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Les musées de la mémoire
P.318-319

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L’art du détour


Le devoir de mémoire doit‑il guider l’écriture de l’histoire ?





La notion de « devoir de mémoire » apparaît dès la fin des années 1940, au sujet de la déportation qui s’est produite au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le texte de l’abbé Noël Carlotti, résistant déporté à Neuengamme, exprime cet impératif moral et cette responsabilité qui s’adressent au survivant. Entretenir le souvenir d’un événement traumatique pour l’humanité relèverait du devoir : devoir des acteurs de témoigner pour ceux qui ne l’ont pas vécu ; devoir pour tout un chacun de contribuer à ce que de tels événements ne se reproduisent pas. C’est le sens de la commémoration et de nombreux lieux de mémoire. Cependant, on peut s’interroger sur le possible conflit entre l’exigence scientifique de l’histoire, que portent les historiens et les historiennes, et la responsabilité morale du souvenir, que portent les témoins. Ainsi, Maurice Halbwachs indique que l’histoire débute quand cesse la tradition.

 Nos souffrances passées, qui nous ont donné un sens aigu de l’aide fraternelle à apporter à nos semblables, devraient donner au monde son visage de demain, le rendre plus habitable, plus humain. Ah ! Il nous reste une belle tâche à accomplir : réconcilier l’homme avec l’homme, réaliser le respect total de la personne humaine… Rescapés de camps de la mort lente, vous qui avez été victimes de l’orgueil nazi, de son régime policier, qui avez été comme des esclaves, soyez les champions de cette liberté dont vous avez été privés pendant des mois peut‑être pendant des années.

Abbé Noël Carlotti, N’oublions jamais, 1949.

 En général l’histoire ne commence qu’au point où finit la tradition, au moment où s’éteint ou se décompose la mémoire sociale. Tant qu’un souvenir subsiste, il est inutile de le fixer par écrit, ni même de le fixer purement et simplement. [...] Si la condition nécessaire, pour qu’il y ait mémoire, est que le sujet qui se souvient, individu ou groupe, ait le sentiment qu’il remonte à ses souvenirs d’un mouvement continu, comment l’histoire serait‑elle une mémoire, puisqu’il y a solution de continuité entre la société qui lit cette histoire, et les groupes témoins ou acteurs, autrefois, des événements qui y sont rapportés ?

Maurice Halbwachs, La Mémoire collective, 1950.

Les musées de la mémoire


La crypte du Mémorial de la Shoah de Paris.

Pour honorer ce devoir de mémoire envers la destruction des Juifs d’Europe (Shoah), un certain nombre de musées mémoriaux et monuments ont été édifiés à travers le monde. Ils ont pour vocation de faire vivre le souvenir des victimes des camps de concentration nazis, mais aussi de rassembler des documents, archives, sources qui constituent un riche matériau disponible pour les historiens. Le devoir de mémoire est parfois même inscrit dans la loi, comme en France avec la loi Gayssot de 1990, qui condamne la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité (négationnisme). Le devoir de mémoire s’adresse à tous les citoyens, mais doit aussi trouver une résonance dans le travail des historiens.

La loi peut‑elle prescrire aux historiens des règles pour leur travail de recherche ?
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Photographie Fanny Ben Ami

La mémoire s’exprime à travers des lieux, mais aussi à l’occasion de moments privilégiés. Yad Vashem, le mémorial pour la Shoah de Jérusalem, célèbre chaque année Yom HaShoah (la Journée du souvenir pour la Shoah et l’héroïsme). Six survivants de la Shoah sont choisis pour allumer chacun une flamme, en mémoire des six millions de Juifs tués.

Quel rôle joue le devoir de mémoire dans la cohésion d’une communauté ?
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Photographie du centre de documentation juive contemporaine

Le Mémorial de la Shoah de Paris abrite aussi le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), créé clandestinement pendant la Seconde Guerre mondiale. Le devoir de mémoire ne peut se passer d’un travail de documentation et de récolte des sources.

En quoi le travail des historiens dépend‑il de l’effort de mémoire ?
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United States Daniel House

Le United States Holocaust Memorial Museum de Washington D.C. propose une exposition permanente, qui reconstitue certains éléments « grandeur nature » de la vie dans les camps de concentration. Une section dédiée aux enfants retrace l’histoire de la Shoah, à travers le récit fictif de la vie d’un garçon nommé Daniel.

Les historiens doivent‑ils rester critiques envers la mémoire pour atteindre l’objectivité ?
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Mur des noms

Le « Mur des Noms », situé sur le parvis du Mémorial de la Shoah de Paris, comporte les noms de 75 568 Juifs déportés de France. Il a pour fonction d’inviter au recueillement, en rendant concret le souvenir des victimes.

L’émotion est‑elle nécessaire à l’accomplissement du devoir de mémoire ? Est‑elle suffisante ?
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Memorial de l'abolition de l'esclavage

Le devoir de mémoire, élaboré à propos de la Shoah, a été étendu à d’autres faits. En 2012 est inauguré à Nantes le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, qui concrétise la volonté de la loi Taubira de 2001 (inspirée de la loi Gayssot), reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, et préconisant un travail de recherche et de pédagogie sur ce sujet.

La mémoire individuelle est-elle spontanée ou relève‑t‑elle d’un devoir moral ? Peut‑on parler de devoir collectif ? Dépend‑il de la situation politique ?
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