On raconte encore, Sire, ô roi bienheureux, qu'il y avait un pêcheur très avancé en âge qui avait une épouse et trois enfants. Il était très pauvre. Il avait pour habitude de jeter son filet quatre fois dans la journée et pas une de plus.
Un jour de clair de lune, il se rendit sur le rivage à l'extérieur de la ville, posa près de lui son panier, retroussa son vêtement, s'avança dans la mer et lança son filet.
Le pêcheur lance son filet trois fois sans ramener de poisson.
Le pêcheur regarda le ciel alors que pointait l'aube et que le jour s'annonçait. Il dit :
– Mon Dieu, tu sais que je ne lance mon filet que quatre fois et que j'en suis à la dernière. Rends-moi la mer favorable comme tu l'as rendue à Moïse.
Il invoqua le Tout-Puissant1 et lança. Il attendit un peu, essaya de remonter le filet, mais en vain : il s'était complètement emmêlé et tenait au fond : « Il n'y a de puissance et de force qu'en Dieu », gémit le pauvre homme qui se déshabilla, plongea et s'escrima2 si bien qu'il vint à bout de l'obstacle. Il traîna son trémail3 et y trouva un flacon de cuivre jaune qui lui parut plein. Il était scellé de plomb4 et portait gravé un cachet5.
À cette vue, le pêcheur fut empli de joie : « Je vais vendre ce flacon au marché du cuivre, il doit bien valoir dix dinars d'or. Je pourrai acheter du blé. » Puis il le secoua et le trouva bien lourd. « Il faut que je l'ouvre pour voir ce qu'il contient, je mettrai le contenu dans mon sac et irai le proposer à un dinandier6. »
Il sortit un couteau, travailla le plomb jusqu'à ce qu'il le dégage du flacon. Il posa celui-ci par terre et le retourna pour le vider de son contenu. Il n'en sortit rien d'autre qu'une fumée qui s'éleva d'abord jusqu'à l'azur du ciel et en voila la lumière avant de redescendre et se dérouler à la surface du sol. Le pêcheur en resta stupéfait.
1. Il pria Dieu de lui venir en aide.
2. Se démena.
3. Filet.
4. Fermé avec du plomb.
5. Une inscription.
6. Marchand d'objets en cuivre.