L'ATELIER DE CLIO


Pourquoi étudier l’histoire des femmes et du genre ?




Questions

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1. Pour Seignobos, dans quels domaines la femme, à différentes époques, agit‑elle ?

2. Selon Michelle Perrot, comment expliquer l’émergence d’une histoire des femmes au XXe siècle ?

3. Trouvez trois exemples de femmes artistes, auteures, inventrices, scientifiques, etc., pour montrer que Proudhon se trompe.

L'enjeu

Au XXe siècle se développe l’histoire sociale, et à partir des années 1970 l’histoire des femmes et du genre, d’abord sous l’impulsion d’étudiantes et d’historiennes féministes américaines (Joan W. Scott, Judith Butler), qui souhaitent écrire une « her‑story ». Plus généralement, émergent alors des « études de genre » (gender studies), dans toutes les disciplines. Cette histoire du genre s’intéresse à la façon dont les différentes sociétés ont construit des normes du féminin et du masculin et aux rapports – de domination ou d'émancipation – entretenus entre ces normes. Elle a permis de souligner la grande diversité des rôles qu’ont pu jouer les femmes à travers le temps.


MÉTHODE

1. La plupart des sociétés anciennes opéraient une distinction très stricte entre hommes et femmes.

Proudhon propose ainsi une vision extrêmement misogyne : selon lui, la femme est naturellement inférieure à l’homme et n’a jamais joué aucun rôle dans l’histoire.


2. L’invisibilité des femmes dans le récit historique s’explique avant tout par les méthodes employées et les sources utilisées pendant longtemps pour étudier l’histoire.

Michelle Perrot explique que les historiens se sont surtout appuyés sur des sources produites par des hommes. Les femmes ont produit beaucoup moins de sources ; ce qui s’explique notamment par le fait qu’elles ont souvent été empêchées d’accéder à l’enseignement.


3. Mais cette invisibilité tient aussi à des choix volontaires de la part d’hommes qui ont cherché à exclure les femmes de l’espace public et du récit historique.

Michelle Perrot parle ainsi d’un « refoulement du féminin » dans les travaux des historiens de la IIIe République.


4. L’histoire du genre cherche à remettre en question les préjugés et stéréotypes associés, souvent inconsciemment, aux genres féminin et masculin.

Seignobos, pourtant moins misogyne que Proudhon, décrit ainsi la femme comme étant « naturellement » une éducatrice, dotée d’un caractère « naturellement » tendre.

L’œil de l’historienne

Michelle Perrot


La froideur de l’histoire positiviste, dont Seignobos est le grand maître, et qui règne sans partage sur l’Université de la IIIe République, répudie ces effluves sentimentaux. Elle opère d’autre part un véritable refoulement du thème féminin et plus largement du quotidien. Bien des raisons, factuelles autant qu’épistémologiques, expliquent ce refus. Le métier d’historien est un métier d’hommes qui écrivent l’histoire au masculin. Les champs qu’ils abordent – une histoire politique privilégiée – sont ceux de l’action et du pouvoir masculins. […] Célèbres, pieuses ou scandaleuses, les femmes alimentent les chroniques de la « petite » histoire […].

C’est aussi que les matériaux qu’utilisent ces historiens (archives diplomatiques ou administratives, documents parlementaires, biographies ou publications périodiques) sont l’œuvre d’hommes qui ont le monopole de l’écrit comme de la chose publique. On a souvent remarqué que l’histoire des classes populaires était difficile à faire à partir d’archives émanant des classes dominantes, préfets, magistrats, prêtres, policiers… Or l’exclusion féminine est beaucoup plus forte encore. Quantitativement infime, l’écrit féminin […] est étroitement spécifié : livres de cuisine, manuels d’éducation, contes récréatifs ou moraux en constituent la majeure part. Travailleuse ou oisive, malade, amoureuse, manifestante, la femme est observée et décrite par l’homme. Militante syndicale, elle a du mal à se faire entendre de ses camarades masculins qui considèrent comme normal d’être son porte‑parole. Cette carence de sources directes, cette perpétuelle médiation sont pour l’historien un obstacle redoutable. […] Tout cela explique que l’histoire des femmes soit tout à fait marginale […].

Comment expliquer, à l’heure actuelle, la constitution d’une histoire des femmes qui paraît dépasser largement les engouements de la mode ou les célébrations de l’année de la femme ? Bien des facteurs peuvent être invoqués, entre autres l’influence des pays étrangers et notamment anglo‑saxons, celle des disciplines voisines, enfin celle des luttes féminines et de leur impact sur la réflexion universitaire.


Michelle Perrot, « Où en est l’histoire des femmes ? », Les Cahiers du Centre de recherches historiques, n° 36, 2005, en ligne.

Le document

FACE AU DOCUMENT
Pierre-Joseph Proudhon


Une vision radicalement misogyne

Pierre-Joseph Proudhon (1809‑1865) est un éditeur et journaliste français qui devient dans les années 1840 l’un des principaux théoriciens de l’anarchisme politique et économique. Député en 1848, il s’exile à Bruxelles pendant le Second Empire.

L’infériorité physique de la femme résulterait donc de sa non‑masculinité. L’être humain complet, adéquat à sa destinée, je parle du physique, c’est le mâle qui, par sa virilité, atteint le plus haut degré de tension musculaire et nerveuse que comportent sa nature et sa fin, et par là, le maximum d’action dans le travail et le combat. La femme est un diminutif d’homme à qui il manque un organe […]. Capable, jusqu’à un certain point, d’appréhender une vérité trouvée, elle n’est douée d’aucune initiative ; elle ne s’avise pas des choses […] sans l’homme, elle ne sortirait pas de l’état bestial […]. L’humanité ne doit aux femmes aucune idée morale, politique, philosophique ; elle a marché dans la science sans leur coopération […]. L’humanité ne doit aux femmes aucune découverte industrielle, pas la moindre mécanique. […] La femme auteur n’existe pas ; c’est une contradiction.

Pierre‑Joseph Proudhon, De la justice dans la Révolution et dans l’Église, 1858.


Charles Seignobos


Une place très réduite pour les femmes dans l’histoire

Charles Seignobos (1854‑1942) est un historien français, professeur à l’université de la Sorbonne à partir de 1881. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’histoire méthodique, qui s’appuie avant tout sur une lecture des sources.

[À l’époque des Gaulois] aucun document ne parle de la condition des femmes ; nous ne pouvons qu’imaginer leur vie, confinées dans des huttes étroites, froides ou enfumées, absorbées par le travail long et pénible de broyer le grain et de préparer la nourriture des hommes.

[Au Moyen Âge] le trait le plus original de la vie de cour est le rôle de la femme, désignée par un nom d’honneur, la dame (domina), maîtresse, la femme du prince maître de la cour. […] La dame se sent supérieure à ces adolescents placés sous ses ordres, et si elle vient à s’intéresser à l’un d’eux, elle prend naturellement le rôle d’éducatrice et de guide, auquel se peut mêler parfois une tendresse féminine d’une autre nature.

[Au XIXe siècle] les femmes, absorbées encore par les soins du ménage, mettaient leur luxe dans un énorme approvisionnement de linge, de fruits et de confitures.

Charles Seignobos, Histoire sincère de la nation française, 1933.
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