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Texte et image

Un témoin inattendu

DYS

Un témoin inattendu

L’extrait suivant correspond au début de la nouvelle.
1
C
’était fini, il n’en vendrait plus une seule ce soir. Trop froid, trop tard, les rues s’étaient vidées, il était presque vingt-trois heures à la place Maubert. L’homme obliqua sur sa droite, poussant devant lui son chariot, bras tendus. Ces foutus chariots de supermarché n’étaient pas des instruments de précision. Il fallait toute la force des poignets et une sacré connaissance de l’engin pour le maintenir dans le droit chemin. C’était buté comme un âne, ça roulait de travers, ça résistait. Il fallait lui parler, l’engueuler, le bousculer, mais, comme l’âne, ça permettait de trimballer une bonne quantité de marchandises. Buté, mais loyal. Il avait appelé son caddie Martin1, par déférence2 pour tout le boulot qu’avaient abattu les ânes d’antan3.
  L’homme gara son chariot auprès d’un poteau et l’attacha avec une chaîne, à laquelle il avait accroché une grosse cloche. Gare au fils de fumier qui voudrait lui piquer son chargement d’éponges pendant son sommeil, il trouverait à qui parler. Des éponges, s’il en avait vendu cinq dans la journée, c’était le bout du monde. Ça lui faisait vingt-cinq francs, plus les six francs de reste d’hier. Il sortit son duvet d’un sac suspendu sous le ventre du caddie, se coucha sur la bouche de métro et s’enroula bien serré. Impossible d’aller se réchauffer dans le métro, il aurait fallu abandonner le chariot en surface. C’est comme ça, quand on a un animal, cela demande des sacrifices. Jamais il n’aurait laissé Martin seul dehors. […]
  Quand il avait découvert cette mine d’éponges à l’abandon dans un hangar de Charenton, il s’était cru sauvé. […] Mais ses éponges, tout le monde s’en foutait, à part cinq personnes par jour. Ça ne fait pas beaucoup, cinq personnes, merde, sur deux millions de Parisiens.
  Serré dans son duvet, couché en chien de fusil, l’homme calculait le pourcentage de Parisiens acheteurs d’éponges. Il regarda un taxi s’arrêter à sa hauteur, une femme en sortir, les jambes très fines, puis son manteau, en fourrure blanche. Certainement pas une femme à entrer dans le pourcentage. […] Elle le contourna sans le voir, traversa, longea le trottoir opposé, composa un code à l’entrée d’un immeuble. Une voiture grise passa doucement, l’éclaira dans le rayon de ses phares, freina près d’elle. Le conducteur descendit, la femme se retourna. Le vendeur d’éponges fronça les sourcils, en alerte. […] Il y eut trois coups de feu et la femme s’écroula à terre. Le tueur se rencogna4 dans la voiture, embraya et disparut.
  Le vendeur d’éponges s’était écrasé aussi plat que possible sur la bouche de métro. Un vieux tas de fringues abandonnées dans le froid, c’était tout ce que l’assassin avait vu de lui, s’il l’avait seulement vu. Et pour une fois, cette atroce transparence qui échoit aux5 sans-grade lui avait sauvé la peau.
Les textes principaux
  • . Un témoin inattendu
    FRED VARGAS
    10 questions associées
Les images
  • . Le Marchand d’éponges
    Fred Vargas (texte) et Edmond Baudoin (dessin)
    2 questions associées
Le roman policier
Apparu au XIXe siècle, dans un contexte de changements économiques et d’essor des villes, le roman policier met en scène une enquête autour d’un crime. Il pique la curiosité du lecteur, le met au défi de deviner la fin et l’amène à se poser des questions sur le bien et le mal. C’est donc devenu un genre très populaire, en littérature (un roman vendu sur quatre est un roman policier) mais aussi à la télévision avec de nombreuses séries.
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    . Un témoin inattendu
    FRED VARGAS
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DYS

