Groupement complémentaire


Le plaisir de dire du mal, un art ancien




Voir les réponses

Horace

1

a. Quel reproche est fait à Horace ?

b. Avec quels arguments se défend-il ?


2
Êtes-vous d’accord avec l’idée qu’il défend ?


Christine de Pizan

3

a. Que pense Christine de Pizan du fait de dire du mal des gens ?

b. Que fait-elle ?

c. Comment se justifie-t-elle ?


4

a. Qui était Circé ?

b. En quoi peut-on dire que Christine de Pizan est, dans ce texte, une nouvelle Circé ?


Joachim du Bellay

5

a. Quelles sont les deux raisons pour lesquelles, selon Du Bellay « Cent fois plus qu’à louer on se plaît à médire » ?

b. Vous semblent-elles toutes les deux également légitimes ?


6
Comment Du Bellay fait-il pour se défendre de toute critique qu’on pourrait lui faire ?


7
Synthèse

a. Quelles visions de la satire ces trois textes partagent-ils ?

b. En quoi diffèrent-ils ?


Vers la dissertation

8
Lisez le sujet de dissertation suivant : La poésie satirique doit-elle toujours avoir une justification morale ?
a. Quelle thèse est sous-entendue dans la question ? Quelle en serait l’antithèse ?

b. Cherchez des éléments dans les différents textes pour appuyer la thèse et l’antithèse.


The Tout (Peter Ronald Buchanan), Sir Mathew Wilson and Sir Charles Hartopp, dessin publié dans The Tatler, le 11 juillet 1928.
The Tout (Peter Ronald Buchanan), Sir Mathew Wilson and Sir Charles Hartopp, dessin publié dans The Tatler, le 11 juillet 1928.

Texte A - Horace, « Tu mets ta joie à blesser… » (35 av. J.-C.)

Horace, « Tu mets ta joie à blesser… » (35 av. J.-C.)

Dès ses origines, on reproche à la satire de n’être rien d’autre que de la médisance gratuite. Très tôt, les poètes lui donnent une justification morale.

« Tu mets ta joie à blesser, dit quelqu’un ; c’est chez toi un parti pris de méchanceté. » D’où as-tu tiré l’accusation que tu me lances ? […] S’il m’arrive de parler avec un peu trop de franchise, un peu trop de gaieté, c’est un droit qu’il faut avoir l’indulgence de m’accorder. Mon excellent père m’a donné cette habitude parce que pour faire fuir les vices, il me marquait chacun d’eux par un exemple. […] De même que les funérailles du voisin glacent d’effroi les malades intempérants et, en leur faisant craindre la mort, les obligent à se ménager, ainsi, souvent, l’infâmie d’autrui dégoûte du vice les âmes encore tendres.


Horace, « Tu mets ta joie à blesser… », Satires, IV, 12, vers 35 av. J.-C. Texte établi et traduit par François Villeneuve © Les Belles Lettres, Paris (1re publication, 1932).


Texte B - Christine de Pizan, « Jadis Circé l’enchanteresse… » (1399-1402)

Christine de Pizan, « Jadis Circé l’enchanteresse… » (1399-1402)

Jadis Circé l’enchanteresse transforma des chevaliers en porcs ; mais Ulysse grâce à sa ruse les tira de ce mauvais pas. Je ne sais si c’est un bon sortilège, mais de certaines gens contre lesquelles je suis en colère et qui sont plus abjectes et infâmes que des porcs, on ne peut pas dire assez de mal. Ce sont de gros vantards sans courage, mais ils ont de belles apparences. Ils tirent orgueil de leur gentillesse, et tiennent leurs corps bien à l’aise. Mais ils sont pleins de mauvais remords, et bien qu’on n’ose pas le dire, ils n’aiment pas faire le bien. On ne peut pas en dire assez de mal. Il n’y a pas de femme si puissante, ni d’autre femme, que sa conduite soit droite ou non, dont leur langue menteuse ne blesse la réputation. Cela leur plaît de dire du mal des gens : écoutez-les si vous le voulez. Mais ils vaudraient mieux morts que vifs. On ne peut pas en dire assez de mal. Moi, je ne dis du mal de personne, à l’exception de ceux qui sont pire que Judas et qui ne s’entendent bien avec personne. On ne peut pas en dire assez de mal.


Christine de Pizan, « Jadis Circé l’enchanteresse… », Autres ballades, ballade XVII, 1399-1402, trad. en prose de Manfred Lesgourgues, 2018.


Texte C - Joachim du Bellay, « Cent fois plus qu’à louer... » (1558)

Joachim du Bellay, « Cent fois plus qu’à louer... » (1558)

Cent fois plus qu’à louer1 on se plaît à médire :
Pour ce qu’en médisant on dit la vérité,
Et louant la faveur, ou bien l’autorité,
Contre ce qu’on en croit, fait bien souvent écrire.

Qu’il soit vrai, pris-tu onc2 tel plaisir d’ouïr lire
Les louanges d’un prince, ou de quelque cité,
Qu’ouïr un Marc Antoine3 à mordre exercité4,
Dire cent mille mots qui font mourir de rire ?

S’il est donques5 permis, sans offense d’aucun,
Des moeurs de notre temps deviser6 en commun,
Quiconque me lira, m’estime fol, ou sage :

Mais je crois qu’aujourd’hui tel pour sage est tenu,
Qui ne serait rien moins que pour tel reconnu,
Qui lui aurait ôté le masque du visage.

Joachim du Bellay, Les Regrets, sonnet LXXVI, 1558, Édition de Sylvestre de Sacy © Éditions Gallimard.


1. Faire les louanges.
2. Un jour.
3. Orateur romain qui avait théorisé l’utilisation de l’humour dans les discours.
4. Exercé.
5. Donc.
6. Discuter.
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