Et le Gallois2 de se diriger aussitôt vers le roi et de le saluer de la façon qu'il savait. Le roi demeura pensif et ne dit mot. L'autre l'interpella une seconde fois. Mais le roi demeura pensif et ne souffla mot3.
« Ma foi, se dit alors le jeune homme, ce roi n'a jamais fait de chevaliers. Puisqu'on ne peut lui tirer une parole, comment pourrait-il faire un chevalier ? »
Aussitôt il se prépare à partir, et il fait tourner bride4 à son cheval, mais il l'a conduit si près du roi, en homme mal élevé, que devant lui – c'est la stricte vérité – de sa tête il fait tomber sur la table le chapeau. Le roi, vers le jeune homme, tourne la tête qu'il tenait baissée, et sortant tout à fait de ses pensées, il lui dit : « Cher frère, soyez le bienvenu ! Je vous prie de ne pas me tenir rigueur de ne pas avoir répondu à votre salut. C'est le chagrin qui m'a empêché de vous répondre [...]. »
Le roi explique que son ennemi, le Chevalier Vermeil, vient de lui annoncer qu'il veut s'emparer de sa terre. Le jeune homme l'écoute à peine.
« Faites-moi chevalier, fait-il, monseigneur le roi, car je veux m'en aller. »
Ses yeux riants illuminaient le visage du jeune sauvage. Personne, à le voir, ne le jugeait sensé5, mais tous ceux qui le voyaient le trouvaient beau et noble.
« Ami, fait le roi, mettez pied à terre et confiez votre cheval à ce valet qui le gardera et fera ce que vous voudrez. Tout sera fait, j'en fais le vœu à Dieu Notre-Seigneur, selon mon honneur et votre profit. »
Et le jeune homme a répondu : « Mais ils n'étaient pas à pied, ceux que j'ai rencontrés dans la lande, et vous voulez que je le sois ? Non, jamais, sur ma tête, je ne mettrai pied à terre, mais dépêchez-vous et je m'en irai. »
1. Rouge vif.
2. Désigne ici le jeune homme.
3. Ne dit rien.
4. Fait demi-tour.
5. Qui a toute sa tête.