Texte 5


L'héritage du père




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1
Comment sait‑on que cet extrait est situé à la fin du récit ?


La mort du père ?

2
De quelle manière la mort du père est-elle évoquée ?


3
Lisez le deuxième paragraphe.
a. a. Pourquoi la suite du texte semble‑t‑elle paradoxale ?

b. Qu’est‑ce que cela révèle ?


4

a. Que ressentent Annie Ernaux et son père quand ils vont à la bibliothèque ? Justifiez votre réponse.

b. Pour quelle raison éprouvent‑ils cela ?


5
GRAMMAIRE

a. Commentez l’emploi du pronom « on » dans le troisième paragraphe.

b. Pourquoi appelle‑t‑on ce mot un pronom personnel indéfini ?


Un héritage singulier

6
En quoi la chanson « C’est l’aviron... » et le livre L’Expérience des limites illustrent‑ils la phrase « Passeur entre deux rives, sous la pluie et le soleil. » ?


7
GRAMMAIRE
« il n’y était question que de métaphysique et de littérature »
a. Quel type de négation est employée ?

b. Que souligne‑t‑elle ?


8
Comment comprenez-vous la dernière phrase ?


9
Quel héritage le père a‑t‑il offert à sa fille ?

Vers le commentaire

10
Annie Ernaux désigne son père comme un « passeur entre deux rives » (l. 27). Pourquoi cette désignation est‑elle polysémique ? Organisez votre réponse et développez‑la en faisant référence à des passages précis de La Place.
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Part des enfants de cadres et d’ouvriers selon les filières.
Part des enfants de cadres et d’ouvriers selon les filières.
Source : ministère de l’Éducation nationale, données 2017-2018 — © Observatoire des inégalités

L'héritage du père

  Mon père respirait difficilement, les yeux grands ouverts. Ma mère a fermé le café et l’épicerie, comme tous les dimanches, vers une heure. Elle est remontée près de lui. Pendant que je faisais la vaisselle, mon oncle et ma tante sont arrivés. Après avoir vu mon père, ils se sont installés dans la cuisine. Je leur ai servi le café. J’ai entendu ma mère marcher lentement au-dessus, commencer à descendre. J’ai cru, malgré son pas lent, inhabituel, qu’elle venait boire son café. Juste au tournant de l’escalier, elle a dit doucement : « C’est fini. » [...]

  J’ai fini de mettre au jour l’héritage que j’ai dû déposer au seuil du monde bourgeois et cultivé quand j’y suis entrée.

  Un dimanche après la messe, j’avais douze ans, avec mon père, j’ai monté le grand escalier de la mairie. On a cherché la porte de la bibliothèque municipale. Jamais nous n’y étions allés. Je m’en faisais une fête. On n’entendait aucun bruit derrière la porte. Mon père l’a poussée, toutefois. C’était silencieux, plus encore qu’à l’église, le parquet craquait et surtout cette odeur étrange, vieille. Deux hommes nous regardaient venir depuis un comptoir très haut barrant l’accès aux rayons. Mon père m’a laissé demander : « On voudrait emprunter des livres. » L’un des hommes aussitôt : « Qu’est-ce que vous voulez comme livres ? » À la maison, on n’avait pas pensé qu’il fallait savoir d’avance ce qu’on voulait, être capable de citer des titres aussi facilement que des marques de biscuits. On a choisi à notre place, Colomba pour moi, un roman léger de Maupassant pour mon père. Nous ne sommes pas retournés à la bibliothèque. C’est ma mère qui a dû rendre les livres, peut-être, avec du retard.

  Il me conduisait de la maison à l’école sur son vélo. Passeur entre deux rives, sous la pluie et le soleil.

  Peut-être sa plus grande fierté, ou même, la justification de son existence : que j’appartienne au monde qui l’avait dédaigné.

  Il chantait : C’est l’aviron qui nous mène en rond.

  Je me souviens d’un titre L’Expérience des limites. Mon découragement en lisant le
début, il n’y était question que de métaphysique et de littérature.

  Tout le temps que j’ai écrit, je corrigeais aussi des devoirs, je fournissais des modèles de dissertation, parce que je suis payée pour cela. Ce jeu des idées me causait la même impression que le luxe, sentiment d’irréalité, envie de pleurer.


Annie Ernaux, La Place, 1983 © Éditions Gallimard.
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L'image

1
Que montre ce graphique ? Exprimez l’idée principale en une phrase claire et illustrez‑la par quelques exemples.


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Max Ferguson, Librairie Strand, 2010, huile sur panneau, 40× 55 cm, collection privée.
Max Ferguson, Librairie Strand, 2010, huile sur panneau, 40 × 55 cm, collection privée.