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L’ idée de vérité - William James
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Commentaire d'œuvre suivie


L’idée de vérité de William James





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Problématique générale

Dans cet ouvrage, James souhaite clarifier le concept de « vérité », qui est au cœur de la théorie pragmatiste. Il l’exprime de la façon suivante : « la vérité, concrètement considérée, est un attribut de nos croyances, et [...] celles-ci sont des attitudes visant à des satisfactions. »


Thèse et hypothèse générale

James renonce à la théorie de la vérité comme correspondance transcendantale entre les mots et les choses, en raison de la mystification que cette correspondance suppose. Il propose que la vérité soit fonction de l’utilité pratique, sans pour autant relativiser le concept de vérité. La vérité ne se conçoit pas indépendamment d’une idée en laquelle nous croyons.

Présentation de l’œuvre

L’idée de vérité se compose de quinze chapitres.
  • James commence par reprendre les thèses principales du livre Le Pragmatisme : selon lui, c’est la vérité qui est le concept principal du pragmatisme et c’est pourquoi il y consacre un livre entier. Il cherche à expliquer sa définition de la vérité et à répondre aux objections qui lui ont été adressées, suite à la publication du Pragmatisme en 1907. Il conçoit, d’ailleurs, L’idée de vérité comme une suite de ce dernier (« A Sequel to Pragmatism »).
  • L’un des principaux arguments de James pour convaincre de la pertinence de la méthode pragmatique est que cette dernière est compatible avec notre intuition première. Les autres conceptions de la vérité commencent par contester l’expérience commune, pour bâtir des suppositions (ou mystifications). James, à l’inverse, propose de commencer par définir la vérité comme une propriété de nos idées, pour éviter les problèmes insolubles de la métaphysique, quant à la possibilité de faire correspondre des pensées à des choses. Chez James, il n’y a pas d’abîme entre le sujet et l’objet. L’expérience est continue.

Analyse de l’œuvre


A
En quoi le pragmatisme permet-il le renoncement à la transcendance ? Dans quelle mesure le pragmatisme est-il un empirisme ?

Les pragmatistes attachent la propriété de vérité non pas aux objets, mais aux idées : c’est ce qui permet de dépasser le problème de la transcendance1. Pragmatistes et anti-pragmatistes croient à l’existence des objets, mais les anti-pragmatistes sont incapables de conclure quant à la nature des choses, parce qu’ils cherchent à faire reposer leurs conclusions sur les objets, or ils n’ont accès qu’aux idées. Si le pragmatisme est un « pas » vers l’empirisme radical, c’est en tant qu’il s’appuie sur le même présupposé : seules les choses sur lesquelles l’expérience peut trancher, doivent et peuvent faire l’objet de débats entre les philosophes. Ces deux éléments permettent au philosophe pragmatiste de ne pas devoir supposer une « transcendance », c’est-à-dire un principe au-dessus ou au-delà des choses.

Note de bas de page

1.
La possibilité qu’une perception permette la connaissance d’un objet extérieur, ou la possibilité qu’un sujet (moi) puisse accéder à un objet (une chose) par ses sens.

B
Qu’est-ce que connaître ? Par quels moyens accède-t-on à la connaissance ?

James cherche à éclairer non pas l’origine de la connaissance (« comment naît la connaissance »), mais la nature des connaissances (« ce qu’elle est »). Il considère que son chapitre relève de la psychologie descriptive : il ne se demande pas pourquoi la « transcendance » est possible, c’est-à-dire : pourquoi il y a une correspondance entre mon impression sensible et le monde extérieur ?

Il pose seulement que cette correspondance est reconnue comme « réelle » dans certains cas. James distingue la connaissance du savoir : il n’est pas équivalent de connaître quelque chose, et de savoir quelque chose au sujet d’une chose (« sur » une chose). C’est le terme « sur » qui constitue la différence entre les deux approches. Ainsi, une fois cette distinction établie, il apparaît que la connaissance de quelque chose (correspondance entre un « sentiment » intérieur et le monde) ne nous apporte pas de savoir sur cette chose. Ce « savoir sur » est une connaissance indirecte, qui correspond à un « contexte ». À travers l’exemple du mal de dents, James explique que nous comprenons qu’un interlocuteur parle du même univers que le nôtre quand le rapport entre son « sentiment » et son action est similaire au nôtre : « si votre mal de dents ne vous pousse pas à agir comme si j'avais un mal de dents, ni même comme si j'avais une existence distincte ; si vous ne me dites pas : « Je sais maintenant combien vous devez souffrir », ou si vous ne m'indiquez pas un remède, je nie que votre sentiment, quelque ressemblance qu'il puisse avoir avec le mien, en ait pourtant réellement connaissance. Aucun signe ne décèle qu'il en ait connaissance, et un tel signe est absolument nécessaire pour que je lui concède cette propriété. »

C
Quelle relation y a-t-il entre sujet et objet, selon le philosophe pragmatiste ? Doit-on renoncer au traitement séparé de l’un et de l’autre ?

