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Devenir héroïne/héros : destins romanesques
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1. Devenir héroïne/héros : destins romanesques
Chapitre 3
Texte et image 3
Parcours différenciés

Il remonta libre à la surface de la mer

✔ J'étudie la naissance d'un héros

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Texte

Écoutez l'extrait


L'abbé Faria est mort. Edmond Dantès songe au suicide. Mais tout à coup, une idée folle lui vient. Il se rend dans le cachot de l'abbé et s'approche du cadavre enveloppé dans un sac.

   Il se pencha vers le sac hideux, l'ouvrit avec le couteau que Faria avait fait, retira le cadavre du sac, l'emporta chez lui, le coucha dans son lit, le coiffa du lambeau de linge dont il avait l'habitude de se coiffer lui-même, le couvrit de sa couverture, baisa une dernière fois ce front glacé, essaya de refermer ces yeux rebelles, qui continuaient de rester ouverts, effrayants par l'absence de la pensée, tourna la tête le long du mur afin que le geôlier, en apportant son repas du soir, crût qu'il était couché comme c'était souvent son habitude, rentra dans la galerie1, tira le lit contre la muraille, rentra dans l'autre chambre, prit dans l'armoire l'aiguille, le fil, jeta ses haillons2 pour qu'on sentît bien sous la toile les chairs nues, se glissa dans le sac éventré, se plaça dans la situation où était le cadavre, et referma la couture en dedans. [...]
   Lorsque sept heures du soir s'approchèrent, les angoisses de Dantès commencèrent véritablement. Sa main, appuyée sur son cœur, essayait d'en comprimer les battements, tandis que de l'autre il essuyait la sueur de son front qui ruisselait le long de ses tempes. De temps en temps des frissons lui couraient par tout le corps et lui serraient le cœur comme dans un étau glacé. [...]
   On transporta le prétendu mort du lit sur la civière3. Edmond se raidissait pour mieux jouer son rôle de trépassé4. On le posa sur la civière ; et le cortège, éclairé par l'homme au falot5, qui marchait devant, monta l'escalier.
   Tout à coup, l'air frais et âpre de la nuit l'inonda. Dantès reconnut le mistral6. Ce fut une sensation subite, pleine à la fois de délices et d'angoisses. [...]
   « Mauvais temps ! dit un des porteurs, il ne fera pas bon d'être en mer cette nuit.
   – Oui, l'abbé court grand risque d'être mouillé », dit l'autre, et ils éclatèrent de rire.
   Dantès ne comprit pas très bien la plaisanterie, mais ses cheveux ne s'en dressèrent pas moins sur sa tête.
   « Bon, nous voilà arrivés ! reprit le premier.
   – Plus loin, plus loin, dit l'autre, tu sais bien que le dernier est resté en route, brisé sur les rochers, et que le gouverneur nous a dit le lendemain que nous étions des fainéants. »
   On fit encore quatre ou cinq pas en montant toujours, puis Dantès sentit qu'on le prenait par la tête et par les pieds et qu'on le balançait.
   « Une, dirent les fossoyeurs7.
   – Deux.
   – Trois ! »
   En même temps Dantès se sentit lancé en effet dans un vide énorme, traversant les airs comme un oiseau blessé, tombant, tombant toujours avec une épouvante qui lui glaçait le cœur. Quoique tiré en bas par quelque chose de pesant qui précipitait son vol rapide, il lui sembla que cette chute durait un siècle. Enfin, avec un bruit épouvantable, il entra comme une flèche dans une eau glacée qui lui fit pousser un cri, étouffé à l'instant même par l'immersion.
   Dantès avait été lancé dans la mer, au fond de laquelle l'entraînait un boulet de trente-six8 attaché à ses pieds.
   La mer est le cimetière du château d'If.
***
   Dantès étourdi, presque suffoqué, eut cependant la présence d'esprit de retenir son haleine, et, comme sa main droite, ainsi que nous l'avons dit, préparé qu'il était à toutes les chances, tenait son couteau tout ouvert, il éventra rapidement le sac, sortit le bras, puis la tête ; mais alors, malgré ses mouvements pour soulever le boulet, il continua de se sentir entraîné ; alors il se cambra, cherchant la corde qui liait ses jambes, et, par un effort suprême, il la trancha précisément au moment où il suffoquait ; alors, donnant un vigoureux coup de pied, il remonta libre à la surface de la mer, tandis que le boulet entraînait dans ses profondeurs inconnues le tissu grossier qui avait failli devenir son linceul9.
Alexandre Dumas,
Le Comte de Monte-Cristo, tome 1, chapitres 20 et 21, « Le cimetière du château d'If » et « L'île de Tiboulen », 1844.

1. Celle creusée par l'abbé et qui relie leurs deux cachots.
2. Vieux vêtements déchirés.
3. Brancard.
4. Personne décédée.
5. Lanterne.
6. Vent violent en France méditerranéenne.
7. Personnes qui enterrent les corps.
8. Un boulet de canon de 36 livres (17 kg).
9. Tissu utilisé pour ensevelir un mort.
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Placeholder pour Ange-Louis Janet, gravure pour Le Comte de Monte-Cristo dans Le Journal des débats, 1844.Ange-Louis Janet, gravure pour Le Comte de Monte-Cristo dans Le Journal des débats, 1844.
Ange-Louis Janet, gravure pour Le Comte de Monte-Cristo dans Le Journal des débats, 1844.
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Parcours différenciés

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Questionnement A

Pour commencer

1. Identifiez les grandes étapes du récit et donnez un titre à chacune d'elles.

Comprendre, interpréter, apprécier

2. Pour quelles raisons l'évasion d'Edmond est-elle particulièrement terrifiante ?
3.
Lexique

a) Cherchez l'étymologie du mot « fainéants » (l. 53).
b) Expliquez ce que veut dire « le dernier » (l. 50) et ce qui arrivera à Edmond si les geôliers sont trop fainéants.
4. Montrez qu'Edmond se montre particulièrement courageux dans cet extrait.
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Questionnement B

Pour commencer

1. Résumez l'extrait en montrant comment il maintient les lecteurs et lectrices en haleine.

Comprendre, interpréter, apprécier

2. Décrivez l'attitude des geôliers et expliquez comment elle accentue l'angoisse d'Edmond.
3.
Lexique

a) Cherchez l'étymologie du mot « immersion » (l. 71).
b) Qu'est-ce qui rend la situation d'Edmond particulièrement critique à ce moment-là ?
4. Montrez comment la vie est liée à la mort dans cet extrait.
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Bilan commun

a) Chaque groupe partage avec l'autre ce qu'il a compris du texte.
b) Ensemble, montrez que ce récit raconte une renaissance : celle d'Edmond, passé du statut de victime à celui de héros.

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