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Rêve et cauchemar - Exclusivité numérique
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Rêve et cauchemar





Jacob et Wilhelm Grimm

Jacob et Wilhelm Grimm

(1785-1863 et 1786-1859)


Jacob et Wilhelm Grimm sont deux spécialistes de la langue et de la littérature allemandes, qui ont décidé un jour de recueillir et de mettre par écrit les contes populaires traditionnels de leur pays afin de les faire connaitre. Leur recueil, intitulé Contes d’enfants et du foyer, connait un immense succès.

Jacob et Wilhelm Grimm, « La Belle au bois dormant »

Dans le conte des frères Grimm, la Belle au Bois Dormant a été maudite par une mauvaise fée à sa naissance. Devenue jeune fille, elle se pique à un fuseau et tombe comme morte pour de longues années…

  Autour du château, une haie d’aubépines commença à croître qui chaque année devenait de plus en plus haute et qui enfin entoura tout le château si bien que l’on ne pouvait plus rien en voir pas même la flamme qui flottait sur le toit.
  Alors il courut dans le pays la légende de la Belle au Bois Dormant car c’est ainsi que fut nommée la fille du roi, si bien que tous les fils de roi se rendaient dans le royaume et voulaient fendre la haie vive1. Mais c’était impossible car les épines avaient comme des bras qui se tenaient fortement ensemble, les jouvenceaux2 y restaient accrochés sans pouvoir s’en défaire pour mourir d’une fin atroce. [...]
  Bien des années plus tard vint un fils de roi qui entendit un vieil homme raconter l’histoire de la haie d’aubépine derrière laquelle se trouvait un château. [...] Alors le jouvenceau déclara : « Je ne crains rien, et je veux voir la Belle au Bois Dormant. » Le vieil homme voulut l’en dissuader mais le jeune homme ne voulut rien écouter.
  Cependant les cent années s’étaient écoulées et le jour était venu où la Belle au Bois Dormant devait se réveiller. Alors que le fils du roi s’approchait de la haie d’épines, il y avait de hautes et belles fleurs qui s’écartèrent pour le laisser passer sans le blesser et qui se refermaient de nouveau en haie vive. Dans la cour du château, il vit les chevaux et les chiens de chasse à la robe tachetée, allongés et endormis, sur le toit, les colombes étaient perchées la tête enfouie sous leur aile. Lorsqu’il pénétra dans la bâtisse, les mouches dormaient collées au mur, le cuisinier tendait encore le bras pour se saisir de l’apprenti et la servante était assise devant la poule noire qu’elle devait plumer. Puis il alla dans la grande salle où toute la cour était allongée et était endormie et en haut sur le trône reposaient le roi et la reine. Il poursuivit son chemin, tout était si calme qu’il entendait sa respiration et enfin il entra dans la tour et ouvrit la porte de la petite pièce dans laquelle sommeillait la Belle au Bois Dormant…
  Elle gisait là si belle qu’il ne pouvait en détourner les yeux, il se pencha et lui donna un baiser. Alors qu’il l’effleurait de ses lèvres, la Belle au Bois Dormant, battit des paupières, se réveilla et le regarda avec affection3. Puis ils descendirent ensemble, le roi se réveilla, la reine et toute la cour avec et ils se regardèrent en ouvrant de grands yeux.
  Et les chevaux dans la cour se levèrent et ruèrent ; les chiens de chasse sautèrent et remuèrent la queue ; les colombes sur le toit sortirent la tête de dessous leur aile regardèrent ça et là puis s’envolèrent vers les champs ; les mouches sur le mur bourdonnèrent à nouveau ; le feu dans l’âtre4 crépita et reprit sa cuisson ; le rôti reprit sa brunissure ; le cuisinier envoya une taloche à l’apprenti qui se mit à crier ; et la servante finit de plumer la poule.
  Enfin les noces du prince avec la Belle au Bois Dormant purent être données avec faste et ils vécurent heureux jusqu’à leurs derniers jours.


Jacob et Wilhelm Grimm, « La Belle au bois dormant », traduction de René Bories, 1697.

1. Qui protégeait le château.
2. Adolescent.
3. Tendresse.
4. Cheminée.

Le merveilleux et le fantastique

Dans une nouvelle fantastique, le phénomène surnaturel fait le plus souvent irruption la nuit dans un lieu réaliste mais inquiétant. Ce lieu devient alors un passage entre le monde des morts et celui des vivants.
Devant l’irruption du surnaturel, le personnage est alors saisi par la peur et le doute. Nous ne savons jamais s’il s’agit d’une hallucination, d’un rêve, ou de la réalité.
Au contraire, dans un conte merveilleux, l’apparition du surnaturel et de la magie n’entraine aucun questionnement, aucune mise en doute, comme si cela était naturel.

Guy de Maupassant, « La Morte »

Rappelez-vous, dans le texte de Maupassant (p. 130), la maitresse du narrateur sort elle aussi d’un sommeil mortel, mais dans des circonstances bien différentes de celles du conte des frères Grimm.

