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Mindhunter, Joe Penhall, 2017-2019
P.272-273

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L’art du détour


Langage et inhumanité sont‑ils compatibles ?





Face à la cruauté, le langage semble vain. Mais n’est‑il pas la seule réponse ? Le criminel semble renoncer au lien symbolique entre les hommes, car son crime instrumentalise l’existence d’autrui ou la nie complètement, ce qui rend tout langage inutile. Or, si nous voulons créer une société sûre, il nous faut renverser le raisonnement que nous venons de tenir : seul le langage relie les hommes et fait sens. Il nous permet d’entrer dans ce que Ricœur nomme : « l’orbite de la raison ». La série Mindhunter nous amène à considérer cette éventualité : le langage que nous avons en commun, et qui peut être source de compréhension, nous permettra de sortir de l’effroi et de l’impuissance que la violence engendre.

 C’est pour un être qui parle, qui, en parlant, poursuit le sens, pour un être qui a déjà fait un pas dans la discussion et qui sait quelque chose de la rationalité, que la violence fait problème, que la violence advient comme problème. Ainsi la violence a son sens dans son autre : le langage. Et réciproquement. La parole, la discussion, la rationalité tirent elles aussi leur unité de sens de ceci qu’elles sont une entreprise de réduction de la violence. La violence qui parle, c’est déjà une violence qui cherche à avoir raison ; c’est une violence qui se place dans l’orbite de la raison et qui commence déjà de se nier comme violence.

Paul Ricœur, La violence, Éditions Desclée de Brouwer, 1967.

Mindhunter, Joe Penhall, 2017-2019


Affiche Mindhunter


Cette série Netflix se déroule dans les années 1970‑1980 : Robert Ressler et John Douglas mènent un travail de recherche qui est à l’origine du profilage criminel, l’Amérique connaissant alors une vague de crimes ultra‑violents. Joe Penhall réalise l’intégralité de la série Mindhunter à partir de ces faits et personnages réels.

Cette recherche doit permettre d’arrêter au plus vite les criminels les plus dangereux. Les deux personnages principaux, les agents Ford et Tench, visitent des détenus, enregistrent leurs entretiens puis, avec une psychologue, en déduisent des profils types de meurtriers.

Au fil des entretiens, les profileurs du FBI sont amenés à livrer des bribes de leur vie personnelle pour vaincre la méfiance des criminels, mais la proximité qui s’installe alors n’est pas sans danger.

Cette mise en mots permet à la série de présenter des usages ambivalents du langage. Les tueurs formulent leurs désirs pervers et leurs meurtres abjects, mais ils offrent aussi une prise pour l’étude rationnelle de leurs actes.

Mindhunter Extrait 1

L’agent Ford est un négociateur de la police, il dénoue les situations difficiles. Mais comment bien s’adresser à autrui sans le connaître ? Il sait qu’il lui manque les connaissances nécessaires pour comprendre la psychologie des criminels.

L’art de la parole est‑il un savoir‑faire purement rhétorique ou bien suppose‑t‑il une adaptation parfaite à son destinataire ?
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Mindhunter Extrait 2

L’alliance de la science et de la police se fait à travers les trois personnages, deux policiers et une psychologue. L’altérité du criminel est telle que les policiers ont besoin d’aide pour comprendre le processus de pensée des déviants.

La perversité est‑elle assimilable par le discours ?
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Mindhunter Extrait 3

Le jeune criminel Watson, manipulé par un tueur en série, a découvert au cours des entretiens la complexité du rapport à soi‑même que le langage permet. Il l’explore avec l’agent Ford.

Peut‑on user du langage sans accéder à soi‑même ?
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Mindhunter Extrait 4

Ed Kemper, tueur en série, cherche à créer un lien avec Ford, teste sa résistance à l’effroi qu’il inspire et monnaye ainsi sa parole. Il répond au désir de rationalité de l’agent, mais lui donne un prix.

Peut‑on parler sans rencontrer véritablement autrui ?
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Mindhunter Extrait 5

La série fait référence au tueur en série Charles Manson qui était le gourou d’une communauté. Le personnage de Manson, dans la série, manipule des jeunes gens qui deviennent meurtriers :

« Je ne leur ai rien appris. Je les ai juste aidés à se relever. » (Manson)

Y a‑t‑il une autre réalité que celle à laquelle notre parole nous fait croire ?
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Mindhunter Extrait 6

L’enquête des agents ne passe pas inaperçue, les criminels se disputent le titre le plus horrifiant.

Le langage est‑il nécessairement un produit communautaire et créateur de désir social ?
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