Selon le pragmatiste, nous n’avons pas d’autre choix que de donner de la réalité une définition qui est la correspondance entre la perception d’une chose, et cette chose. James écrit : « dans un monde où et les termes et leurs distinctions sont affaire d’expérience, les connexions perçues doivent être, pour le moins, aussi réelles que quoi que ce soit d’autre. »

Il y a des connaissances non-perceptives, mais celles-ci doivent être considérées comme « virtuelles ». Ce ne sont pas des connaissances achevées. James donne ici l’exemple de l’état d’esprit de nos voisins, que nous pouvons imaginer, mais pas atteindre par la perception ; il donne aussi l’exemple de toutes les « idées que nous pourrions vérifier si nous voulions en prendre la peine ».

Le champ de notre expérience est continu : nous nous approchons des choses par une connaissance indirecte, appuyée par des perceptions indirectes. Par exemple, des propos accusateurs peuvent témoigner de la colère d’un individu, ce qui indique que je ne peux percevoir de cette colère que des manifestations extérieures.

James souligne l’inutilité de s’interroger sur la possibilité de la transcendance, c’est-à-dire, sur la possibilité qu’une perception permette la connaissance d’un objet extérieur, ou sur la possibilité qu’un sujet (moi) puisse accéder à un objet (une chose) par ses sens. Ce qui compte, c’est que cette relation du sujet à l’objet soit validée : par exemple, je connais un lieu, si je sais comment m’y rendre.

L’univers est incomplet ; il est toujours en train d’acquérir une validité : de même, la connaissance se valide progressivement, par l’expérience. Il faut la penser dans sa continuité, et non comme un état de fait, arrêté, que serait la correspondance immuable (c’est-à-dire, qui ne change pas) du sujet à l’objet.

D
Le philosophe pragmatiste doit-il, comme l’affirme le professeur Pratt, renoncer à la réalité extérieure ? Sa théorie de la vérité est-elle intérieure à l’expérience ? Rejette-t-il l’idée que les objets extérieurs existent ?

Le professeur Pratt considère que le pragmatiste ne peut étudier que la psychologie, et qu’il doit renoncer aux choses extérieures. James rappelle la définition de la vérité, en réponse au professeur : elle est une relation entre une « idée » et une « réalité extérieure ». Le pragmatiste ne renonce donc pas à la réalité extérieure.

La théorie de la vérité n’est pas intérieure à l’expérience au sens d’une restriction ou d’un manque : il n’y a rien à espérer, au-delà de l’expérience, qui pourrait servir de modèle pour la théorie de la vérité.

James ne rejette pas l’existence des objets extérieurs, mais il précise que ce n’est pas le rôle du pragmatiste que de déterminer si les choses – par exemple, une migraine – sont « réelles » ou non, au-delà de la supposition que nous formulons, et de la croyance que nous avons, qu’elles sont réelles.

E
Quelles sont les confusions principales concernant le pragmatisme ?

La première confusion concerne l’idée que le pragmatisme est une « réédition du positivisme » : en réalité, le pragmatiste se situe en amont, car il remet en question la définition de la vérité, ce que ne fait pas le positiviste. Ce dernier se contente d’une vérité « phénoménale », c’est-à-dire une vérité qui répond à nos besoins pratiques. Le pragmatiste ne renonce aucunement à la vérité absolue.

La deuxième confusion réside dans l’interprétation du pragmatisme comme « avant tout un appel à l’action » : le rapprochement entre la pensée et l’action est secondaire chez le philosophe pragmatiste. La philosophie pragmatique commence par une analyse théorique et par la redéfinition de la vérité.

Les troisième et quatrième confusions sont relatives à l’idée que les pragmatistes ne croient pas à des « réalités extra-subjectives ». Les croyances acceptées ne sont pas réduites au périmètre des croyances vérifiables, selon le pragmatiste. Il n’est pas exact que le pragmatiste se contente de « supposer » l’existence d’une migraine chez autrui, sans y croire. Il est nécessaire qu’il y croie, et pas seulement qu’il la suppose vraie. Par ailleurs il convient de ne pas confondre les attributs de la réalité et ceux de la vérité : « on ne fait pas une distinction suffisante entre les deux notions de vérité et de réalité. Les réalités ne sont pas vraies, elles sont ; et les croyances sont vraies de ces réalités. Mais je soupçonne que, dans l'esprit de l'anti-pragmatiste, les deux notions troquent parfois leurs attributs. »

La cinquième confusion est celle que les pragmatistes se contredisent : selon les critiques, les pragmatistes se contrediraient, parce qu’ils affirment que « le pragmatisme est la vérité relativement à la vérité », or, la première (vérité) suppose que le pragmatiste et son interlocuteur soient d’accord, mais la deuxième (vérité) correspond, selon la définition du pragmatiste, à un « attribut de nos croyances », et celles-ci peuvent différer entre le pragmatiste et son interlocuteur. En fait, le pragmatiste ne se contredit pas. Il cherche à convaincre son auditoire, comme tout homme : il veut que ses croyances soient partagées par le plus grand nombre.

