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La justice peut-elle tolérer l’inégalité ?
P.330-331

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Réflexion 1


La justice peut‑elle tolérer l’inégalité ?





Antiquité

Aristote

Aristote

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Texte 1
Un partage juste et inégal
◉ ◉ 

La justice est à la fois une égalité (la même loi pour tous) et une inégalité justement proportionnée (une part différente pour chacun et qui dépend d’un critère).

 De la justice particulière et du juste qui y correspond, une première espèce est celle qui intervient dans la distribution des honneurs, ou des richesses, ou des autres avantages qui se répartissent entre les membres de la communauté politique (car dans ces avantages il est possible que l’un des membres ait une part ou inégale ou égale à celle d’un autre), et une seconde espèce est celle qui réalise la rectitude dans les transactions privées […]. Cette forme du juste a un caractère spécifique différent de la précédente. En effet, le juste distributif des biens possédés en commun s’exerce toujours selon la proportion dont nous avons parlé (puisque si la distribution s’effectue à partir des richesses communes, elle se fera suivant la même proportion qui a présidé aux apports respectifs des membres de la communauté ; et l’injuste opposé à cette forme du juste est ce qui est dehors de la dite proportion). Au contraire, le juste dans les transactions privées, tout en étant une sorte d’égal, et l’injuste une sorte d’inégal, n’est cependant pas l’égal selon la proportion de tout à l’heure, mais selon la proportion arithmétiquea.

Aristote, Éthique à Nicomaque, IVe s. av. J.-C., trad. J. Tricot, © Librairie Philosophique J. Vrin, 1990.

Aide à la lecture

a.
Dans une proportion mathématique, la différence entre deux termes est égale quelle que soit la valeur des termes considérés (4, 8, 12, 16, etc.). Dans la proportion géométrique, la différence dépend de la valeur des termes considérés (4, 8, 16, 32, 64, etc.).

Question

Dans quels cas faut‑il préférer l’égalité proportionnelle à l’égalité arithmétique ?
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XIXe siècle

John Stuart Mill

Mill

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Texte 2
Des inégalités justes et des inégalités imméritées
 ◉ ◉

Si l’on peut envisager de récompenser l’efficacité, ne faudrait‑il pas aussi compenser les inégalités imméritées ? Deux principes de justice se contredisent ici, et la loi ne saurait trancher sans être arbitraire. Mill propose de décider en fonction de l’utilité que, selon les circonstances, chaque position présente.

 Dans une société coopérative de production, est‑il juste ou non que le talent ou l’habileté donnent droit à une rémunération plus élevée ? Ceux qui répondent négativement à la question font valoir l’argument suivant : celui qui fait ce qu’il peut a le même mérite et ne doit pas, en toute justice, être placé dans une position d’infériorité s’il n’y a pas faute de sa part ; les aptitude supérieures constituent déjà des avantages plus que suffisants, par l’admiration qu’elles excitent, par l’influence personnelle qu’elles procurent, par les sources intimes de satisfaction qu’elles réservent. […] À l’inverse, les autres disent : la société reçoit davantage du travailleur dont les rendement est supérieur ; des services étant plus utiles, la société doit les rémunérer plus largement ; une part plus grande dans le produit du travail collectif est bel et bien son œuvre ; la lui refuser quand il la réclame, c’est une sorte de brigandage. S’il doit seulement recevoir autant que les autres, on peut seulement exiger de lui, en toute justice, qu’il produise juste autant, et qu’il ne donne qu’une quantité moindre de son temps et de ses efforts, compte tenu de son rendement supérieur. Qui décidera entre ces deux appels à des principes de justice divergents ? La justice, dans le cas en question, présente deux faces entre lesquelles il est impossible d’établir une harmonie, et les deux adversaires ont choisi les deux faces opposées ; ce qui préoccupe l’un, c’est de déterminer, en toute justice, ce que l’individu doit recevoir ; ce qui préoccupe l’autre, c’est de déterminer, en toute justice, ce que la société doit donner. Chacun des deux, du point de vue où il s’est placé, est irréfutable et le choix entre ces points de vue, pour des raisons relevant de la justice, ne peut qu’être arbitraire. C’est l’utilité sociale seule qui permet de décider entre l’un et l’autre.

John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1861, trad. G. Tanesse, © Flammarion, 2018.

Que l’auteur déclare‑t‑il ?





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► Repères

  • Identité / Égalité / Différence p. 387

Question

Entre des efforts méritants ou un apport efficace, qu’est‑ce qui a plus de valeur pour la société ?
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TEXTE FONDATEUR

XXe siècle

John Rawls

Rawls

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Texte 3
Le principe de différence
◉ ◉ 

Il est juste que des inégalités économiques et sociales soient approuvées par la société, pour autant que les richesses que suscite le désir de ces inégalités puissent finalement bénéficier à tous.

 La répartition naturelle n’est ni injuste ni juste ; il n’est pas non plus injuste que certains naissent dans certaines positions sociales particulières. Ce qui est juste ou injuste par contre, c’est la façon dont les institutions traitent ces faits. […]

Le principe de différence représente, en réalité, un accord pour considérer la répartition des talents naturels comme un atout pour toute la collectivité, dans une certaine mesure, et pour partager l’accroissement des avantages socio‑économiques que cette répartition permet par le jeu de ses complémentaritésa. Ceux qui ont été avantagés par la nature ne doivent pas en profiter simplement parce qu’ils sont les plus doués, mais seulement pour couvrir les frais de formation et d’éducation, et pour utiliser les dons de façon à aider aussi les plus défavorisés. Personne ne mérite ses capacité naturelles supérieures ni un point de départ plus favorable dans la société. Mais bien sûr, ce n’est pas une raison pour ne pas tenir compte de ces distinctions, encore moins pour les éliminerb. Au lieu de cela, on peut organiser la structure de base de la société de façon à ce que ses contingences travaillent au bien des plus désavantagés.

John Rawls, Théorie de la justice, 1971, trad. C. Audard, © Éditions du Seuil, 2009.

Aide à la lecture

a.
Selon Rawls, le principe de différence n’est à appliquer qu’une fois atteint le maximum d’équité sociale : « l’égalité équitable des chances a priorité sur le principe de différence ».
b. Les avantages naturels sont immérités. Pourtant, il ne s’agit pas de niveler les différences naturelles, ni de les ignorer.

Question

Avoir un talent nous donne‑t‑il le devoir de le partager ?
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Activité

Selon le ministère de l’Éducation nationale, un enfant de cadre redouble environ 5 fois moins qu’un enfant d’ouvrier.

En vous appuyant sur le traitement de la notion d’inégalité dans le texte 1 (⇧), le texte 2 (⇧) et le texte 3 (⇧), rédigez un paragraphe commentant ce fait sociologique.
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