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ARGUMENTATION


FICHE 3

Argumentation directe et indirecte




RETENIR


  • La poésie engagée peut relever de l’argumentation directe ou indirecte.
    → « Melancholia » (V. Hugo, Les Contemplations, 1856), dénonce le travail des enfants.
  • Un très court poème satirique est une épigramme.

L’image peut aussi avoir une dimension argumentative (publicité, caricature…)

Argumentation indirecte

  • L’auteur donne son point de vue par le biais de personnages, dans le cadre d’un récit fictif.
  • L’énoncé est coupé de la situation d’énonciation (voir Fiche p. 510).
  • Elle est plus universelle, car elle ne s’inscrit pas dans une situation réelle précise.
  • Elle peut permettre de contourner la censure ou d’éviter des représailles.
  • Elle nécessite d’être décodée, explicitée : elle implique davantage le lecteur, mais il existe un risque que le point de vue de l’auteur soit mal compris.
L’apologue, forme principale d’argumentation indirecte, est un bref récit fictif, dont le lecteur peut tirer un enseignement moral. La morale peut être explicite ou implicite.
  • La fable est un court apologue.
  • Le conte (merveilleux ou philosophique) est un récit plaisant, imaginaire.
    → Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943.
  • L’utopie imagine une société idéale, et critique en creux la société réelle.
    → Thomas More, L’Utopie, 1516.
  • La contre-utopie (ou dystopie) imagine un monde terrifiant qui souligne les dangers de notre société.
    → George Orwell, 1984, 1949.

Le théâtre et le roman peuvent avoir une dimension argumentative.
→ Le Dernier Jour d’un condamné (1829), court roman de Victor Hugo, condamne la peine de mort.

Argumentation directe

  • L’auteur donne son point de vue de manière explicite, sans recourir à la fiction.
  • L’énoncé est ancré dans la situation d’énonciation (voir Fiche p. 510).
  • Il peut y avoir des passages narratifs, mais ils servent à illustrer les arguments et se réfèrent à la réalité.
Le pamphlet est un texte court et virulent, souvent satirique.
→ Barbey d’Aurevilly, dans un article de 1873, fait une violente satire du Ventre de Paris de Zola.

La lettre ouverte est une lettre publique, généralement publiée dans un journal.
→ Dans « J’accuse…! » (1898), Émile Zola prend la défense d’Alfred Dreyfus.

Le discours : on distingue le plaidoyer (discours de défense) et le réquisitoire (discours d’accusation).
→ Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1950.

L’essai, le traité : l’auteur partage son point de vue, ses réflexions, sur un ou plusieurs sujets.
→ Albert Camus, Réflexions sur la guillotine, 1957.

S'EXERCER

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5
★★★
Choisissez une cause qui vous tient à cœur et défendez-la.
  • Décidez si vous préférez défendre votre cause par une argumentation directe ou indirecte.
  • Choisissez une forme précise d’argumentation directe ou indirecte, puis produisez soit un écrit, soit un oral.
  • Lisez ou écoutez les productions de vos camarades. Lesquelles vous semblent les plus réussies ? Justifiez vos choix par des arguments et des exemples précis. Tenez compte du sujet, de la forme choisie, des arguments et des exemples, de la maîtrise de l’argumentation, du style...

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4
★★☆
« J’aurais défendu Hitler », affirme Jacques Vergès, avocat célèbre pour avoir défendu de terribles criminels, comme Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon . Les pires criminels doivent‑ils être défendus devant la justice ?
  • Répartissez-vous en deux groupes, tirez au sort le point de vue que doit défendre votre groupe et faites une recherche approfondie d’arguments et d’exemples.
  • Préparez un discours, puis désignez celle ou celui qui ira le prononcer devant la classe. Vous pouvez aussi vous répartir la parole et prononcer chacun une partie du discours. Entraînez-vous en utilisant l'enregistreur ci-dessous.

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6
★★★
a. Comment sont décrites les clientes de ce grand magasin ? Analysez notamment la façon dont elles sont nommées et les métaphores utilisées pour les décrire.

b. Commentez la métaphore employée à la fin de l’extrait. Quelle image l’auteur donne‑t‑il de la société de consommation qui est en train de naître à cette époque ?

De longs remous brisaient la cohue, la fièvre de cette journée de grande vente passait comme un vertige, roulant la houle désordonnée des têtes. On commençait à sortir, le saccage des étoffes jonchait les comptoirs, l’or sonnait dans les caisses ; tandis que la clientèle, dépouillée, violée, s’en allait à moitié défaite, avec la volupté assouvie et la sourde honte d’un désir contenté au fond d’un hôtel louche. C’était lui1 qui les possédait de la sorte, qui les tenait à sa merci, par son entassement continu de marchandises, par la baisse des prix et ses rendus, sa galanterie et sa réclame. Il avait conquis les mères elles‑mêmes, il régnait sur toutes avec la brutalité d’un despote, dont le caprice ruinait les ménages. Sa création apportait une religion nouvelle, les églises que désertait peu à peu la foi chancelante étaient remplacées par son bazar, dans les âmes inoccupées désormais. La femme venait passer chez lui les heures vides, les heures frissonnantes et inquiètes qu’elle vivait jadis au fond des chapelles […] S’il avait fermé ses portes, il y aurait eu un soulèvement sur le pavé, le cri éperdu des dévotes auxquelles on supprimerait le confessionnal et l’autel.

Émile Zola, Au Bonheur des dames, chap. XIV, 1883.

1. Mouret, le propriétaire du grand magasin.