La sixième confusion consiste à dire que le pragmatiste « n’explique pas ce qu’est la vérité, mais seulement comment on y parvient ». Ici, c’est très simple : en expliquant comment on parvient à la vérité, le pragmatiste nous dit en même temps ce qu’elle est. Si quelqu’un nous indique comment nous rendre à une station de chemin de fer, dans le même temps il nous indique ce qu’elle est (le quid). Il en est de même pour la vérité. La vérité est donc définie par le chemin qui y mène : « Pour le pragmatiste, au contraire [contrairement à ses adversaires] , toute vérité désincarnée est statique, impuissante et relativement fantomatique, la vérité complète étant celle qui déploie de l'énergie et qui livre bataille. »

La septième confusion réside dans la croyance que le pragmatisme ignore tout besoin théorique. Ce reproche tient à un usage trop commun des mots. Le pragmatisme dit bien qu’il tient à une définition « pratique » de la vérité, mais il convient de ne pas opposer pratique et théorique. Par ailleurs, « pratique » ne signifie pas non plus que la vérité soit à l’avantage exclusif d’un individu. Le pragmatisme compare des idées candidates à la vérité en utilisant des opérations théoriques : « analyse, déduction, comparaison, etc. »

La huitième confusion concerne l’idée que le pragmatiste est enfermé dans le solipsisme1 : la pensée entre en « contact » avec la réalité par les processus de vérification. Le pragmatisme n’est donc pas un solipsisme. Si l’interprétation « humaniste » du pragmatisme est compatible avec l’hypothèse solipsiste, le pragmatiste n’est pour autant pas réduit à ce dernier.

Note de bas de page

1.
Le solipsisme désigne la théorie selon laquelle seul le sujet a une réalité.

F
Selon le pragmatiste, que signifie la phrase « cette chose existe » ?

Pour le pragmatiste, l’accord qui permet d’établir la vérité se comprend en termes d’effets. S’il semble difficile de se demander ce que signifie « est-ce que la chose existe ? », James propose de traiter le problème en précisant ce que nous entendons, dans la pratique, en posant cette question. S’il nous est répondu « quelle chose ? », et que nous fassions référence, par exemple, à un pupitre, que nous secouions ce pupitre, nous parvenons à nous mettre d’accord sur son existence matérielle. La difficulté qui subsiste, pour l’opposant au pragmatisme, est de savoir si ce pupitre a une existence indépendante des deux individus présents (l’un qui pose les questions, l’autre qui secoue le pupitre). Mais pour James, la question de l’existence n’a de sens que dans un contexte déterminé, où les deux sujets sont, précisément, en lien avec le pupitre. C’est la « possibilité de fonctionnement » qui permet de dire d’une croyance qu’elle est vraie. Se demander de manière abstraite si une chose existe, c’est poser une question à laquelle on ne peut trouver de réponse vraie.

Conclusion

Par ce livre, James confirme que le pragmatisme est une théorie, et pas seulement un postulat que nous pourrions réduire à l’assertion « tout se résout dans la pratique ». La redéfinition de la vérité permet d’en finir avec les caricatures habituelles de la pensée de James : il n’est ni positiviste, ni relativiste. Le pseudo-dilemme du pragmatiste, qui serait d’être dans l’impossibilité de considérer qu’il y a une vérité des choses qui ne pourront jamais être connues, est rapidement dissipé par James : ce dilemme repose sur une confusion entre vérité et réalité, en premier lieu, et sur une remise en cause de la définition pragmatiste de la vérité (qui ne se conçoit pas indépendamment de tout le reste ; il n’y a pas de vérité qui se puisse concevoir toute seule).

Importance de cette œuvre

L’idée de vérité s’inscrit dans le prolongement du Pragmatisme. C’est l’un des derniers ouvrages écrits par James. Il est peu connu en France, à la différence du Pragmatisme, mais son importance réside dans la clarification que cette œuvre propose quant au concept de vérité. James y dissipe de nombreux contresens courants au sujet du pragmatisme.

En France, la pensée de James est commentée par Bergson. Ce dernier rencontre James à Londres en 1908. Il préface Sur le pragmatisme. Nous retrouvons l’héritage de la pensée de James dans cet ouvrage de Bergson : Les deux sources de la morale et de la religion.

Peirce, l’autre fondateur du pragmatisme, considérait ce dernier comme une méthode plutôt qu’un courant philosophique. Son but était de dissiper les faux-problèmes de la métaphysique. En ce sens, L’idée de vérité semble plus proche de Peirce que ne l’était Sur le pragmatisme.
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