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Texte 3


Joachim du Bellay, « Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil » (1558)





Texte écho
Jean de La Fontaine, « La cour du lion » (1678)

Le roi Lion a invité sa cour dans son « Louvre », où flotte une odeur de charnier. Il condamne l’Ours pour avoir fait une grimace à cause de l’odeur, puis le Singe pour s’être au contraire montré flatteur.

Sa Majesté Lionne1 un jour voulut connaître
De quelles nations le ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par Députés
Ses Vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L'écrit portait
Qu'un mois durant le Roi tiendrait
Cour plénière, dont l'ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin 2.
Par ce trait de magnificence
Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta
D'abord au nez des gens. L'Ours boucha sa narine:
Il se fût bien passé 3 de faire cette mine,
Sa grimace déplut. Le Monarque irrité
L'envoya chez Pluton4 faire le dégoûté.
Le Singe approuva fort cette sévérité,
Et flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du Prince, et l'Antre, et cette odeur:
Il n'était ambre, il n'était fleur,
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encor punie.
Ce Monseigneur du Lion-là
Fut parent de Caligula 5.
Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,
Que sens-tu ? dis-le-moi : parle sans déguiser.
L’autre aussitôt de s’excuser,
Alléguant6 un grand rhume : il ne pouvait que dire
Sans odorat ; bref il s’en tire.
Ceci vous sert d’enseignement.
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur7, ni parleur trop sincère ;
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand8.

Jean de La Fontaine, « La cour du lion », Fables, livre VII, 1678.


1. L'adjectif s'accorde avec le mot Majesté.
2. Singe savant.
3. Il eût mieux fait de ne pas faire cette mine.
4. Dieu des Enfers chez les Romains.
5. Empereur romain qui, à la mort de sa soeur, fît exécuter à la fois ceux qui la pleuraient et ceux qui ne la pleuraient pas.
6. Prétextant.
7. Qui adule, flatte, louange.
8. En disant tout à la fois « oui » et « non ».

Dessin Joachim du Bellay retouche
Joachim du Bellay, « Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil » (1558)

À 31 ans, Joachim du Bellay part à Rome avec son oncle, le cardinal du Bellay. Mais la cité qu’il découvre n’est pas à la hauteur de la Ville éternelle qu’il imaginait : les palais du Vatican sont le lieu de tous les vices et de toutes les manigances. Plusieurs poèmes des Regrets font ainsi la satire de l’hypocrisie des cours européennes.

Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire
Sinon en leur marcher les princes contrefaire1,
Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil2.

Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire :
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La Lune en plein midi, à minuit le Soleil.

Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu’ils crèvent de rage :
S’il le reçoit mauvais, ils le montrent du doigt.

Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C’est quand devant le roi, d’un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi.


Joachim du Bellay, Les Regrets, sonnet CL, 1558, Édition de Sylvestre de Sacy © Éditions Gallimard.


1. Imiter la manière dont marchent les princes.
2. De vêtements excessivement somptueux.
Voir les réponses

Entrer dans le texte

1

a. Quelle forme poétique reconnaissez-vous ? Justifiez votre réponse.

b. Quelle structure de rimes et quel type de vers sont utilisés ?

c. L’alternance des rimes masculines et féminines est-elle respectée (voir Fiche p. 490) ?


La peinture de la cour

2

a. Comment le poète désigne-t-il les courtisans dans la première strophe ?

b. Quelle figure de style est utilisée ?

c. Quelle image cela donne-t-il d’eux ?


3
Montrez que les strophes suivantes développent l’analogie du vers 2.


4
GRAMMAIRE

a. Identifiez la nature et la fonction des propositions dans les vers 5 et 6.

b. Réécrivez le v. 5 en conjuguant « se moquer » à l’imparfait, puis au plus-que-parfait.


5

a. Cherchez l’étymologie du mot « hypocrite ».

b. En quoi peut-on dire que la rime aux vers 12 et 13 résume parfaitement le poème ?


La visée du texte

6
Qui peut être le « seigneur » (► v. 1) ? Proposez plusieurs réponses.


7

a. Le poète s’implique-t-il dans sa dénonciation ?

b. Quelle image donne-t-il de lui ?


8
Texte écho
a. L’enjeu de la fable de La Fontaine est-il le même que celui du sonnet de Du Bellay ?

b. Qu’ont en commun le poème des Regrets et les propos du baron d’Holbach ?


Vers le commentaire

9
En quoi ce poème constitue-t-il un portrait satirique ?


ORAL
Parmi les trois textes de cette page, lequel vous semble le plus efficace pour critiquer l’hypocrisie qui règne à la cour ?
Enregistreur audio

James Ensor, Mon portrait entouré de masques, 1899, huile sur toile, Menard Art Museum, Kamoki, Japon.
James Ensor, Mon portrait entouré de masques, 1899, huile sur toile, 120 × 80 cm, Menard Art Museum, Kamoki, Japon.

◈ Ressource complémentaire


Joachim du Bellay, « Quand je vois ces messieurs » (1558)

À 31 ans, Joachim du Bellay part à Rome avec son oncle, le cardinal du Bellay. Mais la cité qu’il découvre n’est pas à la hauteur de la ville éternelle qu’il imaginait. Les palais du Vatican sont le lieu de tous les vices et de toutes les manigances. Les favoris du pape Jules III, très malade, y font la loi, mais pour encore combien de temps ?


Quand je vois ces messieurs, desquels l’autorité
Se voit ores1 ici commander en son rang,
D’un front audacieux cheminer flanc à flanc,
Il me semble de voir quelque divinité.

Mais les voyant pâlir lorsque Sa Sainteté2
Crache dans un bassin, et d’un visage blanc
Cautement3 épier s’il y a point de sang,
Puis d’un petit souris4 feindre une sûreté :

Ô combien (dis-je alors) la grandeur que je vois
Est misérable au prix de la grandeur d’un Roi !
Malheureux qui si cher achète tel honneur.

Vraiment le fer5 meurtrier et le rocher aussi
Pendent bien sur le chef6 de ces seigneurs ici,
Puisque d’un vieux filet7 dépend tout leur bonheur.

Joachim du Bellay, Les Regrets, sonnet CXVIII, 1558, d’après l’édition de S. de Sacy, 1967, NRF, coll. Poésie / Gallimard.
1. Maintenant.
2. Le pape Paul III.
3. Très attentivement.
4. Sourire.
5. L’épée.
6. La tête.
7. Un filet de bave.

Texte écho
Paul Thiry d’Holbach, Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans (1790)

Il faut avouer qu’un animal si étrange est difficile à définir ; loin d’être connu des autres, il peut à peine se connaître lui-même ; cependant il paraît que, tout bien considéré, on peut le ranger dans la classe des hommes, avec cette différence néanmoins que les hommes ordinaires n’ont qu’une âme, au lieu que l’homme de cour paraît sensiblement en avoir plusieurs. En effet, un courtisan est tantôt insolent et tantôt bas ; tantôt de l’avarice la plus sordide et de l’avidité la plus insatiable1, tantôt de la plus extrême prodigalité2, tantôt de l’audace la plus décidée, tantôt de la plus honteuse lâcheté, tantôt de l’arrogance la plus impertinente, et tantôt de la politesse la plus étudiée ; en un mot c’est un Protée3, un Janus4, ou plutôt un dieu de l’Inde qu’on représente avec sept faces différentes.


Paul Thiry d’Holbach, Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans, 1790.


1. Qui ne peut être assouvie.
2. Caractère d’une personne qui dépense sans mesure.
3. Divinité grecque qui peut se métamorphoser.
4. Dieu romain à deux visages.
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