POINT DE PASSAGE 1



Bartolomé de Las Casas et la controverse de Valladolid (1550)





Très vite, navigateurs et conquistadors européens combattent les Amérindiens, se livrent à des massacres ou les contraignent à un travail forcé. Quelques voix s’élèvent pour dénoncer ces traitements auprès du roi d’Espagne, qui ordonne alors la tenue d’un débat. Le sort des Amérindiens devient une question religieuse : il s'agit de définir la nature de leur âme et la façon légitime de les traiter. Bartolomé de Las Casas, qui a été évêque en Amérique centrale, est appelé pour participer à ce débat, qui a lieu à Valladolid en 1550.

5
Le travail forcé des Indiens

Et c’est ainsi qu’ils les éparpillaient en de nombreux lieux, ce qui décomposait leurs villages et leurs voisinages, où ils vivaient selon l’ordre naturel, et sans faire mention ni se soucier que le fils fût avec le père ou la fille avec la mère, ni la femme avec son mari ; bref ni plus ni moins que si c’était des animaux. […] La [loi] ordonnait que les Indiens travaillent cinq mois à extraire de l’or des mines, et qu’après ces cinq mois ils se reposent quarante jours, à condition de travailler la terre […] pour se nourrir pendant ce temps : cela leur aurait suffi comme travail principal s’ils n’en avaient pas eu d’autre. Dans les mines les Indiens tombaient malades […], ils ne les soignaient pas mais leur donnaient un peu de cassave et d’igname, et les renvoyaient chez eux pour qu’ils guérissent : ces malheureux marchaient alors aussi longtemps qu’ils le pouvaient et quand leur mal empirait ou qu’ils n’avaient plus rien à manger ils se jetaient dans un bois ou dans une rivière où ils mouraient : je les ai vus et je dis la vérité.

Bartolomé de Las Casas, Histoire des Indes, 1559.


Bartolomé de Las Casas (1484‑1566)
Bartolomé de Las Casas
(1484‑1566)

2
Le cannibalisme vu par les Européens

Cannibales au travail, gravure sur bois (coloriée plus tard) illustrant Hans Staden, Histoire vraie d’un pays de sauvages, 1556

Cannibales au travail, gravure sur bois (coloriée plus tard) illustrant Hans Staden, Histoire vraie d’un pays de sauvages, 1556.

3
Portrait des Indiens par Las Casas

Les Indiens ont d’aussi bons entendements, des esprits aussi perspicaces, aussi capables et dociles pour n’importe quelle science morale et doctrine spéculative […]. Et je ne parle pas de leurs admirables progrès dans les arts mécaniques et les arts libéraux, comme la lecture et l’écriture […], la pratique de tous les instruments de musique, la grammaire, la logique, et dans tout le reste de ce qui leur a été enseigné et qu’ils ont écouté.

Et comme Dieu a privé le docteur Sepúlveda de toute information à ce sujet […] il aurait été très digne d’un homme aussi docte en d’autres matières et aussi estimé que lui que avant de commencer à traiter d’une matière qu’il ignorait […], il s’informe auprès des serviteurs de Dieu et de ceux qui ont sué beaucoup de nuits et de jours pour la prédication et la conversion de ces gens, et qu’il ne se hâte pas de donner du crédit aux hommes mondains et tyranniques qui l’ont persuadé d’écrire son traité pour justifier les brigandages, les vols et les morts qu’ils ont commis et les états usurpés auxquels ils se sont élevés grâce à une immense effusion de sang […].

Résumé du père Domingo de Soto, à l’attention de Charles Quint, 1551.


1
Portrait des Indiens par Sepúlveda

Ici se trouve une dispute ou controverse entre l’évêque frère Bartolomé de Las Casas […] et le docteur Ginés Sepúlveda, chroniqueur de l’empereur. […] Monsieur le docteur Sepúlveda a donc brièvement fondé son avis sur quatre raisons. La première est la gravité des délits de ces gens [les Amérindiens], principalement l’idolâtrie et leurs autres péchés contre nature. La seconde est la grossièreté de leur entendement. Du fait de leur nature, ils sont serviles et barbares et donc obligés de servir ceux que leur entendement rend plus subtils, comme le sont les Espagnols. La troisième est la fin de la foi, car cet assujettissement est plus commode et expédient pour la prédication et la persuasion. La quatrième est l’injure qu’ils se font entre eux, en tuant des hommes pour les sacrifier et certains pour les manger.

Résumé du père Domingo de Soto, à l’attention de Charles Quint, 1551.

Quelle est la position intellectuelle de Bartolomé de Las Casas et quelles sont ses conséquences politiques et économiques ?

Questions

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Comparer des documents

1. Présentez les documents. (Doc. 1, 3 et 5)
2. Présentez en détail la controverse : dates, lieux, participants et motifs de l’opposition. (Doc. 1, 3 et 5)

3. Associez chacune de ces gravures avec l’un des points de vue exprimés pendant la controverse. (Doc. 2 et 4)


Faire un bilan

4. Remplissez ce tableau qui résume les enjeux du débat :

Sepúlveda Las Casas
Capacité intellectuelle des Amérindiens
Statut religieux des Amérindiens
Relations souhaitées entre Amérindiens et Espagnols

Théodore de Bry, America, 1601, gravure (coloriée plus tard), BnF, Paris

4
Les Indiens dans les mines de Potosi

Théodore de Bry, America, 1601, gravure (coloriée plus tard), BnF, Paris.
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