle

Jacques Ellul

Ellul


Texte 6
La technique politique
 ◉ ◉

En prétendant conseiller, le technicien politique n’est-il pas en mesure de confisquer aux élus le pouvoir de décider ?

 Dans la même direction, on se préoccupe aux États-Unis d’établir un véritable statut du technicien politique, en face du politicien. L’on cherche à séparer de plus en plus l’organe de décision que serait le politique, et l’organe de préparation que serait le technicien. L’expert doit fournir les éléments d’appréciation en fonction desquels il y a une décision à prendre. À cette division des fonctions répond évidemment une différence dans la responsabilité : l’expert n’est pas responsable. […] Lorsque l’expert a bien fait son travail, qu’il a mis en œuvre les voies et les moyens nécessaires, il ne reste plus souvent qu’une seule solution logique et admissible. Le politicien se trouvera, dès lors, obligé de choisir entre la solution du technicien, seule raisonnable, et d’autres qu’il peut toujours tenter à ses risques et périls, mais qui ne sont pas raisonnables.

Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle, 1954, Éditions Economica, 1990.

► Repères

Question

Une politique se juge-t-elle uniquement sur son efficacité technique ?
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Focus

La loi de Gabor

Dennis Gabor, physicien, a donné son nom à une loi affirmant que « ce qui peut être fait techniquement le sera nécessairement ». En réalité, il critiquait avec cette phrase le progrès fulgurant des techniques au XXe siècle et leur application aveugle dans le milieu industriel afin de tirer toujours plus de profit, sans se soucier des conséquences éthiques. Il reprenait, au fond, l’avertissement de Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Cette position, hostile à une production technique non soucieuse des conséquences, a été adoptée par le biologiste français Jacques Testart. Avec son équipe, il parvient en 1982 à réaliser une fécondation in vitro, donnant naissance à Amandine, le premier bébé-éprouvette français. Il poursuit pendant quelques années ses recherches, mais décide soudainement d’y mettre un terme pour des raisons éthiques. Aujourd’hui, ce sont les penseurs technocritiques qui refusent que l’on réalise tout le champ du possible au nom de la rentabilité économique. Les solutions techniques que nous développons peuvent engendrer des doutes quant à leur intérêt social ou éthique.

Activité

Quels sont les principes éthiques qui pourraient éviter que la loi de Gabor ne s’applique ?
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TEXTE FONDATEUR

XXe siècle

Hans Jonas

Jonas

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 7
Le principe de responsabilité
◉ ◉ ◉

D’une actualité toute particulière, la pensée d’Hans Jonas nous invite à nous demander si la technique que l’on s’apprête à mettre en œuvre pourrait avoir pour conséquence une transformation des conditions de vie des générations futures. Loin de penser que la technique est la solution à tous nos problèmes, Hans Jonas nous invite plutôt à anticiper les nouveaux problèmes qu’elle pourrait poser : c’est le principe de responsabilité.

Le Prométhée définitivement déchaînéa, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement liée à celle‑là. Elle va au‑delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme luimême, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. Tout en lui est inédit, sans comparaison possible avec ce qui précède, tant du point de vue de la modalité que du point de vue de l’ordre de grandeur : ce que l’homme peut faire aujourd’hui et ce que par la suite il sera contraint de continuer à faire, dans l’exercice irrésistible de ce pouvoir, n’a pas son équivalent dans l’expérience passée. Toute sagesse héritée, relative au comportement juste, était taillée en vue de cette expérience. Nulle éthique traditionnelleb ne nous instruit donc sur les normes du « bien » et du « mal » auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique.

 Dans ce vide (qui est en même temps le vide de l’actuel relativisme des valeursc) s’établit la recherche présentée ici. Qu’est‑ce qui peut servir de boussole ? L’anticipation de la menace elle‑même ! C’est seulement dans les premières lueurs de son orage qui nous vient du futur, dans l’aurore de son ampleur planétaire et dans la profondeur de ses enjeux humains, que peuvent être découverts les principes éthiques, desquels se laissent déduire les nouvelles obligations correspondant au pouvoir nouveau. Cela, je l’appelle « heuristique de la peur »d. Seule la prévision de la déformation de l’homme nous fournit le concept de l’homme qui permet de nous en prémunir. Nous savons que cela est en jeu. Mais comme l’enjeu ne concerne pas seulement le sort de l’homme, mais également l’image de l’homme, non seulement la survie physique, mais aussi l’intégrité de son essencee, l’éthique qui doit garder l’un et l’autre doit être non seulement une éthique de la sagacité, mais aussi une éthique du respect.

