Chargement de l'audio en cours
Plus

Plus

Complot contre la sultane
P.116-117

Mode édition
Ajouter

Ajouter

Terminer

Terminer

Texte et image


Complot contre la sultane




Objectif

Je découvre la mise en place d'une intrigue.

« Histoire des deux sœurs jalouses », Les Mille et Une Nuits

  Un jour, un sultan surprend une conversation entre trois sœurs. Elles s’amusent à formuler un vœu : l’aînée s’imagine épouser le boulanger du sultan, la deuxième le cuisinier du sultan, et la cadette le sultan lui-même. Celui-ci décide de réaliser leurs vœux et organise les trois mariages. Mais les deux sœurs aînées sont jalouses du bonheur de leur petite sœur.

  Le temps des couches1 arriva, et la sultane se délivra2 heureusement d’un prince beau comme le jour. Ni sa beauté, ni sa délicatesse, ne furent capables de toucher ni d’attendrir le cœur des sœurs impitoyables. Elles l’enveloppèrent de langes assez négligemment, le mirent dans une petite corbeille, et abandonnèrent la corbeille au courant de l’eau d’un canal qui passait au pied de l’appartement de la sultane ; et elles remplacèrent l’enfant par un petit chien mort, en publiant que la sultane en avait accouché. Cette nouvelle désagréable fut annoncée au sultan ; et le sultan en conçut une indignation qui aurait pu être funeste3 à la sultane si son grand vizir ne lui avait expliqué que sa Majesté ne pouvait pas, sans injustice, la regarder comme responsable des bizarreries de la nature.
  [L’intendant des jardins trouve le panier sur le canal.]
  L’intendant des jardins fut extrêmement surpris de voir un enfant enveloppé dans la corbeille, et un enfant, qui, bien que tout juste né, comme il était aisé de le voir, n’en avait pas moins des traits d’une grande beauté. Il y avait longtemps que l’intendant des jardins était marié ; mais bien qu’il eût très envie d’avoir des enfants, le ciel n’avait pas encore fécondé ses vœux jusqu’alors. […] Il entra dans l’appartement de sa femme :
  « Ma femme, dit-il, nous n’avions point d’enfant, en voici un que Dieu nous envoie. Je vous le recommande ; faites-lui chercher une nourrice promptement4, et prenez-en soin comme de notre fils ; je le reconnais pour tel dès à présent. »
  [L’année suivante, la sultane accouche d’un prince, que les sœurs remplacent par un chat. L’enfant est aussi adopté par l’intendant des jardins.]
  La sultane enfin accoucha une troisième fois, non pas d’un prince, mais d’une princesse : l’innocente eut le même sort que les princes ses frères. Les deux sœurs, qui avaient résolu de ne pas mettre fin à leurs entreprises détestables tant qu’elles n’auraient pas vu la sultane leur cadette au moins rejetée, chassée et humiliée, lui firent le même traitement, en l’exposant sur le canal. La princesse fut secourue et arrachée à une mort certaine par la compassion et par la charité de l’intendant des jardins, comme les deux princes ses frères, avec lesquels elle fut nourrie et élevée.
  À cette inhumanité les deux sœurs ajoutèrent le mensonge et l’imposture comme auparavant : elles montrèrent un morceau de bois, en assurant faussement que c’était ce dont la sultane avait accouché.
  Le sultan Khosrouschah ne put se contenir, quand il eut appris ce nouvel accouchement extraordinaire.
  « Quoi, dit-il, cette femme indigne de ma couche remplirait donc mon palais de monstres si je la laissais vivre davantage ? Non, cela n’arrivera pas, ajouta-t-il ; elle est un monstre elle-même, je veux en purger5 le monde. [...]
  Qu’on lui fasse un réduit6 de charpente à la porte de la principale mosquée, avec une fenêtre toujours ouverte ; qu’on l’y renferme avec un habit des plus grossiers, et que chaque musulman qui ira à la mosquée faire sa prière lui crache au nez en passant. Si quelqu’un y manque, je veux qu’il soit exposé au même châtiment. »

« Histoire des deux sœurs jalouses », Les Mille et Une Nuits, tome 3, traduction d’Antoine Galland, 1704, syntaxe modernisée.

1. Grossesses.
2. Accoucha.
3. Fatale.
4. Rapidement.
5. Purifier, débarasser.
6. Petite pièce.

Les Mille et Une Nuits

Les Mille et Une Nuits est un recueil de contes d’origines diverses. Les plus anciens viennent d’Inde, et dateraient du IIIe siècle. D’abord transmis oralement par les marchands (qui se les racontaient pour se divertir pendant leurs voyages), ces contes sont parvenus en Perse (Iran) puis dans le monde arabe, s’enrichissant de nouvelles histoires. Au XVIIIe siècle, le Français Antoine Galland découvre ce recueil, le traduit et y ajoute quelques contes qu’il a écrits lui-même, comme l’histoire d’Aladdin ou celle d’Ali Baba.

Moïse sauvé des eaux.

Sauvé des eaux

Alors que les Hébreux sont réduits en esclavage par Pharaon, celui-ci décide que tous les nouveaux-nés masculins doivent être tués. Une mère cache son enfant dans un panier et le dépose sur le Nil. La fille de Pharaon le trouve et l’adopte : elle l’appelle « Moïse », ou « Moussa » en arabe, ce qui signifie « sauvé des eaux ». On retrouve cet épisode dans le Coran, la Bible et la Torah.
Voir les réponses

Questions

COMPÉTENCE - Je lis des œuvres littéraires et découvre des œuvres majeures de la littérature

Le début d’un conte

1
Où l’histoire se déroule‑t‑elle ?



2
Pourquoi peut-on dire que la situation des sœurs est typique d’un conte ? Justifiez en donnant des exemples pris dans d’autres contes que vous connaissez.



3
Le chiffre trois revient souvent dans les contes. Est-ce le cas dans cet extrait ?



4
a) Par quelle formule se termine habituellement un conte de fées ? b) Comparez avec cet extrait.



5
Synthèse. Ce début de conte est-il plutôt traditionnel ou plutôt original ? Proposez une réponse nuancée et justifiez par des exemples.



Des personnages opposés

6
a) Comment le jeune prince est-il décrit ? b) Les sœurs ainées sont-elles émues par ce bébé ? Qu’est-ce que cela montre d’elles ?



7
a) De quoi les sœurs aînées sont-elles jalouses ? b) Que font-elles pour se venger ? c) D’après vous, pourquoi se vengent-elles de cette manière ?



8
Qui sont les personnages positifs dans cet extrait ? Expliquez votre réponse.



9
a) Comment le sultan réagit-il au premier accouchement de sa femme ? b) Et au troisième ? c) Que pensez‑vous de sa réaction ?



10
Pensez-vous que le sultan est un être mauvais ou qu’il est victime du complot des sœurs aînées ?

Voir les réponses
Utilisation des cookies
En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous acceptez l'utilisation des cookies permettant le bon fonctionnement du service.
Pour plus d’informations, cliquez ici.