Un témoin inattendu

L’extrait suivant correspond au début de la nouvelle.
1
C
’était fini, il n’en vendrait plus une seule ce soir. Trop froid, trop tard, les rues s’étaient vidées, il était presque vingt-trois heures à la place Maubert. L’homme obliqua sur sa droite, poussant devant lui son chariot, bras tendus. Ces foutus chariots de supermarché n’étaient pas des instruments de précision. Il fallait toute la force des poignets et une sacré connaissance de l’engin pour le maintenir dans le droit chemin. C’était buté comme un âne, ça roulait de travers, ça résistait. Il fallait lui parler, l’engueuler, le bousculer, mais, comme l’âne, ça permettait de trimballer une bonne quantité de marchandises. Buté, mais loyal. Il avait appelé son caddie Martin1, par déférence2 pour tout le boulot qu’avaient abattu les ânes d’antan3.
  L’homme gara son chariot auprès d’un poteau et l’attacha avec une chaîne, à laquelle il avait accroché une grosse cloche. Gare au fils de fumier qui voudrait lui piquer son chargement d’éponges pendant son sommeil, il trouverait à qui parler. Des éponges, s’il en avait vendu cinq dans la journée, c’était le bout du monde. Ça lui faisait vingt-cinq francs, plus les six francs de reste d’hier. Il sortit son duvet d’un sac suspendu sous le ventre du caddie, se coucha sur la bouche de métro et s’enroula bien serré. Impossible d’aller se réchauffer dans le métro, il aurait fallu abandonner le chariot en surface. C’est comme ça, quand on a un animal, cela demande des sacrifices. Jamais il n’aurait laissé Martin seul dehors. […]
  Quand il avait découvert cette mine d’éponges à l’abandon dans un hangar de Charenton, il s’était cru sauvé. […] Mais ses éponges, tout le monde s’en foutait, à part cinq personnes par jour. Ça ne fait pas beaucoup, cinq personnes, merde, sur deux millions de Parisiens.
  Serré dans son duvet, couché en chien de fusil, l’homme calculait le pourcentage de Parisiens acheteurs d’éponges. Il regarda un taxi s’arrêter à sa hauteur, une femme en sortir, les jambes très fines, puis son manteau, en fourrure blanche. Certainement pas une femme à entrer dans le pourcentage. […] Elle le contourna sans le voir, traversa, longea le trottoir opposé, composa un code à l’entrée d’un immeuble. Une voiture grise passa doucement, l’éclaira dans le rayon de ses phares, freina près d’elle. Le conducteur descendit, la femme se retourna. Le vendeur d’éponges fronça les sourcils, en alerte. […] Il y eut trois coups de feu et la femme s’écroula à terre. Le tueur se rencogna4 dans la voiture, embraya et disparut.
  Le vendeur d’éponges s’était écrasé aussi plat que possible sur la bouche de métro. Un vieux tas de fringues abandonnées dans le froid, c’était tout ce que l’assassin avait vu de lui, s’il l’avait seulement vu. Et pour une fois, cette atroce transparence qui échoit aux5 sans-grade lui avait sauvé la peau.
DYS

Exercice 1 : Le texte

COMPÉTENCE - Je m'exprime de façon expressive en m'appuyant sur des supports variés

Question 1

DOC 1

Énoncé
a) Quel est le cadre spatio-temporel de la scène ? b) Est-ce un cadre surprenant pour un récit policier ? Expliquez.

Question 2

DOC 1

Énoncé
Que sait-on sur le personnage principal ?

Question 3

DOC 1

Énoncé
a) Sachant qu’un euro valait environ 6,5 francs, combien a-t-il en euros ? b) Est-ce beaucoup ?

Question 4

DOC 1

Énoncé
a) Qui est Martin ? b) Qu’est-ce que cela révèle sur le personnage principal ?

Question 5

DOC 1

Énoncé
À quel milieu social semble appartenir la femme ? Justifiez en citant le texte.

Question 6

DOC 1

Énoncé
a) Quels sont les premiers mots du livre ? b) Quelle impression cela donne-t-il ?

Question 7

DOC 1

Énoncé
Relevez une phrase qui donne l’impression qu’on lit dans les pensées du personnage. D’où vient cette impression ?

Question 8

DOC 1

Énoncé
Vous êtes chargé(e) d’adapter le récit au cinéma. Où placez-vous la caméra pour filmer les différents moments de cet extrait ? Justifiez vos choix.

Question 9

DOC 1

Énoncé
Comment comprenez-vous la dernière phrase du texte ?

Question 10

DOC 1

Énoncé
Interrogé ensuite par la police, l’homme refuse de témoigner : « Elle a fait le tour de moi comme d’un tas de guenilles. Elle ne m’a même pas vu. Alors pourquoi je l’aurais vue, moi ? Il n’y a pas de raison, donnant, donnant ». a) Que veut-il dire ? b) Que feriez-vous à la place du policier chargé de l’enquête ?
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