 La fondation d’une telle éthique, qui ne reste plus liée au domaine immédiatement intersubjectif des contemporains, doit s’étendre jusqu’à la métaphysiquef, qui seule permet de se demander pourquoi des hommes doivent exister au monde : donc pourquoi vaut l’impératif inconditionnel de préserver leur existence pour l’avenir. L’aventure de la technologie, avec ses risques extrêmes, exige ce risque de la réflexion extrême. Une telle fondation est tentée ici, à l’encontre de la résignation positiviste-analytiqueg de la philosophie contemporaine. Du point de vue ontologique sont déployées à nouveau les vieilles questions du rapport de l’être et du devoir, de la cause et de la finalité, de la nature et de la valeur, afin d’enraciner dans l’être, par‑delà le subjectivisme des valeurs, le nouveau devoir de l’homme qui vient d’apparaître.

 Mais le véritable thème est ce devoir nouvellement apparu lui-même que résume le concept de responsabilité. Sans doute n’est-ce pas un phénomène nouveau dans la moralité. La responsabilité n’a pourtant jamais eu un tel objet, de même qu’elle a peu occupé la théorie éthique jusqu’ici. Le savoir, aussi bien que le pouvoir, étaient trop limités pour incorporer l’avenir plus lointain dans la prévision, bien plus, pour inclure la planète entière dans la conscience de la causalité personnelle. Plutôt que de deviner vainement les conséquences tardives, relevant d’un destin inconnu, l’éthique se concentrait sur la qualité morale de l’acte momentané lui-même, dans lequel on doit respecter le droit du prochain qui partage notre vie. Sous le signe de la technologie par contre, l’éthique a affaire à des actes (quoique ce ne soient plus ceux d’un sujet individuel) qui ont une portée causale incomparable en direction de l’avenirh et qui s’accompagnent d’un savoir prévisionnel qui, peu importe son caractère incomplet, déborde lui aussi tout ce qu’on a connu autrefois. Il faut y ajouter le simple ordre de grandeur des actions à long terme et très souvent également leur irréversibilité. Tout cela place la responsabilité au centre de l’éthique, y compris les horizons d’espace et de temps qui correspondent à ceux des actions.

Hans Jonas, Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique, 1979, préface, trad. J. Greisch, © Flammarion, 2013.

Aide à la lecture

a.
Symbole mythologique de la technique, le titan Prométhée vole le feu aux dieux, le donne aux hommes et leur enseigne la métallurgie.
b. Aucune philosophie morale n’avait été développée jusqu’alors.
c. Il n’existe pas de valeurs morales absolues, partagées par tous les hommes.
d. L’heuristique de la peur désigne une recherche de solutions pratiques pour affronter la crainte d’un avenir potentiellement négatif.
e. Ce qui fait que l’homme est homme, ses caractéristiques essentielles doivent rester inchangées.
f. La métaphysique désigne ici la recherche des causes premières.
g. Le positivisme analytique consiste à analyser un élément à partir de ses manifestations concrètes. L’ontologie est une branche de la philosophie qui s’interroge sur la signification du mot « être ». Jonas invite donc à prendre en considération le sens éthique de l’action de l’homme dans le monde (le devoir) plutôt que d’observer seulement les conséquences concrètes de cette action (les actes).
h. Le principe de responsabilité pose une éthique de l’avenir là où, traditionnellement, se trouvait une éthique du présent.

► Repères

Question

Que signifient « éthique du respect » et « éthique de l’avenir » ?
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Texte complémentaire

Ne bloquons pas l’innovation

Malgré nos demandes, les ayants droit de ce texte refusent que nous affichions celui-ci sur notre site en libre accès. Nous le regrettons profondément et nous excusons pour la gêne occasionnée.

Olivier Godard, « La politique des risques peut-elle être raisonnable ? », Revue de métaphysique et de morale, © PUF, octobre 2012.
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