  Et soudain il me sembla que la dalle de marbre sur laquelle j'étais assis remuait. Certes, elle remuait, comme si on l'eût soulevée. D'un bond je me jetai sur le tombeau voisin, et je vis, oui, je vis la pierre que je venais de quitter se dresser toute droite ; et le mort apparut, un squelette nu qui, de son dos courbé la rejetait. Je voyais, je voyais très bien, quoique la nuit fut profonde. Sur la croix je pus lire : « Ici repose Jacques Olivant, décédé à l'âge de cinquante et un ans. Il aimait les siens, fut honnête et bon, et mourut dans la paix du Seigneur. »
  Maintenant le mort aussi lisait les choses écrites sur son tombeau. Puis il ramassa une pierre dans le chemin, une petite pierre aiguë, et se mit à les gratter avec soin, ces choses. Il les effaça tout à fait, lentement, regardant de ses yeux vides la place où tout à l'heure elles étaient gravées ; et du bout de l'os qui avait été son index, il écrivit en lettres lumineuses comme ces lignes qu'on trace aux murs avec le bout d'une allumette :
  « Ici repose Jacques Olivant, décédé à l'âge de cinquante et un ans. Il hâta par ses duretés la mort de son père dont il désirait hériter, il tortura sa femme, tourmenta ses enfants, trompa ses voisins, vola quand il le put et mourut misérable. »
  Quand il eut achevé d'écrire, le mort immobile contempla son œuvre. Et je m'aperçus, en me retournant, que toutes les tombes étaient ouvertes, que tous les cadavres en étaient sortis, que tous avaient effacé les mensonges inscrits par les parents sur la pierre funéraire, pour y rétablir la vérité.
  Et je voyais que tous avaient été les bourreaux de leurs proches, haineux, déshonnêtes, hypocrites, menteurs, fourbes, calomniateurs1, envieux, qu'ils avaient volé, trompé, accompli tous les actes honteux, tous les actes abominables, ces bons pères, ces épouses fidèles, ces fils dévoués, ces jeunes filles chastes2, ces commerçants probes3, ces hommes et ces femmes dits irréprochables.  
  Ils écrivaient tous en même temps, sur le seuil de leur demeure éternelle, la cruelle, terrible et sainte vérité que tout le monde ignore ou feint4 d'ignorer sur la terre.
Je pensai qu'elle aussi avait dû la tracer sur sa tombe.
  Et sans peur maintenant, courant au milieu des cercueils entrouverts, au milieu des cadavres, au milieu des squelettes, j'allai vers elle, sûr que je la trouverais aussitôt.
  Je la reconnus de loin, sans voir le visage enveloppé du suaire5.
  Et sur la croix de marbre où tout à l'heure j'avais lu : « Elle aima, fut aimée, et mourut. », j'aperçus : « Étant sortie un jour pour tromper son amant, elle eut froid sous la pluie, et mourut. » Il paraît qu'on me ramassa, inanimé, au jour levant, auprès d'une tombe.


Guy de Maupassant, « La Morte », 1887.

1. Qui calomnient, qui dénigrent.
2. Pures.
3. Honnêtes.
4. Du verbe feindre : faire semblant.
5. Voile servant à couvrir le visage d’un mort.
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Les textes

Texte 1

1
a) Quel danger y a-t-il à franchir la haie vive ? b) Comment le prince parvient-il à franchir cet obstacle ? c) En quoi cela relève-t-il du merveilleux ?



2
a) Relisez la description de la princesse. Est-elle méliorative ou péjorative ? Justifiez votre réponse en citant des éléments précis du texte. b) Quels éléments magiques expliquent son réveil ?



3
a) Quels autres personnages se réveillent à leur tour ? b) Relevez les expressions qui montrent que la vie au château reprend son cours comme si rien ne s’était passé.



4
a) Quelle est la situation du prince et de La Belle au Bois Dormant à la fin du récit ? b) Cette situation vous parait-elle pouvoir changer ? c) Quelle formule propre au conte est utilisée à la fin de l’histoire ?



Textes 1 et 2

5
Quelles différences constatez-vous entre la fin du texte 1 et celle du texte 2 ? Votre réponse sera développée et la comparaison entre les deux textes s’appuiera a) sur les thèmes (notamment par le biais des champs lexicaux), b) sur les registres, c) sur la situation finale des personnages principaux.



6
En vous appuyant sur le Repère, expliquez quels sont les éléments du texte 1 qui relèvent du merveilleux, et quels sont les éléments du texte 2 qui relèvent du fantastique.



7
L’expérience de lecture d’un texte merveilleux et d’un texte fantastique vous semble-t-elle différente ? Justifiez vos remarques en faisant appel au lexique du sentiment et des émotions (p. 220).



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La Belle au Bois Dormant


La Belle au Bois Dormant


Le cauchemar


Le cauchemar

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Les images

La Belle au Bois Dormant (⇧)

1
Quel passage du conte de la Belle au bois dormant cette image illustre-t-elle ?



2
Qu’est-ce qui, dans cette image, annonce un amour heureux ?



Le cauchemar (⇧)

3
Décrivez rapidement la femme de l’image.



4
Qu’est-ce qui rend cette scène fantastique, et non merveilleuse ?



5
Comparez les deux images. Qu’est-ce qui les oppose ?

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